La lutte contre l’immigration devient un sujet européen

La lutte contre l’immigration devient un sujet européen

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(Crédit: Marine italienne)

(BRUXELLES2) Une séance des ministres de la Défense et des Affaires étrangères, lundi 18, au Justus Lipsius (Conseil) ; la réunion de la task force Méditerranée ce mercredi 20 au Berlaymont (Commission européenne) et une partie sommet franco-italien à Rome, etc. la question de l’immigration croissante en Méditerranée prend aujourd’hui de plus en plus de place sur les agendas politiques des dirigeants européens : de la Bulgarie à l’Espagne, en passant par la Slovénie, la Grèce, la France et bien sûr Malte, Chypre et l’Italie qui sont aux « premières loges ». Elle commence aussi à inquiéter des pays, du centre ou du nord de l’Europe, qui voient aussi arriver vers eux les immigrés, notamment de Syrie.

La demande italienne : un révélateur

L’arrivée continue des migrants en Méditerranée, le conflit syrien qui ne faiblit pas, la Libye qui se déstabilise et l’Egypte qui se cherche… sont, en effet, autant de vecteurs qui font, jour après jour, monter le sujet comme la priorité des priorités. On se retrouve ainsi dans une situation assez similaire à celle de l’accroissement de la piraterie de l’été 2008, où prise après prise, les pirates ont contraint des Européens, parfois peu enthousiastes, à adopter une position plus commune et plus audacieuse… Et la demande italienne d’étudier une opération PSDC pour lutter contre l’immigration illégale, même si elle n’a pas été acceptée, a inévitablement servi de révélateur et propulsé le sujet au plan des institutions européennes.

La stratégie franco-italienne

Au cours d’un Sommet franco-italien essentiellement tourné sur la relance de la croissance en Europe, Enrico Letta et François Hollande ont ainsi insisté sur «la nécessité d’une stratégie européenne pour les frontières méridionales de l’Union, qui prévoit une phase de contrôle aux frontières ». Les deux présidents se sont  clairement positionnés en faveur d’«un renforcement des actions opérationnelles de l’Agence Frontex et d’un accroissement des ressources du Bureau européen d’appui en matière d’asile ». S’ils se sont ainsi engagés « à renforcer les initiatives européennes», dans le domaine de la lutte contre la criminalité, ils sont cependant restés volontairement vagues sur « les outils les plus à mêmes de lutter efficacement contre les trafics ». Ils font ainsi écho aux discussions informelles, au Conseil des ministres des Affaires étrangères, tenues ce lundi à Bruxelles.

Méditerranée : Toutes les options ouvertes

Lors de la réunion, les ministres des « 28 » (des Affaires étrangères comme de la Défense) ont en effet parlé longuement de l’immigration en Méditerranée. Certes l’option militaire, prônée par les Italiens, ne semble pas enthousiasmer nombre d’Etats membres. Ce qu’a reconnu Emma Bonino, la ministre des Affaires italiennes, devant la presse. « Une opération militaire semblable à celle de la mission Atalanta contre les pirates dans la Corne de l’Afrique provoque peu de consensus. (…) Plus vraisemblablement, cela passera par le renforcement des opérations de Frontex. » Pourtant une opération PSDC n’est pas totalement écartée. « La ministre italienne a proposé des idées, d’autres ministres ont proposé les leurs, il faut rassembler tout ça (…) dans une approche intégrée » a précisé, de son côté, la Haute représentante de l’UE. « Nous allons présenter les différentes possibilités dans un document ». Ce qu’un diplomate européen a résumé par une formule simple : « Toutes les options restent ouvertes ».

En mer ou à terre

L’éventail des possibilités est en effet large. « La lutte contre l’immigration illégale par le biais de la PSDC doit être considéré dans un contexte plus large» a déclaré Maciej Popowski, secrétaire général du Service européen d’action extérieur (SEAE)  « Si l’on veut lutter efficacement contre le trafic, il faudra envisager un engagement dans les pays d’origine et de transit. » Un propos qu’on approuve et qu’on complète côté français. « L’hypothèse d’une mission PSDC en mer ne vise pas seulement à répondre à la demande de Emma Bonino mais à souligner aussi que les instruments de la PSDC peuvent être efficaces, à titre préventif, sur les pays d’origine des migrations » pour renforcer les capacités des pays à assurer le contrôle de leurs frontières, « comme par exemple avec EUBAM Libya ».

Il a fallu ramer…

A l’issue de la réunion de lundi, les ministres italiens se félicitaient en tout cas d’avoir suscité le débat sur les moyens de lutter contre l’immigration illégale à la table des 28. Pour Emma Bonino, ministre des Affaires étrangères italiennes : « Les discussions au Conseil ont été un moment unificateur et ont montré une forte volonté politique de la part des 28 Etats Membres de régler le problème de la sécurité aux frontières méridionales ». Pourtant, cela n’allait pas de soi. « Le fait de maintenir la question à l’ordre du jour du Conseil n’était pas évident » a expliqué à B2 une source française de haut rang « Il a fallu ramer à plusieurs — l’Espagne, l’Italie, la France… — pour cela . (…) On veut en effet, sans attendre juin 2014, avoir des mesures dès décembre. » a t-il affirmé. Mais Français et Italiens n’étaient pas isolés.

Une préoccupation pour tout le sud de l’Europe

Egalement concerné par la pression migratoire, la Grèce, par la voix de Evangelos Venizelos, son Vice-Premier ministre et ministre grec des Affaires étrangères, a affirmé vouloir faire de cette question une priorité majeure de la présidence grecque de l’UE au semestre prochain: « Les flux migratoires sont un problème humanitaire. Mais ils sont également un problème pour la sécurité de l’ensemble de l’Europe, et surtout pour nous, les pays du sud européen » a t-il ajouté. « Nous devons penser des solutions radicales et courageuses pour surveiller les côtes de la Méditerranée à travers les pays européens afin de parvenir à des résultats substantiels. » Quant au ministre Bulgare, Kristian Vigenin, il « espère que la Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure  intensifieront le dialogue avec les pays tiers dans la lutte contre l’immigration clandestine, le trafic d’êtres humains et la conclusion d’accords de réadmission ».

Et maintenant ? La ‘Task Force Méditerranée’ qui s’est réunie ce mercredi au siège de la Commission européenne doit rendre ses conclusions opérationnelles pour le prochain Conseil Justice et Affaires intérieures (JAI) du 5 et 6 décembre. La question devrait revenir lors des différentes réunions des groupes de travail avant

Commentaire : la prise de conscience au niveau européen est toujours lente. Car il y a toujours des pays concernés au premier chef et d’autres qui le sont moins. Mais la pression des évènements joue souvent en faveur de la mobilisation. Pour ceux qui suivent ce blog depuis des années, ils peuvent se remémorer les conditions de création de l’Opération anti-piraterie de l’UE (EUNavfor) Atalanta. A l’époque c’étaient surtout les Espagnols et Français qui frayaient le chemin, avec le PAM (le Programme alimentaire mondial en appui). Faute de pouvoir se décider rapidement, les Etats-Membres avait, alors, mis en place une cellule de coordination navale, EU NAVCO en septembre. (NB: Le mandat d’EU Navco Somalie, coordination antipirates. Détails). Puis les prises successives du Faina, le navire ukrainien transportant des armes, ou du super tanker d’Aramco le Sirius Star, et l’augmentation du nombre de marins en otages car le risque d’insécurité croissante ont accentué la pression et contraint l’ensemble des Etats-Membres à passer à la vitesse supérieure. Aujourd’hui, la succession des drames migratoires comme Lampedusa entrent dans la même dynamique de pression…

(Loreline Merelle & Nicolas Gros-Verheyde)

Plus de détails sur le  Club: Opération PSDC en Méditerranée : trois options à l’étude

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