Envoyer ces « foutus » battlegroups en Centrafrique, vous n’y pensez pas !

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visite officielle avant l’astreinte du battlegroup lors d’une journée VIP (Crédit : ministère lituanien de la Défense, mai 2013)

(BRUXELLES2) Les battlegroups n’ont, pour l’instant, jamais été déployés. Et certains à l’image de la ministre néerlandaise de la Défense, Jeanine Hennis-Plasschaert ont peut-être raison de souligner qu’il faut « use or lose » selon la formule anglaise beaucoup plus percutante que sa traduction française (utiliser ou perdre). Faut-il utiliser juste pour le plaisir de leur trouver une utilité ? Non bien entendu. Mais le problème n’est pas là, aujourd’hui. Aucun pays ne semble vraiment disposer aujourd’hui à envoyer ces « fichus » battlegroups quelque part. C’est la réalité même si personne ne l’avoue.

Surtout ne pas bouger…

La raison peut être politique, économique ou idéologique. Mais peu importe la motivation, le résultat est identique. Le battlegroup de permanence ce semestre est composé autour des Baltes, Néerlandais et Britanniques. Autant dire que l’on peut avec quasi-certitude prédire qu’il restera tranquillement dans les casernes… ou dans les champs de blés à faire des exercices. Le battlegroup suivant (1er semestre 2014) sera centré autour des Grecs, Chypriotes et Roumains. Là ce n’est pas une question de motivation qui va les empêcher de partir mais plutôt de moyens financiers.

Toute décision d’envoyer un battlegroup se prend à l’unanimité. C’est bien là, une partie du problème. Mais ce sont les pays d’astreinte qui en supportent quasiment tous les coups et tous les coûts ! C’est le principe de solidarité inversé. Différents efforts ont été faits pour augmenter la part des coûts communs. Ils se sont réduits, pour l’instant, à une acceptation minimale pour les coûts de transport en 2014. Mais rien de plus.

Un cas d’école

Or, la situation dans quelques pays pourrait requérir une intervention rapide, limitée et temporaire. Le cas du Centrafrique est, en la matière, exemplaire. On est quasiment dans un cas d’école qui justifie, et même nécessite, l’intervention d’un battlegroup : une intervention dans un rayon de 6000 km de Bruxelles, pour une durée comprise entre un et trois mois, pour faire face à une situation de crise, avec une force de 1500 hommes environ (ce qu’on appelle en France un GT1500 – groupement tactique interarmes).

Même toutes les autres conditions, non écrites, semblent remplies:

  1. Il existe un consensus international – et même africain – pour une intervention de maintien de la paix, avec un mandat des Nations-Unies.
  2. La mise en place de la force africaine prend du temps et il est nécessaire d’avoir une force intérimaire – un peu comme avec Eufor Tchad en 2008.
  3. Le pays n’est pas trop grand (ce n’est pas le Congo), la population n’est pas très importante (4,5 millions d’habitants), bref, c’est à la portée d’un effort européen.
  4. L’insécurité sur place est grande, le risque d’un dérapage toujours présent, et la nécessité d’assurer une stabilisation dans les différents centres du pays nécessaires. Pour autant on n’a pas affaire à un terrain aussi difficile et des forces adverses qu’en Afghanistan ou en Somalie.
  5. La force d’un Etat membre est prête à venir renforcer l’opération européenne (si nécessaire). Nb : la France en l’occurrence qui a déjà plusieurs centaines sur place qui contrôlent l’aéroport de Bangui.
  6. La stratégie de sortie est prête. Puisque la force africaine dispose déjà d’un mandat onusien et est en cours de constitution.

Malgré tout, il n’y aura sans doute pas d’intervention européenne. Car personne n’y est disposé ou est bloqué par des dispositions internes… Certaines discussions menées aujourd’hui au niveau européen sur la nécessité, ou non, d’assouplir les conditions de l’emploi des battlegroups ou de permettre une utilisation modulaire semble bien inutile si, même quand les conditions sont remplies, personne ne songe à les utiliser !

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

3 pensées sur “Envoyer ces « foutus » battlegroups en Centrafrique, vous n’y pensez pas !

  • 15 novembre 2013 à 21:17
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    Les battle group europeen ne sont pas adaptes a l’Afrique. Trop lourds,trop lents pour la mise en oeuvre.
    Pas d’experience de l’Afrique. Il est preferable de ne pas les envoyer.

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