La diplomatie européenne : un désastre programmé ? Ou une déception…

La diplomatie européenne : un désastre programmé ? Ou une déception…

_MG_7223

Lors du débat au Bozar (© Cyril Bonnet/Le Nouvel Observateur)

(BRUXELLES2) C’était le titre d’un des ateliers proposé lors de la rencontre organisée par les quotidiens Le Nouvel Obs et Le Soir, pour « réinventer l’Europe » au Bozar. Titre provocateur, qu’on peut ne pas partager, mais qui a permis à Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, de tisser sa théorie qu’il n’y a pas de politique étrangère européenne possible du moins tant qu’on ne prenne pas en compte certaines réalités.

Un résultat inatteignable

« Désastre programmé est excessif, mais déception programmée c’est la réalité. Quand on attend un tel résultat, c’est inatteignable » a-t-il expliqué avant de de revenir sur un épisode de la rédaction du Traité de Maastricht, qui avait vu la politique étrangère faire irruption de manière délibérée dans les Traités européens.

« On ne mesurait pas ce qu’on a écrit »

« Je me rappelle. On était dans un petit bureau avec Joaquim Bitterlich (le Sherpa de Helmut Kohl), Elisabeth Guigou (ministre des Affaires européennes) et moi-même. Et on avait écrit cela ». H. Védrine était alors secrétaire général de la présidence de Fr. Mitterrand. « On ne mesurait pas ce qu’on écrit » a-t-il expliqué. « Je n’ai jamais pensé que les Européens puissent avoir une expression unique. L’histoire est là. Ce sont des histoires très différentes, avec des visions très différentes de ce qui est bien et de mal. »

La création du SEAE : « prématurée »

Pour lui, la création de ce service diplomatique européen était « au minimum, prématuré ». « Le SEAE ne fait pas ce qu’on attendait. Ce n’est pas une question de personnel. Il y a des diplomates excellents. Mais cela aurait été un miracle » Ce n’est non plus du fait de la Haute représentante. « Même si on met un champion du monde de la diplomatie à la place de Ashton, ce serait difficile.

« L’Europe n’a jamais été unie sur la politique étrangère »

« L’Europe ne se divise pas. Elle n’a jamais été unifiée. » A commencer par les questions les plus délicates comme l’intervention armée. « Même quand il y a une autorisation des Nations-Unies, comme pour l’Irak Koweit, en Lybie, en Mali… les Européens ne sont pas tous d’accord pour intervenir. »

« Dès qu’il y a question précise, les Européens ne sont pas d’accord »

« Avoir un rayonnement soft sur une partie du monde ne signifie pas avoir une politique étrangère. On peut se mettre d’accord facilement sur des généralités : la paix, la démocratie … Mais, dès qu’il s’agit d’une question précise : que faire au Proche Orient ? Comment réagir face à la Chine ? Doit-on s’aligner sur les États-Unis, … Les Européens ne sont pas d’accord. »

Un divorce gouvernements – population

Pour Hubert Védrine, ce n’est pas simplement une différence entre Etats, « entre Europe continentale et Royaume-Uni, entre France et Allemagne », c’est un « désaccord entre une partie des élites européenne et la population ». La population est « plutôt pour une Grande Suisse. Il n’y a plus besoin de défense. Cette vision très forte dans beaucoup d’opinions publiques, peut déboucher sur un pacifisme européen. » Tandis que les élites ou les gouvernements (du moins certains) développent un « autre point de vue : si on ne devient pas une puissance, on sera pas indépendant ». Le SEA fait ce qui peut il y a des gens intelligents au SEAE.

Chercher des accords entre positions antagonistes

H. Védrine ne s’arrête cependant pas à ce constat très pessimiste. Il préconise de « prendre le taureau par les cornes » et de ne pas cacher les divisions. « Il faut trouver des mécanismes de maturation (des divisions), partir du principe qu’on est divisés, choisir des sujets clés et demander aux pays qui représentant des positions les plus antagonistes, de travailler entre eux, pour présenter une synthèse qui soit la plus dynamique possible. Sur des sujets qui crispent. Comme par exemple la Russie est-elle une menace, un simple fournisseur de gaz ou un pays avec qui il faut traiter. Si on arrive à trouver une synthèse entre ces opposés, les autres pourront s’y retrouver. » 

L’immigration, partie de la politique étrangère

« Il ne faut pas faire de politique étrangère abstraite, traiter par exemple la question d’immigration. Les États européens n’ont pas intérêt à garder leur ennui pour eux mais à élaborer collectivement une politique, à la remettre à jour régulièrement, avoir des rencontres avec les pays de départ (afrique noire) et les pays de transit. Ça serait horrible au départ, mais on pourrait ainsi enclencher une mécanique. »