Centrafrique : L’Europe prête à soutenir la MISCA

Centrafrique : L’Europe prête à soutenir la MISCA

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crédit : OCHA/C.Illemassene

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(BRUXELLES2, exclusif) L’Union européenne est prête à « soutenir financièrement », voire matériellement, « le déploiement d’une force africaine de maintien de la paix en République centrafricaine » (MISCA), a confirmé aujourd’hui un porte-parole du Haut représentant, lors du point de presse quotidien en réponse à une question de B2. Mais l’UE attend pour fixer le montant de sa contribution « les documents finaux de planification qui doivent être encore finalisés ». Pour l’UE, a-t-il ajouté, « cette crise sans précédent comme ses conséquences au plan régional, de la société et humanitaire » requièrent « une réponse internationale coordonnée, forte et revêtant plusieurs dimensions ».

Un risque de somalisation

Lors d’une réunion à New-York, tenue la semaine dernière en marge de l’assemblée générale des Nations-Unies, à l’initiative de la France et de l’Union européenne la commissaire chargée des Affaires humanitaires, Kristalina Georgieva, n’avait pas hésité à parler d’un « risque de somalisation » pour le pays. « C’est la crise la plus oubliée du monde. La situation humanitaire est catastrophique, affectant l’ensemble de la population de 4,6 millions de personnes. Au cours des dernières semaines, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur a presque doublé pour atteindre 400.000 » a-t-elle expliqué, précisant que la situation en Centrafrique n’est pas sans « conséquences pour la région dans son ensemble. La RCA est au centre d’une région extrêmement fragile de l’Afrique. »

La crise oubliée par excellence

« Durant des années, on a essayé de mobiliser. Mais personne ne s’y intéressait vraiment à cette crise oubliée » raconte un diplomate européen. « Cette question a été longtemps hors radar. Chacun restait sur une perception du passé où la France gérait cette zone et qu’il n’y avait pas à s’en occuper. Mais maintenant il y a un changement. » La France « ne veut pas gérer toute seule, elle veut y intéresser les autres ». Et parmi les autres pays, chacun « a commencé à être conscient qu’il y a une question de stabilité, de vide sécuritaire total au sein de l’Afrique qui peut être très dangereux ». Et d’ajouter : « Tout le monde est d’accord pour agir très vite pour renforcer la sécurité sur le terrain. »

La discussion sécuritaire vient de commencer

La discussion sécuritaire vient cependant « juste de commencer ». Et,  selon des informations de participants à la réunion de New-York, certains pays membres du Conseil de sécurité – le Royaume-Uni et les Etats-Unis – semblaient encore « réticents » jusqu’à peu pour donner un soutien international à la force, « davantage pour des questions de politique interne » (consultations parlementaires). Côté africain, aussi, les engagements tardent. Sur les 3500 effectifs de la MISCA, seuls 2000 sont réunis (*). La décision prise par les Etats membres de la CEEAC (Afrique centrale), le 16 septembre dernier, d’augmenter leur contribution afin de compléter la génération de force, « représente une étape importante » salue le porte-parole de Catherine Ashton. A noter qu’une réunion, en format discret, devrait se tenir jeudi, organisée par l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne.

Le rôle de la Misca : primordial pour protéger les civils

« On souhaite une force sur le terrain qui protège les civils, sécurise le terrain. Mais ce qu’il faut éviter est de n’avoir une sécurisation uniquement sur Bangui en oubliant le reste du territoire, avec un déplacement des bandes armées dans d’autres lieux » commente un autre diplomate européen pour B2. La MICOPAX – Mission de consolidation de la paix en République Centrafricaine – mise en place depuis juillet 2008, avec un fort soutien financier européen (100 millions d’euros) a un format trop limité (400 militaires + 150 policiers) pour pouvoir agir partour. « Mais là où elle a pu être présente, cela a eu un effet très positif. »

Aide humanitaire : mobiliser

La Commission européenne a décidé d’augmenter son aide humanitaire d’urgence la portant à 20 millions d’euros (contre 8 millions d’euros en 2012). Mais il y a encore de nombreux besoins.  « La mission de la commissaire Georgieva en juillet a permis de mobiliser certains Etats ». La Suède et le Royaume-Uni ont versé, chacun 4 millions $, et l’Allemagne 2,5 millions $, selon les chiffres du bureau des Nations-Unies de coordination de l’aide humanitaire. Mais il s’agit encore de mobiliser d’autres bonnes volontés, d’autres bailleurs de fond, souligne-t-on du côté de la commissaire européenne Georgieva.

Aide de transition

L’aide au développement est quasiment stoppée. Cela « reste très difficile car il n’y a pas de partenaire gouvernemental disponible » confirme un diplomate européen, interrogé par B2. La tendance est plutôt « de développer des programmes « cash flower », à haute haute intensité de main d’œuvre afin de permettre à un maximum de population de pouvoir vivre de façon légitime » mais sans verser d’argent à l’État

Processus politique

A terme, au niveau politique, on songe du côté de la Commission européenne à mettre en place une conférence d’appui pour le Centrafrique, en 2014, comme il y en a eu une cette année pour le Mali ou la Somalie.

(*) La Misca : 3500 hommes. Décidée le 17 juillet par le Conseil de la paix et de la sécurité de l’organisation africaine, cette mission devra contribuer à : « (1) la protection des civils et à la restauration de la sécurité et de l’ordre public, à travers la mise en œuvre de mesures appropriées, (2) la stabilisation du pays et à la restauration de l’autorité de l’État centrafricain, (3) la réforme et la restructuration du secteur de la défense et de la sécurité, et (4) la création de conditions propices à la fourniture d’une assistance humanitaire aux populations dans le besoin. Elle devrait comprendre un effectif de 3.500 personnels en uniforme (2475 pour la composante militaire – soit environ 4 bataillons – et 1025 pour la composante de police), ainsi que 152 civils, en englobant les actuels effectifs de la MICOPAX. Elle aurait dû être mise en place et prendre le relais le 1er août, selon les documents de l’Union africaine.