Utilisation du styrène dans les travaux égouts. Méfiance

Capture d’écran 2013-08-30 à 06.36.38La récente utilisation d’un produit chimique — le styrène — dans un procédé de chemisage des égouts par la société Vivaqua (pour le compte d’Hydrobru, l’intercommunale des eaux de Bruxelles) m’a conduit à m’intéresser à ce produit.

Effets secondaires constatés chez des riverains

Un « incident » a en effet eu lieu lors de l’utilisation sur une durée de plusieurs jours dans une commune bruxelloise (Etterbeek). Plusieurs des riverains ont eu des effets secondaires sur la santé : maux de tête, irritation de la gorge ou des yeux, somnolence. De fait, le procédé utilisé à l’extérieur (dans la rue) s’infiltre dans la maison via les égouts. L’odeur au départ, surprenante mais pas désagréable, devient au fil de la persistance (plusieurs jours) handicapante, et provoque ces effets secondaires. Des relevés effectués dans les habitations 3 heures après l’arrêt des travaux relèvent dans certaines maisons un taux de 5 à 20 ppm (*).

Réaction de l’industriel et de la commune : Syndrome de l’autruche

La société Hydrobru/Vivaqua nie tout effet nocif. « une odeur désagréable (émanant du polyester utilisé pour chemiser l’égout) peut apparaître durant ces travaux », ajoutant « elle n’est nullement nocive ». Tandis que la commune se dégage de toute responsabilité : « ces odeurs ne résultent pas d’une quelconque pollution chimique. Elles sont exclusivement liées à la nature des matériaux utilisés pour réparer l’égout, ne sont pas dangereuses et disparaîtront au fur et à mesure de la progression du chantier » (lire ici). Pour le chef de cabinet du bourgmestre, Vincent De Wolf (libéral), tout comme l’élu de permanence, tout est normal et sans aucun danger. L’élu écologiste Rik Jellema considère même que c’est « pour le bien » des habitants ! Nb : aucun ne s’est cependant risqué à se déplacer sur place malgré la présence de la police, des pompiers et de l’IBGE). En matière de gestion de crises, la ville d’Etterbeek comme Vivaqua semblent encore dans la préhistoire.

Un tableau incomplet

Le tableau dressé par les autorités est, en effet, largement incomplet, voire à la limite du mensonge par omission. Le Styrène est, en effet, un produit classé « nocif » selon la réglementation CE selon 4 facteurs de risque : « R 10 – Inflammable. R 20 – Nocif par inhalation. R 36/38 – Irritant pour les yeux et la peau. S 23 – Ne pas respirer les gaz/fumées, vapeurs, aérosols ». Et l’employeur qui l’utilise est soumis à la réglementation européenne et nationale en vigueur notamment en matière de protection de la santé, d’information des travailleurs et de suivi médical.

Effets secondaires

Les effets observés chez les riverains des travaux sont parfaitement décrits dans les différentes fiches « toxicologiques » établis par les instituts scientifiques (voir la fiche de l’INRS – Institut de recherche sur la sécurité (français) ou la fiche internationale de toxicologie ci-dessous). Ses effets à long terme en revanche ne sont pas encore prouvés et discutés scientifiquement – notamment l’effet cancérigène (la réglementation européenne ne le classe pas mais le Centre international de recherche sur le cancer, organisation internationale proche de l’OMS, le classe comme « cancérogène possible pour l’homme »).

Seuil d’exposition abaissé

La législation en vigueur de ce produit est cependant, en passe, d’être renforcée. Ce sous l’effet de plusieurs rapports scientifiques qui établissent certains risques pour la santé. Ainsi le seuil limite d’exposition est fixé à 50 ppm en France sur 8 heures à température de 20° (ou 215 mg/m3) selon une circulaire de 1985 mais un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire préconise de le fixer aux alentours à 100 mg/m3 soit environ 25 ppm. En Belgique, l’arrêté royal de 2002 (modifié pour la dernière fois en 2011) a pris les devants et prévu d’abaisser progressivement cette limite : de 50 ppm en 2012, il est aujourd’hui de 40 ppm en 2013 et 2014 et passera à 25 ppm en 2015. En Allemagne et aux USA, la première limite est déjà fixée à 20 ppm (86 mg/m3). NB : Cet abaissement des limites reflète donc une prise de conscience au niveau scientifique qui ne semble pas encore avoir atteint le niveau de certains responsables politiques.

Conduite à tenir en cas de problème

A court terme, il est recommandé :

  1. (si possible) sortir de la zone contaminée
  2. Aérer au maximum
  3. Le Styrène étant un gaz plutot lourd qui va rester au ras du sol, pour les pièces semi-enterrées, il est préférable d’utiliser un extracteur d’air (type industriel, de chantier, à défaut un extracteur d’air de salle de bains puissant).
  4. Consultez un médecin pour établir un constat
  5. Faites une prise d’urine, dans n’importe quel laboratoire, Avec une demande de mesure de : Acide mandélique et acide phénylglyoxylique
    Ces prélèvements seront regroupés pour un examen complet dans un centre spécialisé (à Bruxelles, l’AZ).

A moyen et long terme, il parait nécessaire de mettre en place une politique préventive plus importante :

  1. Mise en place en place de capteurs témoins, de façon permanente dans des locaux ou habitations proches
  2. Mise à disposition d’un numéro d’urgence disponible 24/24 (eventuellement avec une fiche médicale). Nb : celui de Vivaqua est un « leurre ». Il ne fonctionne pas 24/24. Alors que le chantier fonctionne 24/24.
  3. Passage d’un expert dans les locaux ou habitations pour calfeutrer ou mettre des dispositifs de précaution

En cas de problème constaté,il parait nécessaire

  1. Mise à disposition dans les habitations « sensibles » de moyens d’évacuation ou de traitement de l’air contaminé
  2. étude par analyse d’urine chez les habitants

NB : toutes ces mesures « ont un cout  » ainsi que le remarque le cabinet du bourgmestre De Wolf. « Vous vous rendez compte ! » On peut remarquer que ce cout est relativement modique par rapport à celui de la gêne occasionnée.

(*) Le produit étant extrêmement volatile, ce taux devait être largement supérieur lors de l’exposition quotidienne.

En savoir plus. Vous pouvez télécharger:

  1. la fiche INRS (France)
  2. la fiche toxicologique internationale (OMS/OIT/CE),
  3. l’étude Ineris (France)
  4. le rapport de l’Anses (France)
  5. Arrêté royal de 2002 – mis à jour en 2011 (applicable en Belgique)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).