Frappes en Syrie : not now ! répondent les Brit’. Un modèle à suivre ?

Frappes en Syrie : not now ! répondent les Brit’. Un modèle à suivre ?

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La Chambre des communes après le vote : à gauche, Cameron (capture d'écran de la Tv Chambre des communes / B2)

La Chambre des communes après le vote : à gauche, Cameron (capture d’écran de la Tv Chambre des communes / B2)

(BRUXELLES2, analyse) Une gifle politique. Certes. Voire un peu plus. Une surprise. Sans doute. Mais le « no » clair du parlement britannique (*) hier soir (jeudi 29 août) à l’usage de frappes militaires en Syrie a un autre intérêt. Il vient rappeler aux tenants d’une action militaire décidée par le seul exécutif – une conception qui n’est appliquée … qu’en France – que l’usage de la force militaire dans une démocratie peut parfaitement s’accompagner de règles démocratiques – c’est-à-dire non seulement le contrôle par le Parlement de cet usage mais aussi son autorisation.

Pour Cameron, plus qu’une gifle, un véritable hara kiri

Les parlementaires ont rejeté la motion gouvernementale par 285 voix contre et 272 pour. Soit un écart de 13 voix, assez net pour écarter toute discussion. Aux travaillistes se joints en effet, selon les journaux britanniques, les voix de 30 députés conservateurs (une trentaine) et de 9 LibDem ! C’est, de fait, cet apport de députés de la majorité qui a fait basculer le vote. Dans un pays traditionnellement interventionniste, et qui a rarement rechigné à sacrifier la vie de ses soldats, outre-mer, on peut dire que c’est un peu plus qu’une gifle, un véritable désaveu, une sévère trempe. Dans le royaume de Cameron, il y a un sacré problème…

Deux interprétations

Ce « no » peut être interprété de deux façons : soit une réaction de défiance vis-à-vis de l’action militaire en soi, soit une évaluation, politique, que l’action militaire n’était pas justifiée ou pas assez motivée dans le cas présent. Je pencherai pour cette seconde interprétation. Les Britanniques – toutes tendances confondues – sont face à un danger plutôt extravertis, préférant porter le fer que le subir. Et même si les arrières-pensées politiciennes n’étaient pas absentes lors de ce vote, nul doute qu’elles aurait cédé le pas devant un danger évalué réel. L’exemple de l’Irak – et ses mensonges sur les armes de destruction massive du gouvernement Blair – mais aussi de l’Afghanistan – avec un engagement sensé être court mais qui s’est prolongé durant plusieurs années – a certainement pesé dans les esprits, durant les sept heures qu’ont duré un débat intéressant (pour télécharger le compte rendu des minutes, c’est ici).

Le système britannique : un modèle ?

Le système britannique de contrôle démocratique d’une intervention armée a des avantages. Il allie souplesse d’intervention et contrôle démocratique. Il permet la discussion démocratique voire la censure du projet de décision de l’exécutif… Le vote est immédiat dès que l’exécutif le demande pour décider, ou non, une action militaire. Il n’est pas encombré d’une certaine lourdeur qui prédomine dans le modèle allemand, avec un encadrement plus strict, plus formel, fixant le nombre de personnels et matériels engagés, autour d’un projet législatif. L’exécutif présente une motion (résolution – télécharger celle sur la Syrie ici) sous forme de quelques paragraphes justifiant le recours à la force et autorisant l’action militaire. Les partis politiques peuvent présenter des amendements. La rapidité est de mise, avec une présentation, des amendements et un vote dans les 24-48 heures. Un modèle à suivre ? En tout cas, à étudier de près.

Une claire leçon de démocratie

Après le vote de la motion, répondant à une question d’Ed Milliband, le ténor de l’opposition, le Premier ministre Cameron a assuré que ce vote était le reflet du choix du peuple britannique et qu’il n’y aurait pas d’engagement militaire britannique en Syrie après ce vote. Du moins tant que la Chambre des communes ne change pas sa position.