EUTM Mali. Une mission à prolonger (général Lecointre)

(BRUXELLES2) « Il faudra plus d’une année supplémentaire selon moi »  avant de clore la mission et former l’armée malienne. C’est ce que le Général Lecointre, chef de la mission européenne de formation des troupes maliennes (EUTM Mali), a plaidé devant les ambassadeurs du COPS (le Comité politique et de sécurité) et les représentants militaires de l’UE réunis au sein du Comité militaire. Avant de passer le relais à son successeur (Lire : EUTM Mali. Un marsouin succède à un marsouin), et après avoir dressé le bilan des premiers six mois de mission — Lire : Réussites et manques. Bilan des six premiers mois d’EUTM Mali (Lecointre) —, le Général en a profité pour exposer les différentes recommandations de son rapport, concernant le futur de la mission.

Plus de temps pour plus de bataillons

« Mon credo est qu’une action comme celle-là demande du temps. Il est parfois dur de convaincre les opinions publiques, du fait de l’effet zapping. Le but est donc de convaincre, notamment grâce aux journalistes, qu’on ne peut aider durablement en une seule année, vu l’effondrement de l’armée » explique-t-il. Pour continuer à aider, le Général Lecointre propose, « de prolonger d’un an (la mission) et voir après si l’on peut encore prolonger d’un an ». « Il faut au moins rajouter une année pour former quatre bataillons supplémentaires, c’est-à-dire la seconde moitié de l’armée malienne. Et après, envisager des adaptations. Pourquoi pas avec une diminution du volume de la mission ».

« Service avant vente » : la formation des chefs de section

« En termes de formation, on doit commencer à faire du service après et avant vente. » Il insiste fortement sur « le niveau des chefs de sections qui est particulièrement fragile ». « C’est un niveau systématiquement présent dans l’armée et très important. Au Mali, ce niveau est faible et il est soumis à beaucoup de pressions » reconnait-il. « C’est à ce niveau que l’on doit rétablir le lien de confiance. Au-delà de la formation technique et tactique, ce qui faisait la fragilité de l’armée malienne, c’était l’absence de confiance. » Pour parer à ce défaut, Lecointre propose « un cours de préparation, de trois semaines ou un mois, pour former ces chefs de sections avant l’entrainement avec le bataillon ».

« Service après vente » : la poursuite de la formation

« Ce sera un futur sujet au COPS. Car nous devons trouver un moyen d’assurer la formation au delà des dix semaines où le programme est très dense et intensif. » L’idée est de poursuivre la formation des unités sur le long terme. « Après l’entrainement, le bataillon est déployé en zone opérationnelle. Et, là, il est guetté par la routine et l’ennui. Ce sont de réelles menaces. » Pour lutter contre cela « Le but est donc de maintenir les gens sous tension opérationnelle permanente en formant les états-majors auprès des commandants de bataillon ». Concrètement, il propose de « détacher des personnels auprès de commandants ou d’envoyer régulièrement une équipe pour vérifier la formation ».

L’après mission : une équipe de contrôleurs

Afin que le travail accompli ne soit pas perdu, « J’imagine après la fin d’EUTM Mali, mais aussi d’EUTM Somalie, que l’UE puisse créer des équipes de contrôleurs pour certifier le travail de formation ». Le principe est celui du suivi régulier : « aller sur rendez-vous, à des dates prévues à l’avance, faire passer une batterie de test opérationnels pour orienter l’entrainement ». « Ce genre de suivi pourrait être mis en place auprès de l’UE » et assurerait une vision et une efficacité à long terme.

Renforcer le volet audit

Au-delà de l’entrainement proprement dit, EUTM a une partie audit, qui a participé à « l’écriture de textes de l’armée malienne, la doctrine d’emploi, les contrats opérationnels entre les services, le cadre territorial… ». Preuve que ça marche, « le ministre de la Défense malien vient de demander la participation d’EUTM à la commission de rédaction sur la loi de programmation défense ». La partie audit devrait aussi évoluer, selon le Général. « Elle doit aussi mettre en place des groupe projet par phase de 4 ou 5 mois sur une politique particulière. Par exemple les ressources humaines, la maintenance logistique… »

« Je suis un soldat, je dis clairement les choses »

Lecointre reste réaliste quant à l’impact de ses propositions sur les décideurs et sa capacité à orienter les décisions. « Je suis un soldat. Donc je dis clairement les choses mais de toute façon je n’ai pas voix au chapitre » et d’ajouter, « Je sais très bien qu’un Commandant de mission ne peut demander un blanc seing pour 3 ans avec une mission qui ne bougerait pas ». Des recommandations qui mériteraient néanmoins d’être sérieusement considérées car venant de l’expérience du terrain.

(Th. Le Bihan)

* La mission EUTM Mali court jusqu’en mars 2014 mais subira une révision stratégique mené par la direction de la planification de gestion de crises (CMPD) du service diplomatique européen, en septembre prochain. C’est à ce moment que sera décidée la prolongation de la mission.

 

Thomas Le Bihan

Etudiant en "Affaires Publiques parcours Gouvernance Européenne" à Paris I. Stagiaire à B2. Suit l'actualité du Parlement européen.