Barroso ne renonce pas à l’OTAN

M Barnier J M Barroso and A Tajani talk to media(BRUXELLES2) De la « spéculation ». C’est par ce mot que le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso, a tenu à assurer que son engouement pour les questions de défense n’était pas lié à des vues futures sur un poste de secrétaire général de l’OTAN. « Cette communication n’a rien à voir avec mon futur, cela a à voir avec le présent de la Commission européenne qui a décidé d’apporter sa contribution à ce qui est extrêmement important au niveau européen. Tout lien entre cette communication et entre ce que je pourrais faire ou ne pas faire dans le futur est simplement une spéculation » a-t-il répondu à un de mes confrères. Pour autant, il n’a pas clairement démenti ni nié qu’il n’était pas intéressé par ce poste ou qu’il n’y songeait pas. Le futur se compose au passé simple…

Un intérêt qui n’est pas inopiné

Si la présence du président de la Commission européenne sur le podium de presse aujourd’hui pour présenter la communication sur la politique de défense aux cotés des commissaires Barnier (Marché intérieur) et Tajani (Industries) a pu en surprendre certains, on peut dire qu’elle n’est effectivement ni inopinée ni soudaine. Pour avoir suivi ce travail depuis qu’il a démarré, j’en ai été le témoin. Le cabinet du président s’est impliqué, très régulièrement, dans cette communication. Et Barroso s’est même fendu d’une lettre de rappel à l’ensemble de ses commissaires pour leur rappeler l’importance du travail de préparation en commun. Une procédure plutôt rare pour être signalée… De la même façon, le président Barroso a entamé une véritable tournée internationale l’emmenant aux quatre coins du globe dans des lieux classiques pour son poste (USA, Russie, Chine, Afrique du Sud…) mais aussi de façon moins classique dans tous les théâtres de « crise » (Moyen-Orient, Corne de l’Afrique…). Gageons que cette tournée n’est pas terminée !

Spéculer c’est prévoir

Spéculer en économie, c’est prévoir, et miser sur le futur, avec un risque de perdre… ou de gagner. Le président Barroso le sait bien. Et il prépare, à pas comptés, son avenir, après la Commission européenne. Les deux mandats – Président de la Commission et secrétaire général de l’OTAN – coincident. José-Manuel Barroso s’est d’ailleurs bien gardé d’insulter l’avenir. Le test était facile à faire…

Entre l’Europe et les USA, le coeur ne balance pas…

Je lui ai demandé s’il avait à choisir entre acheter un C130 (américain) ou un A400M (européen) quel choix ferait-il ? José-Manuel Barroso s’est bien gardé de donner une réponse… se bornant à dire qu’il n’était « pas question que la Commission achète des avions en propre ». Il lui aurait cependant été facile sans affirmer nettement « oui je prends l’A400M », de donner quelques caractéristiques intéressantes de l’A400M : un avion européen, gros porteur, fabriqué en commun, de technologie récente, qu’on ne peut comparer à l’autre appareil. Après toutes les déclarations dithyrambiques sur la nécessité de travailler en commun et de renforcer l’industrie comme l’Europe de la défense, c’était on ne peut plus logique, et presque obligatoire.

Apparemment, encore aujourd’hui, 20 ans après que cette question se soit posée à JM Barroso, alors Premier ministre portugais, renoncer à acheter américain est toujours aussi difficile (lire : Quand J.M. Barroso lâchait l’Airbus A400M, par amitié…). Ne pas répondre est déjà répondre. Aujourd’hui, J.-M Barroso non seulement ne renie pas ce choix anti-européen. Mais il le confirme ! Toutes les supputations sont donc possibles …

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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