Réussites et manques. Bilan des six premiers mois d’EUTM Mali (Lecointre)

Réussites et manques. Bilan des six premiers mois d’EUTM Mali (Lecointre)

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(Crédits: Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) « Le niveau initial d’ambition était très élevé et nous l’avons dépassé ». Voilà comment résume, en une phrase, le Général Lecointre, chef de la mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali). De passage à Bruxelles avant son départ, le général en a profité pour revenir sur les réussites de cette mission, comme les manques qui persistent selon lui. Le relais sera assuré sur le terrain par le général Guibert (lire aussi : EUTM Mali. Un marsouin succède à un marsouin).

La mission de formation, une réussite

Le premier élément de réussite est tout d’abord la formation d’un premier bataillon « qui a rejoint sa zone de déploiement à Gao et pourrait aussi se déployer à Tessalit ». Le bataillon « Waraba » est « accompagné d’un détachement d’assistance français qui nous tient au courant de ce qu’il se passe sur place. Les Français disent que le niveau technique, tactique et de cohésion est très fort alors que seulement dix semaines de formation ». Gage, selon le général, de la bonne tenue de la formation.

Un exemple de volonté politique commune

« La mission EUTM montre que la volonté politique permet d’aplanir nombre d’obstacles » explique-t-il. Si la mission a pu être mise en place si rapidement c’est grâce à la « volonté politique forte. Les Etats-membres ont voulu manifester leur soutien à l’opération Serval et voulaient manifester leur approbation de l’action de la France ».

Une armée malienne pour reconstruire l’unité du pays

« L’armée malienne doit servir de creuset d’intégration. » La future armée malienne est un moyen de faire cohabiter des populations différentes et de les faire travailler ensemble. Il explique, « Dans mon travail je ne rentre pas dans des considérations ethniques mais elles se posent à moi. Ne serait ce que dans la langue, nous avons recours au français même si il n’est pas forcément parlé par tous les soldats ».

L’intégration des Touaregs

Leur nombre est important dans le nouveau bataillon formé, « Il y a 130 à 150 Touaregs. Pour garantir leur intégration dans ce bataillon, on mixe. Le but est d’éviter qu’ils forment une unité à part. Six ou sept Touaregs se retrouvent par section pour ne pas qu’ils s’isolent ou soient isolés. Nous mélangeons aussi par ancienneté ».

L’africanisation des européens

« L’africanisation de nos soldats européens lors de la mission EUTM leur a fait prendre conscience de ce qu’ils avaient en commun ». Les Européens devraient peut être tous faire un tour au Mali… 🙂

Des lacunes dans l’équipement

Malgré les réussites, il subsiste des manques et des freins. Premier manque, l’équipement. « Le problème principal ce sont les camions. Les moyens de transmission sont suffisants pour l’instant. En armement, ils manquent de fusils et de tireurs d’élites. »

Au niveau aérien aussi. Bien que ce ne soit pas son domaine, le général pointe des lacunes. « Ils auront besoin de mobilité aérienne car l’armée devra pouvoir bouger sur son territoire et se déployer ». Lecointre reste cependant optimiste, « Cela devrait s’améliorer avec les dons qui devraient arriver des Etats-membres et les efforts des Maliens pour s’équiper ».

Il pointe aussi un problème logistique, « Les soldats maliens sont bien rémunérés, par rapport au niveau de vie des autres Maliens. Mais ils doivent loger avec leurs familles. Et je n’ai pas d‘argent pour restaurer les casernes ».

Trop d’internationalisation tue l’efficacité

Souvent, on considère que plus de pays participent, mieux c’est. Mais sur le terrain cela peut s’avérer différent. « La multinationalisation excessive est bénéfique politiquement mais, sur le terrain, compliquée. » Concrètement, « il faut éviter trop de nations dans des équipes trop petites et trop hétérogènes » explique Lecointre. Et de citer Foch « Depuis que je sais ce qu’est une coalition j’ai beaucoup moins d’admiration pour Napoléon ».

Autre problème : les langues. « Ils doivent parler en français. (Aujourd’hui) nous payons des 40 traducteurs, qui traduisent de l’anglais vers le français, qu’il faut auparavant former aux bases du langage militaire. Il faut aussi que tous les militaires puissent parler anglais. Or, ce n’est pas le cas ».

Un secteur par pays

Un moyen de faire international, sans compliquer, est de confier des secteurs entiers de formation à un pays. « Il ne faut pas un officier dans chaque équipe. Mais qu’une nation prenne une formation. C’est déjà le cas, le génie par les Allemands, les artilleurs sont formés par les Britanniques. Mais ce n’est pas simple car certains Etats ne peuvent fournir assez d’hommes et se mettent à plusieurs. »

Une force de protection enfin bouclée

« J’ai eu quelques problèmes de relève d’unité de protection de la force. Avant elle était composée de Français et de Belges et depuis la mi-juillet, l’unité est commandée par un Espagnol et composée à 50/50 de belges et d’espagnols. Nous n’avons finalement pas eu l’option Benelux. Mais un officier luxembourgeois et un officier néerlandais participent au commandement. »

Une situation toujours tendue

Les avancées réelles ne doivent pas faire oublier la fragilité qui est encore bien présente. « Cela ne gomme pas tout. Par exemple, nous avons dû annuler la grande parade prévue pour la fin de la formation du premier bataillon à cause de la protestation des soldats contre leur hiérarchie. » Pour le Général Lecointre, éternel optimiste, « cela relève au moins que le diagnostic de base est le bon et que la mission d’accompagnement est nécessaire »…

(Th. Le Bihan)