Cisjordanie. Le pays des détours

(© Th. Le Bihan / B2)
(© Th. Le Bihan / B2)

(BRUXELLES2 à Ramallah) Mardi 2 juillet, un jeune palestinien de 19 ans est mort près d’Hebron (sud de la Cisjordanie) alors qu’il protestait contre l’occupation israélienne. « Un militaire lui a tiré dans le dos, puis un véhicule de l’armée lui est rentré dedans » explique le Directeur de la communication de l’Autorité Palestinienne, le Docteur Ehab Bessaiso que B2 a rencontré. « Ce cas n’est qu’un autre autre exemple de ce qui se passe chaque jour ici ». Au-delà de ce cas extrême, la vie quotidienne des Palestiniens est totalement marquée par l’occupation israélienne en Cisjordanie. B2 est actuellement sur place et a donc pu se rendre compte de la situation.

Un découpage bien compliqué

La liberté de circulation de la population palestinienne est extrêmement réduite du fait du découpage du territoire en différentes zones. La zone A, environ 18% de la Cisjordanie est administrée par l’Autorité Palestinienne (AP) (y compris en matière de sécurité). La Zone B, environ 22% de la superficie, est administrée par l’AP mais Israël conserve les prérogatives sécuritaires. En Zone C, 60% du territoire, Israël détient les pouvoirs civils et sécuritaires. Ce sont dans ces zones que se trouvent les colonies, mais aussi d’immense bases militaires et des zones de « sécurité ». Pour passer de la zone A aux zones B et C, il faut un permis. Celui-ci doit être demandé auprès des autorités israéliennes à l’avance et n’est valable qu’un certain temps. Pour circuler, il faut donc être prévoyant…

L’expérience de la traversée

Pour accéder à Jérusalem Est depuis Ramallah, il faut ainsi traverser le checkpoint de Kalandia. Pour cela, il est obligatoire de traverser à pied, en empruntant un couloir d’un mètre de large, délimité par des barrières et surmonté de barbelés. Passer un premier tourniquet, puis un second, avant de traverser un portique de sécurité et montrer votre passeport (si vous êtes étrangers) ou permis d’accès (si vous êtes palestinien). Il ne reste plus qu’à franchir les deux derniers tourniquets. L’opération prend plusieurs minutes… aux heures creuses. Très tôt le matin, les files d’attentes font plusieurs centaines de mètres lorsque les travailleurs palestiniens doivent changer de zones pour aller travailler coté israélien.

Chacun sa route, chacun son chemin

Pour se déplacer en Cisjordanie, cela relève du parcours du combattant. Il est presque impossible de se rendre d’un point A à un point B directement. Sur le chemin qui relie l’aéroport à Ramallah, la route principale, parfaitement neuve, goudronnée n’est accessible qu’aux israéliens faute de pouvoir passer les checkpoints qui la jalonnent. Les palestiniens doivent slalomer entre les villages sur des routes qui laissent grandement à désirer.

Hebron, ville extrême

Le cas les plus extrême se trouve dans le sud, à Hebron. Cette ville est réputée pour être l’une des plus difficile du pays en terme de cohabitation. Les colonies israéliennes sont au cœur de la ville, théoriquement contrôlée par les palestiniens. Dans cette ville, existe des routes exclusivement réservées aux voitures des colons que les palestiniens sont autorisés à emprunter… mais à pied. Sur d’autres, toute circulation est interdite aux non israéliens que ce soit à pied, en voiture à cheval…

Mortel checkpoint

À certains checkpoints, la traversée n’est autorisée que 1h30 le matin et 1h30 le soir… Le Dr Mustapha Barghouthi, secrétaire général du parti « Initiative nationale palestinienne » et ex-candidat à la présidentielle raconte, « des personnes qui font des crises cardiaques meurent devant les checkpoints car elles ne peuvent traverser pour se rendre à l’hôpital car ce n’est pas l’heure. Les femmes accouchent devant les checkpoints et souvent les bébés meurent faute de soin. »