Bienvenue à EUPOL COPPS. Une mission qui fait ses preuves

Bienvenue à EUPOL COPPS. Une mission qui fait ses preuves

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Bienvenue à EUPOL COPPS (©Th. Le Bihan / B2)

Bienvenue à EUPOL COPPS (©Th. Le Bihan / B2)

(BRUXELLES2 à Ramallah) « Ce n’est pas une institution qui est là pour survivre mais pour faire le boulot » affirme un responsable de la mission européenne de police dans les territoires palestiniens (EUPOL COPPS). Durant son séjour en Palestine, B2 a pu rencontrer deux membres d’EUPOL COPPS pour une discussion plus informelle sur les évolutions de la mission et le travail en Cisjordanie. La rencontre a eu lieu au quartier général de la mission. Le bâtiment, très sécurisé, est situé sur l’une des nombreuses collines de Ramallah et offre une vue imprenable sur les alentours.

Un environnement apaisé

Ce qui marque en Palestine, c’est le calme qui y règne, en totale opposition avec les idées préconçues que l’on peut avoir du pays. « Il n’y a pas de soucis majeur à travailler en Cisjordanie. C’est même plutôt l’inverse » affirme un haut responsable de la mission. Cette situation apaisée « est une bonne façon de voir le rendu et l’impact des forces de police palestinienne ». « La vie suit son cours en Cisjordanie. Nous ne sommes pas à l’abri d’un échange de coup de feu, c’est vrai. Mais ce n’est pas le Far West ou du moins ce n’est plus le Far West comme en 2006 ou 2007. La sécurité est revenue. » À cette période justement, « il y avait une situation plus tendue donc plus de présence policière palestinienne. Nous étions plus sur le qui-vive, une vigilance accrue, c’était sécurité, sécurité… Le travail était plus difficile. Nous ne restions pas dans les districts de nuit. Et nous n’aurions pas déployé du monde dans 11 districts en même temps comme nous le faisons maintenant. » Autre élément, selon un responsable, « Il n’y a pas eu de meurtre d’Israélien depuis 5 ans en Cisjordanie ». Aujourd’hui, la mission fonctionne et semble avoir un réel impact sur la situation et sur le terrain. Mais ce ne fut pas toujours le cas.

L’arrivée du Hamas au pouvoir…

« En 2007, le gros coup de projecteur c’est EUBAM Rafah (l’autre mission de l’UE dans la région en charge des frontières) donc nous nous étions à la marge. En juillet 2006, nous étions à deux doigts de mourir. Le représentant spécial nous a dit, « c’est pas compliqué les enfants. Si vous voulez que la mission continue à exister, il faut justifier de votre existence. Donc bougez-vous«  ». La mission a débuté en 2006. Or les tensions entre Hamas et Fatah allaient atteindre leur point culminant avec la prise du pouvoir par le Hamas sur la bande de Gaza.

« Nous étions dans un cadre politique bloqué avec ordre de non engagement à un niveau plus élevé que le chef de la police, donc pas avec le Ministre de l’intérieur et pas de coopération technique majeure car interdiction d’engager avec le Hamas. » EUPOL COPPS se retrouvait donc « au milieu, avec notre mandat, nos outils. Nous nous retrouvons en plein milieu du bazar ». Un environnement peu favorable pour une mission qui venait à peine de débuter.

« Les bouchées doubles »

« Le mandat était assez ambitieux, il fallait redessiner la police palestinienne. » Pour justifier son existence, la mission a conduit des audits « une menée par une juge d’instruction, sur la chaine criminelle, une sur les forces de police judiciaire et une sur le maintien de l’ordre et c’est à la base de ces trois audits que nous avons commencé à développer les activités ».

De la police à l’Etat de droit

Dès 2008, c’est l’extension de la mission au niveau de l’Etat de droit, avec la création d’une section Rule of law qui « traite sept domaines avec une personne par équipe, tribunaux, poursuite judiciaire, ministère de la justice, conseil, conseil droits de l’Homme, domaine pénitentiaire et projets de loi ». Concrètement, cette branche a accéléré le traitement des dossiers. « Avant, il y avait 30 cas le matin qui n’étaient pas gérés à midi donc s’accumulaient ». Il a fallu renforcer le Ministère de la Justice, la lutte contre les contrefaçons, une lutte contre la corruption « avec un véritable succès »…

Des salles de commandement communes à la formation

EUPOL Copps aide aussi à la coordination avec la mise en place de « Joint Operation Centers, des salles de commandement communes pour l’ensemble des forces de sécurité palestinienne et qui définissent qui va intervenir sur quoi. Cela a été très utile. Ça permet d’éviter d’avoir 36 000 services qui arrivent sur le même appel ».

Concernant la branche formation de la police, « Nous sommes passés de l’entrainement basique et de l’équipement nécessaire, à maintenant un travail plus à un niveau stratégique ».

La dernière branche de la mission qui s’occupe des programmes, améliore la coopération entre les Etats-membres sur place mais aussi entre les groupes de travail sur le secteur et de traduire le mandat en actions concrètes. Elle conduit aussi « de petits programmes, avec un budget de 350 000 euros donc des projets à 20 000 euros ».

Un impact plus global ?

Cette situation apaisée est un élément en faveur d’une solution au problème entre Israël et Palestine. « Nous ne pouvons envisager un quelconque processus de paix ou des négociation s’il n’y a pas une situation sécuritaire stable donc c’est un bon signe et ça donne des marges de négociation pour les politiques. Cela a aussi un impact sur la vie dans la rue car personne n’a envie de revivre les situations antérieures où ça tirait de partout, il y avait des milices de tous bords qui circulaient dans n’importe quels uniformes. »

  • Des personnels impliqués dans leur mission. Une mission PSDC, ce sont aussi des hommes et des femmes qui travaillent, souvent loin de chez eux. « Professionnellement ça compte ce que tu fais, au quotidien on voit les choses avancer. Ça nous permet d’évoluer et d’avoir un engouement. » Concernant le manque de connaissance des opinions sur le travail des missions il relativise, « A partir du moment où les principaux receveurs de l’aide sont au courant, c’est-à-dire les palestiniens, et que la communauté bruxelloise est au courant que ça marche… », cela peut suffire.

(Thomas Le Bihan)

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