Une clé de sécurité sur les Femen, bien ferme

Au premier plan un agent tunisien, au second plan l'agent européen. La différence d'emploi est frappante (crédit : Femen)
Au premier plan un agent tunisien, au second plan l’agent européen. La différence d’emploi est frappante (crédit : Femen)

(BRUXELLES2) Il fallait s’y attendre, les Femen attendaient le Premier ministre tunisien à sa sortie du garage de la Commission européenne, mardi (25 juin). Et sitôt la barrière franchie, elles se sont jetées sur les capots des voitures officielles, seins nus et bras levés, selon leur habitude. La bonne vieille Agit-Prop relookée. Les gardiens se sont très vite saisis des perturbatrices et les ont écartées. Cela n’aurait sans doute pas suscité un post sur ce blog. Si ce n’est que l’attitude de certains a été assez disproportionnée, ainsi que me l’ont fait remarqué les photographes présents.

Une leçon … tunisienne du maintien de l’ordre

A bien observer, on peut remarquer l’attitude différente des gardes (voir sur ITN ou Euronews). L’un écarte poliment mais fermement une des Femen. Le second – un Tunisien – fait de même fermement mais sans s’attarder. Le comportement du troisième garde (un membre du service de sécurité de la Commission *) est en revanche plus problématique, il opère une clé sur le cou de la jeune femme. Une prise dangereuse qui est normalement réservée aux cas d’urgence. Elle a même fait l’objet d’une recommandation d’interdiction en son temps du commissaire européen aux droits de l’Homme (en 2001).

femen1Le porte-parole de la Commission que j’ai interrogé ne voit pas de problème. « Ce que la photo ne montre pas, c’est que la femme se battait et se débattait avec le garde. Devant des véhicules en mouvement, c’était essentiel de l’immobiliser pour sa propre sécurité, et la sécurité de la femme » explique-t-il. « Le garde a fait exactement cela, d’une manière très professionnelle, exactement comme prévu dans sa formation. Résultat: personne n’était blessé, personne n’était arrêté » Ce n’est pas l’avis des Femen qui soulignent que leur militante « a perdu momentanément connaissance, subit actuellement de graves maux de tête et nausées« .

Commentaire : on peut être étonné du comportement du gardien. Mais le blâmer tel que serait assez facile. Le peu d’effectif présent sur place pour une sortie qui n’est pas sans risques était patent. Alors que les services de sécurité sont en nombre pour faire des tâches routinières aux postes d’entrée de la Commission — dont l’efficacité est inversement proportionnelle au nombre —, on peut se demander s’il n’y a pas, là, un problème de répartition des tâches et d’organisation du service.

(*) Non armé (du moins sans arme visible ni utilisée, contrairement à ce qui a été affirmé). En revanche le garde tunisien était armé (arme qui est restée dans son étui). Nb : le service de sécurité de la Commission dépend du commissaire (slovaque) Maros Sefcovic.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).