EATT 2013 : tout est proposé, rien n’est imposé…

SARA(BRUXELLES2 à Saragosse) À quoi sert la formation aérienne européen de transport (EATT) organisée par l’Agence européenne de Défense — dont l’exercice 2013 se termine ces jours ci sur la base espagnole de Saragosse ? B2 était sur place pour se rendre compte de l’exercice et a pu interroger le Général Valentin, chef du Commandement du Transport Aérien Européen (EATC), afin d’avoir quelques précisions.

Combler une carence

L’objectif d’EATT – nous explique le général – est « d’augmenter la capacité à travailler ensemble dans le domaine du transport tactique, dans un environnement qui peut être très hostile comme on peut le voir en Afghanistan ou au Mali ». Pour cela, l’exercice européen est particulier.

Le seul exercice pour les avions de transports

« C’est le seul au monde à être dédié au transport. Vous avez des exercices similaires notamment aux Etats-Unis (Red Flag ou Mapple Flag). Mais la partie transport est plutôt une pièce « rapportée ». L’exercice est davantage conçu pour les avions de combat. Alors qu’ici à Saragosse, aujourd’hui, et demain en Bulgarie, le fondement est de travailler autour de la mission de transport qui, elle aussi, participe à une manoeuvre générale ».

Conçu par les opérationnels

« Nous contribuons à la défense européenne, d’une façon bottom-up ». Pour le Général Valentin, l’un des points important est que « ce sont les spécialistes, les gens en combinaisons, en uniforme, qui travaillent sur le terrain » qui sont à l’origine de cet exercice. « Personne ne leur a dit de faire ça. Ce ne sont pas les politiques qui nous ont dit de bosser ensemble. Ce sont les opérationnels qui voient bien qu’aujourd’hui c’est indispensable. Nous ne pouvons plus nous permettre d’être chacun dans notre coin. »

Contrainte budgétaire

Cet exercice localisé en Europe est dû en partie aux restrictions « budgétaires et aux contraintes de ressources humaines ». L’EATT se fait à Saragosse car « si vous le faites au Canada ou aux USA c’est très bien. Mais rien qu’en coûts de déploiement de personnels, pour deux semaines aux USA, en Arizona, vous pouvez imaginer qu’on fait des économies en le faisant à Madrid ».

Le « piment » des Etats

L’un des autres points forts de l’EATT est la place accordée aux Etats participants (neuf en 2013) dans l’organisation de l’évènement. « Chaque pays apporte ses objectifs qu’il veut voir traités dans l’exercice. Le but est de travailler de façon très pragmatique sur des objectifs apportés par les pays. Ce n’est pas un travail comme ça où l’on met les pieds sous la table. (Cette formule) est très attractive. Nous faisons en sorte d’ajouter du piment, quand un pays s’aperçoit lors d’opérations par exemple, qu’il y avait un manque. L’amélioration du processus se fait au gré des pays. Chacun a sa voix au chapitre. Le succès de l’exercice repose aussi sur la capacité à adapter pendant l’exercice, en fonction de la météo ou si les exercices n’ont pas été bien faits par les équipages, pour leur donner la possibilité de le refaire. C’est ce coté didactique qui est extraordinaire. »

A la carte…

« La notion du « à la carte » » est ainsi importante. EATT « ce n’est pas une ensemble rigide et stéréotypé, le même pour tout le monde dans lequel vous devez vous mettre quelque soit votre niveau. Chacun peut y trouver ce qu’il veut et peut y contribuer pour remplir ses propres objectifs. » Les différences entre les participants doivent être prises en compte. « Il y a des pays habitués à travailler dans les exercices Red ou Mapple Flag et d’autres moins comme les Suédois, qui sont très intéressés par ce concept. Car ils n’ont pas eu trop l’occasion de travailler dans ce contexte. ». En gros, la règle est : « rien d’imposé. Tout est proposé. Et chacun vient y chercher ce qu’il veut. (…) L‘intérêt de cet exercice (est aussi de) faire en sorte que ceux qui ont l’habitude de travailler ensemble puissent aller le plus loin possible mais aussi à d’autres qui souhaitent se joindre à cette initiative, de se mettre à niveau et de s’impliquer ».

Réaliste : faire face aux menaces

« Cette année, l’un des principaux axes est de faire en sorte que l’environnement dans lequel l’exercice se fait, c’est-à-dire la menace qu’elle soit au sol ou en l’air, soit le plus réaliste possible. (Ainsi), l’exercice s’attache à reproduire ce qui se passe aujourd’hui au Mali ou de ce qu’on peut trouver en Afghanistan ou autre, missile au sol, radars…. C’est important aujourd’hui pour les pays. » Dans un contexte de contraction budgétaire, « la moindre heure de vol coute très cher. Il s’agit d’exploiter au mieux et de faire le meilleur usage des ressources que les pays mettent dans ces exercices, si l’on veut que ces exercices les préparent au mieux aux missions de demain ».

(Thomas Le Bihan)

A suivre : Sous les avions des mécanos