La mission EUPOL au Congo : en recherche de transition

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(BRUXELLES2) La mission européenne d’assistance à la police congolaise (EUPOL RD Congo) devrait se terminer fin septembre 2014 après une présence de presque dix ans dans le pays (*). Pour l’instant, on ne sait pas comment pas s’effectuer le transfert. Et c’est une des questions principales qui vont se poser dans les prochains mois. B2 a fait le point sur une mission – qui comme son homologue militaire (EUSEC RD Congo) – demeure au-dessous des « radars médiatiques ». Mais leur importance n’est pas négligeable.

La question du relais

Plusieurs raisons militent pour le maintien d’une façon ou d’une autre pour le maintien d’une fonction de conseil de l’UE, explique un des membres de la mission Eupol à B2. « L’expertise stratégique, accumulée depuis 2005, est importante ». Sur la quarantaine de personnes qui composent la mission, certaines sont anciens, comme le POLAD (conseiller politique) présent depuis 2005, ou le chef de mission depuis 5 ans, le chef adjoint depuis 3 ans ½, etc. Le besoin existe toujours de la réforme dans les forces de sécurité, comme dans la police congolaise. Mais de l’autre coté, la question est de savoir si on peut avoir une mission de gestion de crises en permanence, alors que d’autres missions s’ouvrent en Afrique.

Plusieurs pistes

Plusieurs pistes sont étudiées : soit confier cette mission à la délégation de l’Union européenne, au besoin en la renforçant, soit par la contractualisation, soit avec une nouvelle mission (Congo). Au-delà de la question du relais au Congo, se trouvent donc posées des questions plus générales : quel rôle veut jouer l’Europe en Afrique en matière de sécurité ? Quels moyens se donne-t-elle ?

Le rôle des Etats membres

L’autre piste serait de voir le relais assuré par le biais des Etats membres. Mais il est « difficile de voir qui va prendre le leadership, aucun État n’a automatiquement les moyens (financiers) comme les experts disponibles pour cela ». La mission travaille déjà en synergie avec certains des Etats membres qui ont des programmes bilatéraux. Mais chaque programme a sa logique intrinsèque et chaque pays mène des politiques diverses. La France agit sur le maintien de l’ordre. La Suède et Allemagne (via le GiZ) travaillent sur les violences sexuelles. La Belgique et Royaume-Uni ont inscrit leur présence, notamment sur la police de proximité. Des experts de la police fédérale belge viennent ainsi régulièrement en détachement, s’inscrivant dans la stratégie définie par la politique congolaise.

Un travail de fond…

La difficulté de la mission EUPOL est qu’elle travaille sur le fond. Que ce soit le « conseil stratégique » pour la réforme de la police congolaise ou les formations, « on travaille sur le changement de mentalité ». Et les avancées peuvent apparaître bien lentes. La Direction générale des écoles et formations (DGEF) a été mise en place pour reformuler le dispositif de formation. « C’est un travail de 2 ans « qui aboutit. C’est un moment important ». Mais l’académie de police n’est pas encore installée. « Le projet est en cours ». Mais se pose notamment le problème du foncier.

Le jeu démocratique ralentit les réformes

Et pour toute réforme, il faut une discussion. « Nous sommes dans une nouvelle démocratie. C’est un exercice nouveau. Les gens veulent tout discuter. » Ainsi la loi organique sur la police nationale (PNC) a été « discutée et promulguée par le président. Plusieurs autres lois — sur l’organisation des commissariats de la police nationale (PNC), le statut des policiers, l’audit — sont en cours de discussion, elles ont été élaborées mais suivent leur parcours démocratique. » Le plan quinquennal a aussi été approuvé par gouvernement et présenté au Parlement et aux partenaires internationaux.

(*) La mission a été lancé en juillet 2007. Mais elle succédait à une précédente mission « EUPOL Kinshasa » démarrée en février 2005.

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Les trois angles de la mission

  1. L’appui aux réformes. « appuyer la police nationale congolaise et le ministère de l’intérieur et de la sécurité dans la mise au point des concepts de la réforme de la police et dans sa mise en œuvre, en prodi­guant des conseils opérationnels, pilier essentiel du mandat de la mission ».
  2. Le conseil et la formation. « améliorer la capacité opérationnelle de la police nationale congolaise au moyen d’activités de mentorat, de surveil­lance, de conseil et de formation ».
  3. Les droits de l’homme et les violences sexuelles. « soutenir la lutte contre l’impunité en matière de droits de l’homme et de violences sexuelles et renforcer l’inter­action police-justice ».