Le marchand de 4 saisons

(BRUXELLES2) La venue du président de la République française devant l’IHEDN était un exercice à la fois attendu et difficile. Après la publication du Livre Blanc et le déclenchement opération au Mali, il fallait à la fois rendre hommage au travail des militaires, les rassurer sur la détermination du gouvernement à maintenir un certain niveau d’ambition tout en restant conforme au principe de diminution budgétaire nécessaire à la réduction de la dette.

Exercice impossible qui a tourné davantage au syndrome de la marchande de 4 saisons qui vante sur le marché « ils sont beaux mes choux, mes carottes, mes tomates » mais, dans le même temps, affiche des prix exorbitants à faire fuir les clients.

A écouter François Hollande, on ne change pas en effet un iota à la doxa nucléaire — « 11% du budget annuel de la défense », on préserve les commandes d’équipements en cours, on garde la plus grande armée d’Europe, on maintient l’armée sur l’ensemble du territoire. Tout cela avec un budget qui, officiellement, reste au même niveau mais, dans les faits, diminue.

On garde tout !

Nous allons « engager les commandes des avions de transport A 400 M et de ravitaillement en vol MRTT, aux missiles anti-navires légers ou encore aux frégates multirôles FREMM et aux véhicules blindés VBMR » a indiqué le président français. Aucun programme lancé (Rafale, hélicoptères d’attaque Tigre et de transport NH-90, sous-marins Barracuda et le système Félin) « ne sera arrêté, à la fois, pour des raisons de capacité, d’efficacité, mais aussi (pour) préserver notre industrie de défense ». Les crédits consacrés au renseignement, à la police et à la justice seront « augmentés ». L’effort de recherche et de développement sera « maintenu à haut niveau ». La politique spatiale sera « relancée (…) avec les satellites d’observation MUSIS et d’interception électromagnétique CERES ». Etc.

L’armée présente partout sur le territoire

Une « attention particulière » sera portée pour « maintenir une présence partout sur le territoire et éviter des fermetures de site » tandis qu’en outre-mer, il faudra également « assurer notre présence ». Mais les effectifs du ministère seront « réduits de 24 000 hommes supplémentaires » – soit un peu moins de 10% de l’effectif — « pour atteindre de l’ordre de 250 000 personnels de la défense ». Cela suffira-t-il ?

Budget apparemment maintenu mais en baisse

Le budget restera au même niveau qu’en 2012, à 31,4 milliards d’euros (hors inflation, donc en diminution). Sur six ans, pour la période 2014-2019, le budget sera « de 179,2 milliards », soit moins de 30 milliards par an, une nette diminution.

Commentaire : Le dilemme est en effet grand : couper dans les programmes, c’est nécessairement diminuer des emplois de demain. Un A400M autant d’heures de travail pour les employés de Airbus ; diminuer les emprises territoriales, c’est compromettre l’équilibre de territoires souvent fragiles ; ne engager l’achat de certains moyens (renseignements, drones…) c’est compromettre la réactivité de demain et même d’aujourd’hui car les menaces sont toujours présentes. Quant à garder le nucléaire, dans ses 2 composantes, c’est absolument nécessaire pour la stature de la France, le président l’a rappelé…

Mais le gouvernement et les Français ne seraient-ils pas ainsi dans un leurre actif croyant que tout va continuer comme par le passé. Ainsi que me l’a signalé un ami britannique, le gouvernement Cameron a fait l’exact contraire. En arrivant, au pouvoir, il a édicté des coupes drastiques dans l’armée de Royale Majesté qui ont heurté mais paraissaient aujourd’hui bien utiles. La France tergiverse, lanterne, se disant qu’elle va peut-être arriver à passer l’été, puis l’hiver prochain et, à la faveur d’une croissance qui va revenir, pouvoir tenir toutes les ambitions affichées. On peut en douter…

Lire aussi : La sécurité de la France, c’est la sécurité de l’Europe… (Fr. Hollande)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).