La salle de danse devient … un PC 24/24 pour la protection civile européenne

(BRUXELLES2) La salle est flambant neuve. Et Claus Sorensen, le directeur général de la DG Echo (Aide humanitaire) et Protection civile, n’est pas peu fier. Dans quelques jours, la trentaine de permanenciers et experts de la MIC – la cellule de protection civile de la Commission européenne – prendront leurs fonctions ici. Dans ce qui était un espace inutilisé au 1er étage dans l’immeuble de la DG Pêche et Taxud et était même à l’origine… une salle de danse tombée en désuétude, cela deviendra le centre européen de réponse d’urgence (CERU).

L’endroit est spacieux, fonctionnel. Ecrans au mur – pouvant afficher cartes, schémas, timing… – ordinateurs, téléphones… tout ce qui est nécessaire pour une salle de crise s’y trouve. Il est prévu pour fonctionner 24 heures / 24, 7 jours / 7. L’astreinte de nuit et de week-end étant assurée sur place par 2 personnes. Il est effectivement le loin le temps où dans un petit bureau de la DG Environnement, quelques personnes géraient le dispositif MIC voire l’ancienne salle de crise à Beaulieu qui était vraiment un peu à l’étroit. Pour pouvoir observer et suivre la situation, les spécialistes disposent des données satellites des dispositifs européens de veille sur les catastrophes naturelles Copernicus et GMES.

Salle principale, backup et salle « secret »

Outre la grande salle, deux autres petites salles – backup – permettent soit de suivre la « crise principale », soit de gérer deux mini-crises. Une hypothèse qui n’est pas d’école comme le précise, Peter Billing, le chef d’unité adjoint à la réponse urgente de crises de la DG ECHO. « En 2011, nous avons dû gérer simultanément une grande crise en Libye, et deux autres le séisme-tsunami au Japon et le séisme à Van en Turquie ».

A l’arrière se trouvent d’autres salles, plus calmes, prévues pour les réunions, pour la gestion logistique – transport, les formations. Une salle de réunion a été prévue pour pouvoir accueillir les experts des Etats membres au besoin ainsi qu’une grande salle de briefing pouvant accueillir médias et télévisions. Enfin, une cuisine et même un divan pour pouvoir se reposer…

Au fond du dispositif, une salle apparemment anodine… Des murs à peine peints, bruts, comme une salle de stockage. C’est en fait une salle type cage faraday, répondant aux normes « top secret », avec porte blindée, permettant à des personnels de pouvoir entrer en communication avec les dispositifs « protégés ». Utile en cas d’alerte terroriste.

Coordination avec les salles spécialisées

Le dispositif sera servi en temps ordinaire par le personnel de la MIC auxquels pourront s’adjoindre au besoin des personnels spécialisés de la DG Sanco (en cas d’épidémie ou de risque particulier d’épidémie), de la DG Energie (en cas de risque radiologique ou sur les réseaux électriques), de la DG Move (en cas de problème de transport routier, ferroviaire ou aérien), voire des personnels du SEAE comme les personnels de l’Etat-Major de l’UE pour la partie « transport ». Des accords ont été passés en ce sens avec à peu près toutes les DG (Sanco, Home, Move, Recherche…) ou sont en passe de l’être.

Avec le SEAE, « des pourparlers sont en cours » explique fort diplomatiquement Sorensen. D’après nos informations, le « cours » est lent… Et le fait que la cellule de crise de la Protection civile soit « le réceptacle de toutes les crises » comme l’ambitionnent ses promoteurs et ce qui est inscrit dans le projet de décision sur la « clause de la solidarité »

Un exercice aujourd’hui

Aujourd’hui, un exercice grandeur nature a lieu, mettant en oeuvre une inondation en Moldavie, aux frontières de la Roumanie. 2400 personnes évacués, 1 mort, environ 5000 personnes affectées, 778 maisons inondées dont 106 détruites. 2 ponts sous l’eau comme certaines routes Un village et la moitié d’un autre entièrement dévastés et qui seront à reconstruire…

Un test grandeur réelle demain ?

Mais demain (16 mai), ce pourrait être une catastrophe naturelle, concrète qui sera à gérer. Les spécialistes de la Protection civile suivent avec attention ainsi le cyclone tropical Mahasen 13 qui se rapproche du Golfe de Bengale à une vitesse d’environ 100 km/h et pourrait causer de gros dégâts. 7,2 millions de personnes pourraient être concernées dont certaines en Birmanie, sont très vulnérables, car vivant déjà sous des abris précaires, ayant déjà été « déplacés », des réfugiés de l’intérieur. Le gouvernement de Rangoon a conseillé à chacun de fuir la région et même utilisé la menace d’utiliser la force pour les récalcitrants. 160.000 personnes sont ainsi concernées particulièrement.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).