Après le miel, le vinaigre ?

Bruxelles attend de Paris non pas juste des mots et des promesses mais de vrais engagements

 

La Commission ne rase pas gratis !

La Commission européenne vient de donner 2 ans de plus à la France pour faire passer son déficit au-dessous de la sacro-sainte barre des 3%. Mais « ce n’est pas deux ans gratuit » comme l’a confirmé au Canard un porte-parole de l’exécutif européen. « Retrouver la croissance, ça ne vient pas tout seul. Il ne suffit pas sauter comme un cabri en disant croissance, croissance, croissance ! Il faut engager des réformes de fond, de structure

Et, pour l’instant, le compte n’y est pas. « Des réformes ont été engagées, sur le marché de l’emploi par exemple. Cela va dans le bon sens ». Mais c’est un peu lent au goût des experts européens…

Du plus lourd

La Commission voudrait du « un peu plus lourd » et un « peu plus rapide » : réforme de l’assurance chômage, de la fiscalité sur le travail, emploi des jeunes, des seniors, etc. Un chantier immense et des réformes pas très populaires dans l’électorat socialiste. « Deux ans, c’est court. Et nous savons que ces réformes mettent un certain temps avant de produire un effet. »

La clémence a des limites

Il n’y aura pas de rab ! prévient notre interlocuteur. « Nous prenons le gouvernement français au mot. Vous voulez de la croissance. Ok. Prouvez-le. » Pas question donc d’autoriser un dérapage jusqu’aux prochaines élections, en 2017. « C’est deux ans pas plus. »

… mais qui n’est pas déintéressée

Cette soudaine clémence de la Commission Barroso s’explique par un fait économique… et de petits calculs politiques. L’économie de la France est stratégique aujourd’hui. Si l’hexagone tombe en récession, la situation sera encore plus difficile pour ses principaux partenaires, l’Espagne et l’Italie, par exemple, déjà en mauvaise situation. Et le redémarrage de l’économie européenne entravé. Pour José-Manuel Barroso qui termine son second mandat l’année prochaine, et cherche encore son point de chute, ce serait signer là 10 années de présence à Bruxelles sous un signe catastrophique. Et il a besoin de l’aval de Paris pour ses prochaines ambitions : président du Conseil européen par exemple.

Ça va faire mal !

Ce que veut la Commission et ce qu’elle entend répéter dans son rapport remis dans à la fin du mois de mai ? C’est ce qu’elle a toujours défendu : une diminution de la pression fiscale, une meilleure efficacité de l’État et une concurrence plus importante dans certains secteurs.

Bruxelles entend ainsi plaider pour un allègement du coût du travail. « La pression fiscale du travail » est trop forte. Cela pèse sur la « rentabilité des entreprises et à plus long terme sur les investissements ».

Pan pour Pôle emploi

Le marché du travail est encore trop « cloisonné ». Le service public de l’emploi « en France n’est pas très efficace », souligne-t-on dans l’entourage du commissaire chargé de l’Emploi. Et pan pour Pole Emploi ! Le nombre de contrats d’apprentissages est trop léger. Et « nous attendons toujours que la France mette en place l’initiative jeunes ». C’est-à-dire qu’elle offre à tout jeune un parcours de formation ou d’emploi.

Autre secteur dans la ligne de mire, les dépenses sociales. La non-dégressivité des allocations chômage pour les travailleurs les plus âgés, par exemple, est pointée du doigt. Et la retraite à 60 ans est un chiffon rouge pour les experts européens qui estiment que la durée de la vie active doit, au contraire, être augmentée…

Enfin, Bruxelles estime en effet que dans certains grands secteurs comme l’électricité ou le transport ferroviaire, la concurrence est faible et les entraves à la concurrence trop nombreuses.

Les socialistes vont pouvoir encore avaler quelques couleuvres.. !