L’inexistante solution politique en Syrie

Causer c’est bien, négocier serait mieux. La visite de Kerry à Bruxelles avait aussi la Syrie à l’ordre du jour.  (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Chacun a ce mot sur la bouche. Il faut une « trouver une solution politique au conflit » pour la Syrie. « C’est la seule voie possible » ainsi que l’a rappelé encore aujourd’hui le porte-parole de Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE. Une constante de la diplomatie européenne depuis le début du conflit il y a plus de deux ans… Mais aujourd’hui, on semble encore très loin.

Pas l’once d’une modalité

Ce n’est même pas la solution politique de la crise syrienne qui semble loin. Mais les modalités même de recherche d’une solution. Car, contrairement à d’autres situations internationales, il n’y a même pas l’once d’un accord sur … la façon de faire un accord. Le plus petit dénominateur commun serait la création d’un groupe de contact. C’est une formule assez rodée de la négociation internationale : on prend quelques pays proches de chacune des parties, d’autres pays un peu plus neutres, un ou deux facilitateurs. Et ensuite, on secoue, on agite. Et on cherche ensemble une solution en se réunissant à intervalles plus ou moins proches. Ca marche… plus ou moins bien, selon les crises et les moments. Mais cela permet au moins de parler et de poser les fondements d’un futur accord voire de déjouer certaines escalades du conflit.

Un « groupe d’action » qui n’a d’action que le nom

Les (non) accords de Genève il y a un an avaient bien envisagé la mise en place d’un « groupe d’action », réunissant 12 parties (*). Mais depuis … rien. Le groupe ne s’est pas réuni de l’aveu même d’un diplomate européen. Ce n’est pas faute d’essayer. « L’Union européenne est prête ». Mais personne d’autre n’est vraiment volontaire. Malgré les déclarations, la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis ne veulent pas vraiment jouer le jeu de la négociation avec le régime. Certains pays y sont carrément hostiles, comme le Qatar. On est encore dans la phraséologie guerrière comme le disait Hillary Clinton il y a plus d’un an. «Le président syrien doit comprendre que ses jours sont comptés». Résultat à chaque massacre de plus, à chaque conseil des ministres de l’UE, la plupart des Etats membres se gargarisent de rechercher une solution politique ou se réfugient derrière ce mot pour refuser d’autres solutions (militaires notamment). Mais on n’avance pas d’un poil.

NB : Ce « groupe d’action » (dont le nom peut être sujet à ironie) est formé de 12 membres : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (USA, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) ; les trois pays présidant aux destinées de la Ligue Arabe (Irak pour le sommet de la Ligue, Koweit pour le conseil des ministres des Affaires étrangères, Qatar pour le groupe de suivi de la Syrie) ; la Turquie ; trois organisations (Ligue arabe, ONU – représentées par leur secrétaire général – et Union européenne, représentée par le Haut représentant pour les Affaires étrangères).

Commentaire : un groupe imparfait

Ce groupe de contact a un principal défaut, il n’associe pas certaines parties au conflit (Qatar et Turquie) mais pas les autres (Iran et Liban notamment). Certes la république islamique est encore perçue souvent comme le diable. Mais comment négocier sans sa présence ? La négociation n’est pas une affaire de déjeuner amical mais d’une confrontation, autre que sur le champ de bataille. Autre défaut, on ne trouve que très peu des habituels intermédiaires, plus neutres, d’une négociation internationale. La présence d’un pays européen plus neutre (type Autriche, Suède ou Norvège voire Chypre – proche de la Syrie – ou le Luxembourg membre du Conseil de sécurité) et d’un pays asiatique (Inde ou Japon) ne serait pas superflue. Et surtout, une dynamique de réunion devrait être enclenchée, au moins entre les plus volontaires. L’Union européenne pourrait prendre le lead sur ce projet, en proposant une réunion E4 (France, Royaume-Uni, Luxembourg, Suède) +4 (Russie, Chine, USA, Japon) + 4 (Qatar, Turquie, Irak, Iran), par exemple. Ou tout autre format que nos diplomates auront trouvé. Sinon, on continuera à parler d’une solution politique, sans vraiment la tester, et seule la solution militaire s’imposera… encore plus. (maj) Dans tous les cas,  une partie de la solution se trouvera en prenant le chemin de Moscou et en reconnaissant aux Russes leur poids dans la négociation.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).