Caviarder les bios, une spécialité qui n’est pas que… cubaine

(BRUXELLES2) Je l’avais déjà remarqué à une ou deux reprises. Certains aspects des bios – résumés, distribuées à la presse des personnes nommées au service diplomatique européen étaient mentionnés, d’autres oubliés. La nomination de six nouveaux chefs de délégation de l’UE en est une illustration frappante (détails sur le Club). On apprend ainsi qu’Alberto Navarro a été nommé à la tête de la délégation de l’UE en république dominicaine.

On peut avoir l’impression qu’il n’a rien fait de fondamental, ni entre ces fonctions ; ni après. C’est une erreur. A. Navarro n’a pas été simplement le directeur d’ECHO, l’office européen d’aide humanitaire, et le chef de la délégation de la Commission européenne au Brésil. Il a été à un des plus hauts postes chez le Haut représentant et ministre.

L’oubli d’une période clé de la politique étrangère européenne

Après son poste à ECHO, A. Navarro a ainsi été le chef de cabinet du premier Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité, Javier Solana. A ce titre, il a réellement essuyé les plâtres. Et c’est sous son égide (et son impulsion) qu’est notamment créée la « policy unit » qui s’est ensuite développée et a constitué un des embryons du futur service diplomatique européen (SEAE). C’est aussi à cette époque qu’est négocié l’accord de Berlin Plus qui permettra à l’UE de lancer ses premières missions militaires en Macédoine / FYROM d’abord (opération Concordia) puis en Bosnie-Herzégovine (opération EUFOR Althea) en bénéficiant du support des structures de l’OTAN. Un accord important. Après son poste au Brésil, Alberto Navarro a aussi été secrétaire d’Etat aux Affaires européennes sous le Premier ministre Zapatero, durant 4 bonnes années. Tout cela n’est pas rien !

On mettra cela sur le compte de l’oubli sans doute, d’une phrase qui a sauté à l’impression ! (*) J’ai simplement du mal à croire à l’innocence du procédé que j’ai déjà constaté à d’autres occasions. D’autant que cette façon de réécrire l’histoire digne des meilleurs livres cubains se traduit également quand on écoute Lady Ashton, qui est, à l’entendre, la première Haute représentante et a tout bâti à partir de rien. La pôvre ! 🙂 Même l’hagiographie officielle de la Haute représentante reflète ce terme…

Ce n’est pas vraiment faux d’ailleurs. C. Ashton est effectivement la première à occuper le double poste de Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et de Vice président de la Commission européenne créé par le Traité de Lisbonne. Mais ce n’est quand même pas tout à fait exact… Ce serait plus élégant (et exact) de dire qu’elle succède au poste de Haut représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune / Secrétaire général du Conseil de l’UE créé par le Traité d’Amsterdam…

(*) Quand B2 a demandé les bios complètes, nous ne les avons jamais reçues ! Ceci explique sans doute cela. Heureusement, nous avons quelques archives …

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).