Le syndrome afghan

L’entrée du camp militaire de Koulikoro « Boubacar Sada Sy » (© NGV / B2)

(BRUXELLES2 à Koulikoro) L’Afghanistan est dans toutes les têtes, des formateurs surtout. Beaucoup d’entre eux ont été en mission au sein de l’IFAS – la force de stabilisation de l’OTAN. Et s’ils ne l’ont pas fait, les retours d’expérience de leurs camarades de régiment sont là. La comparaison est ainsi dans toutes les têtes. A commencer par l’attitude des soldats formés : « les Maliens sont motivés, bien présents, réactifs. Là-bas, on n’avait pas l’impression de les intéresser. Ils étaient plus passifs. C’était plus fuyant ».

Il faut cependant éviter tout amalgame, comme l’explique un officier, en évitant de se baser sur une chaîne trop simpliste : « islamiste = taliban = terroriste ». Même si certains militaires sont « obnubilés par la sécurité », la réalité est « ici bien différente ». Et la tendance à la « bunkerisation », propre aux troupes américaines, et développée en Afghanistan, est plutôt mal vue de la population locale. Pour les Français de l’infanterie de marine qui sont un peu chez eux au Mali, la leçon est claire, c’est une méthode qui « ne correspond pas du tout à nos habitudes africaines ». Par mesure de précaution, les militaires en poste à Koulikoro ont certes interdiction de sortie (pour l’instant). Mais à l’intérieur, l’ambiance est plutôt détendue. Et le camp plutôt ouvert sur la ville. Même si l’oeil des gardes est plus vigilant qu’il n’en a l’air.

Le camp « Boubacar Sada Sy » s’étend sur plusieurs centaines de m2. Dans un contexte hostile, il ne serait effectivement pas facile à défendre. Mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Même si un risque d’attentat ou d’enlèvement n’est pas à écarter, à Bamako comme à Koulikoro l’ambiance est tout fait calme (pour l’instant). Et ce qui se peut passer dans le nord, à Gao voire Kidal n’a pas systématiquement de répercussion dans le sud du pays. Nous sommes tout de même à 1000 km voire plus de Koulikoro qui n’est pas située directement sur la route du nord d’ailleurs. En témoigne l’entrée du camp, qui s’ouvre sur le fleuve Niger, et est tout ce qu’il y a de plus paisible et ouvert sur la ville toute proche.  Cependant, diverses mesures de précaution ont été prises. Comme la mise en place d’une chicane à l’entrée. Et différents travaux de grillage vont être mises en place sur une petite butte qui surplombe un endroit le camp mais n’est pas du tout un gros risque comme l’avait supposé, lors de sa visite des lieux, le ministre belge de la Défense.

Un imposant rôle 2

Il n’empêche qu’il peut y avoir la tentation de la bunkerisation. En témoignent la mise en place de « force protection », légèrement surdimensionnées, comme d’un imposant role 2 qui tient toute sa place dans un élément central du camp de Koulikoro. Je ne doute pas qu’il servira à un moment ou un autre, ne serait-ce que pour apporter un soin aux nombreux soldats maliens sur place (si leur statut le permet). Mais ce « Role 2 » tient davantage de la mise en avant d’un savoir faire et de conditions nationales de déploiement que d’une réalité opérationnelle. La règle en vigueur à Berlin est en effet qu’un soldat allemand en déplacement hors du territoire doit recevoir les soins dans des conditions identiques à ceux qu’ils pourraient avoir chez lui. Dans l’absolu, une bonne « infirmerie de camp » aurait sans doute suffi.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).