Kosovo/Serbie: 12 heures de dialogue pour rien? (maj)

(crédit: EULEX Kosovo)

(BRUXELLES2) « Le fossé entre les deux parties est très étroit, mais profond ». Voilà ce qui ressort des douze heures de négociations conduites par la Haute représentante de l’UE Catherine Ashton, entre le chef du gouvernement serbe Ivica Dacic et le premier ministre kosovar Hashim Thaci. Cette huitième réunion « du dialogue pour la normalisation des relations entre Pristina (Kosovo) et Belgrade » et devait être la dernière du cycle. Mais la conclusion attendue n’a pas eu lieu…

Un accord qui se fait attendre

Comme l’a rappelé le chef du gouvernement serbe, à l’issue de la réunion, « Nous ne sommes pas parvenus à un accord ce soir » mais « nous avons encore du temps pour trouver une solution » Aucun accord n’a donc été conclu comme l’espérait la Haute représentante, Catherine Ashton. Mais « un certain nombre de propositions ont été mises sur la table » ; les responsables « vont maintenant rentrer dans leurs capitales et consulter leurs collègues et me feront savoir leurs décisions dans les jours à venir ».

Quelles divergences profondes?

Le point de blocage concerne la partie nord du Kosovo. Ce territoire, peuplé majoritairement de serbes, reste encore très autonome par rapport au pouvoir de Pristina (majorité albanaise) 5 ans après l’indépendance. Les autorités serbes demandent une plus grande autonomie de la région nord et la mise en place d’une « association » des municipalités qui disposeraient d’un pouvoir exécutif en matière de justice, de police et de sécurité. Ce qui pose par extension le devenir de la mission Eulex dans cette partie du pays. Les autorités du Kosovo craignent que cette autonomie glisse, à terme, vers une sécession de la partie nord. Elles demandent l’affirmation de l’autorité formelle de Pristina par la Serbie. La mise en place de cet accord est nécessaire aussi pour la Serbie car elle lui permettrait d’avancer vers l’ouverture de négociations d’adhésion.

(maj) Selon un diplomate proche des négociations, le point de blocage ne serait pas tellement autour de la création de l’association des municipalités. Le débat serait rude entre les deux parties à propos des pouvoirs (police, justice) qui seraient délivrés aux communes. En décembre 2012, le Conseil demandait la mise en place « d’une seule configuration institutionnelle et administrative fonctionnelle » dans le Nord du Kosovo afin d’éviter une superposition des prérogatives.

Un rapport sur ce dialogue devrait être remis au conseil des ministres des Affaires étrangères le 22 avril.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).