Les « experts » de EUTM Mali…

Les « experts » de EUTM Mali…

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Le Colonel Heluin à son arrivée sur le théâtre (crédit : EUTM Mali / Union européenne)

(BRUXELLES2 à Bamako) Ce sont les premiers Européens à être arrivés à Bamako, avec le « détachement précurseur », dès le 8 février. Ils sont aujourd’hui 17 au « pilier expertise » de la mission EUTM Mali qui vise à former (et restructurer) l’armée malienne. Des Français, Britanniques, Espagnols, Roumains et Suédois. Ils ont commencé à travailler dès le lancement officiel de la mission, le 18 février. Tous sont francophones. Une obligation pour pouvoir travailler avec l’Etat-Major malien. « Quand vous rencontrez les Maliens, c’est un certain avantage » explique le colonel Bruno Heluin, un ancien chef du 2e RIMA, le régiment d’infanterie de marine, qui commande aujourd’hui ce « pilier ».

Cet aspect de la mission n’était pas tout à fait prévu dans les premiers éléments de planification mais il s’est très vite imposé. Parfois vu comme le moyen de montrer l’arrivée rapide d’Européens sur place à un moment crucial pour le Mali, cette partie de la mission répond à une question de fond au moins toute aussi importante que l’instruction et la formation des militaires Mali. Elle vise, en effet, des tâches essentielles : la restructuration des forces armées maliennes, la reformation d’un Etat-Major digne de ce nom est également essentielle sur le moyen et long terme. C’est d’ailleurs sans doute davantage à sa tête que l’armée malienne a un déficit.

Pas de stratégie

Au Mali, l’absence de vision stratégique est patente. « Il n’y a ni Livre blanc ni loi de programmation militaire. Le politique ne s’est jamais prononcé ce qu’il attend d’une armée. Jamais les menaces n’ont été définies, ni les besoins. » C’est une des tâches auxquelles il faut s’atteler.

Matériels, la brocante malienne

C’est une des difficultés de l’armée malienne : le « manque flagrant de matériels ». Un problème qui rejaillit sur l’ensemble de l’armée pas seulement au niveau des capacités techniques mais aussi des hommes. Quand sur des régiments, « il ne reste que 2 pickups et que dans l’escadron de chars, il n’y a pas de chars depuis 3 ans, car ils sont en panne, c’est difficile de motiver les hommes. Il n’y a plus de notion possible de formation ». Certains matériels dataient. Le matériel de transmissions datait ainsi… de l’indépendance année 196. Et s’il y avait des matériels, plus récents, ils étaient souvent incompatibles les uns avec les autres. « L’armée malienne, c’était une brocante ». Le pays acceptant tous les dons internationaux, ils se retrouvaient ainsi même au niveau d’un équipement simple comme un fusil AK avec « des armes de tous types et tous calibres. En termes de maintenance, c’est tout simplement impossible ». « Avec le même matériel – témoigne le colonel – une armée moderne comme l’armée française aurait été incapable d’entretenir un tel parc de matériel aussi divers ». C’est aussi un des enjeux de la mission. « On essaie d’orienter les dons utiles Pour que l’armée ne soit pas submergée de dons divers ».

Une armée déstructurée

L’armée n’était pas gérée. Depuis plus de 3 ans, il n’y a pas eu de stage pour les sous-officiers, et donc pas d’avancement. Or, qui dit qualification dit promotion dit augmentation. Cela explique ainsi un certain ras-le-bol de l’encadrement intermédiaire qui a, d’une certaine façon, approuvé le « coup d’Etat » de Sanogo.  De plus, ce n’est pas comme dans une armée type où il y a des unités qui s’imbriquent les unes dans les autres (groupe, section, compagnie…). Au Mali, « même au plus petit échelon, la compagnie, on ponctionne en fonction des besoins. Le même lieutenant ne commande pas tous ses hommes la journée. L’unité est ainsi plutôt conçue comme un pool de militaires dans lequel on puise. Il n’y pas de cohésion et pas d’entrainement possible. » Maintenant « il faut pas être en permanence trop critique. Cette armée essaie de faire ce qu’elle peut avec pas grand-chose. L’enjeu est autant politique que militaire. »

L’homme qui se noie se raccroche à la paille

Les « Experts », premiers arrivés sur le terrain ont d’abord assuré une prise de contact avec leurs homologues maliens. Un premier contact intéressant. « Les officiers maliens ont ouvert les portes, répondu à toutes les questions. Je ne dis pas qu’ils ont tout dit. Ils ne vont pas tout le temps dire qu’ils ne sont pas bons. Mais il y a eu un discours d’honnêteté. » Et d’ajouter : « On a vraiment le sentiment qu’il y a la volonté de changer. Ils sont preneurs des propositions. « L’homme qui se noie se raccroche à la paille », m’a indiqué un officier tamacek ».

Etat des lieux, proposition, action

Un état des lieux complet a été préparé que ce soit pour les ressources humaines, le renseignement, la logistique, les opérations, les télécoms et la communication. De manière transversale a aussi été examinée l’organisation du commandement territorial et la formation. Puis vient la phase de propositions. L’objectif est que les autorités maliennes déterminent elles-mêmes ce qui est nécessaire. C’est une phase autant de « présentation/conviction » que d’appropriation. Il faudra ensuite passer à la phase finale, la rédaction des différents textes, décrets, documents de doctrine qui doivent être entérinés par les autorités maliennes. Ce n’est pas évident car il faut savoir que le Mali est en guerre et que les 7 bataillons (ou GTIA) maliens sont tous engagés sur une ligne de front entre la zone Djabali / Menaka, sur la boucle du Niger.

Un cahier des charges du matériel

Tous les bataillons formés à Koulikoro doivent « repartir équipés ». C’est la « bataille » de EUTM notamment pour que le Mali fournisse des dotations à ses soldats. Et que les dons faits par la communauté internationale soient « cohérents ». « La communauté internationale doit vraiment se mobiliser, avec des dons utiles. Il faut éviter la tentation de vider ses stocks de vieilles réserves » comme certains semblent l’avoir déjà fait.

Les « experts » établissent un cahier des charges et déterminent la priorité des besoins pour les autres matériels (lourds). La présence d’avions de chasse n’est ainsi « sans doute pas nécessaire ». Car cela supposerait d’avoir des pilotes, souvent étrangers, et une maintenance complexe. En revanche, seraient plus utiles « des avions à hélices de surveillance – pour prendre des photos – et capable d’intervenir » qui peuvent être pilotés par des Maliens, comme des « hélicoptères de transport ». Une nécessité qui devient plus urgente. L’armée malienne vient de perdre coup sur coup 2 hélicoptères, un le 15 mars, l’autre le 12 avril, qui se sont crashés au sol (*), avec les équipages. Soit à peu près la moitié de son effectif opérationnel

(*) NB : L’enterrement des cinq pilotes a eu lieu, hier (lundi) en présence de toute la communauté militaire et diplomatique, présente à Bamako.