Le rôle clé de l’aéroport de Port Bouet pour Serval

Le rôle clé de l’aéroport de Port Bouet pour Serval

Pour manoeuvrer, il ne fallait pas se tromper … Un C130 Belge en garage sur l’aéroport de Port-Bouet lors de l’opération Serval (Crédit : Ministère français de la Défense / DICOD)

(BRUXELLES2 à Abidjan) La base aéroportuaire de Port Bouet à Abidjan a joué un rôle clé dans la montée en puissance de l’opération Serval en janvier et février. Aujourd’hui, c’est plus calme. Il n’y a plus un avion sur le Tarmac, dans la partie militaire de l’aéroport. Mais durant l’opération, ce sont ainsi jusqu’à 10 avions C130, Transall, et KC135, qui sont venus, Français essentiellement ainsi que les deux C-130 belges, ainsi que nous l’a confié un officier supérieur en poste à Abidjan. Et il a fallu gérer. Petit tour du propriétaire en compagnie d’un des officiers du DetAir (Détachement aérien) de la force Licorne…

Un vrai jeu de Tetris

Première difficulté, les places. La partie militaire dédiée aux avions français n’est pas vraiment séparée de la partie civile de l’aéroport (contrairement aux avions de l’ONUCI qui disposent d’un parking bien à part). Elle se situe juste à une de ses extrémités avec quelques places réservées sur le Tarmac. « Le nombre de places de parkings est limité ». Il y avait en fait 4 places dotées d’un accès à l’essence. Pour les autres, « on a utilisé une taxi way comme aire de parking supplémentaire ».

Mais « Pour les garer, c’était un vrai jeu de tetris » a raconté à B2 un lieutenant-colonel, « il fallait trouver une case vide » et parfois bouger plusieurs avions juste pour assurer le ravitaillement des autres. Pour arriver à passer de la taxi way aux places de parking, il fallait parfois passer par la voie civile, ce qui obligeait à s’assurer qu’il n’y avait de décollage ou d’atterrissage à ce moment.

Des places assez exigües. Pour tout dire, alors le Transall a une envergure de 40 mètres, la place dépasse à peine les 30 mètres. Autant dire qu’il fallait être « habile ». Mais « On s’est débrouillé », assure notre officier, en faisant attention au millimètre près et en garant les véhicules en quinconce. Avec une attention particulière à … un petit avion civil, garé là. Apparemment « impossible » de le déplacer…

Dernier facteur de difficulté, le remplissage des avions est assez lent ; la vitesse de la pompe (amenée par tracteurs, dépendant de l’avion civil) n’est pas automatiquement rapide. Comptez 2 heures pour remplir un Transall, 5 heures pour un MRTT.

Les C130 Belges

Outre les avions français étaient venus se poser sur le tarmac de Abidjan deux C-130 Belges. « Un « apport vraiment bienvenu » car avec la chaleur, la capacité d’emport au décollage des Transall « était parfois très limitée » (le Transall perd énormément de sa capacité à l’emport sur les terrains à 40° et plus). Ce qui a permis d’augmenter le tonnage transporté. Les autres avions alliés ont été se poser sur Dakar (il n’y avait pas assez de place à Abidjan). Les Français ont fourni aux Belges l’assistance lourde mécanique (engins de levage, matériel…) et la logistique « habitation ». Pilotes et mécanos étaient ainsi logés sur la base de la force Licorne. Ce qui a simplifié l’organisation et réduit à la fois les coûts et le matériel nécessaire.

Autre difficulté, la chaleur et les conditions de travail pour les mécanos

Les mécanos disposent également d’un espace assez limité, partagé en partie avec l’aéroport. Il n’y a pas de hangar de réparation où stocker l’avion. Ce qui n’est pas un détail, en pleine chaleur. « Les mécanos ont dû travailler à même le tarmac ». Plutôt épuisant… Quant au magasin de pièces, il est relativement sommaire. L’espace « stockage » consiste en un simple bâtiment ouvert, un autre est grillagé, le tout dans une cour à partager avec un bâtiment pour les secours de l’aéroport. Pas question donc de pouvoir profiter de la cour pour entreposer ou stocker des pièces.

Il n’y a pas non plus de local technique en soi ni de possibilité d’accès informatique. Cela peut paraître un détail. Mais à l’heure où tout est numérisé, chaque pièce enregistrée, cela oblige à un tour de passe-passe, avec enregistrement sur les ordinateurs à Port Bouet. (NB : C’est un des projets d’ailleurs de la Force Licorne, que de réhabiliter un local technique pour abriter ce support informatique ; ce qui faciliterait les choses, surtout si on prévoit l’arrivée d’appareils type A400M beaucoup plus sophistiqués).

Chapeau !

Toutes ces difficultés n’ont pas empêché les mécanos de faire jouer leurs doigts d’orfèvre pour maintenir les avions en état de vol. Une véritable prouesse, vu l’âge de certains avions. Deux des Transall français viennent d’ailleurs d’effectuer leur dernier vol lors de l’opération Serval. « Il leur restait juste 15 heures, à peine le temps de rentrer en France » pour être désarmés et finir au musée ou en magasin de pièces détachées.