EUTM Mali : une solution géorgienne ?

EUTM Mali : une solution géorgienne ?

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Les hommes des 2e et 3e Brigades d’artillerie rassemblés pour le 20e jubilé de leurs forces le 15 mars (crédit : Ministère géorgien de la Défense)

(BRUXELLES2) Le nouveau ministre géorgien de la Défense Irakli Alasania l’a confirmé ce week-end lors de la venue à Bruxelles pour le Brussels Forum. « Nous avons reçu une proposition de l’UE pour envisager une coopération de la Géorgie avec les structures européennes de sécurité et de défense et contribuer à ses missions ». Et d’ajouter : « Le gouvernement géorgien a discuté de ce dossier. Et a pris une décision politique de renforcer ses relations avec l’Europe, l’Union européenne, comme avec les structures européennes de sécurité et de défense qui sont, toutes importantes pour notre pays. Les détails seront rendus publics après des consultations ».

Cette idée de la participation de la Géorgie avait été poussée par la Haute représentante lors de sa visite en Géorgie à la fin de l’année dernière (un accord cadre doit être signé à cet effet). Il n’est cependant pas encore acquis que les Géorgiens pourraient fournir des troupes pour la force protection, même si l’expérience acquise en Afghanistan aux cotés des Français – tant en matière de patrouille commune que de formation – pourrait compter.

Une expérience récente mais affirmée

Bien que récemment indépendant, le pays a, en effet, très vite – et en nombre participé – à plusieurs opérations de maintien de la paix, de stabilisation voire un peu plus… Les premiers Géorgiens déployés dans des missions de la paix à l’étranger (après la chute de l’URSS) l’ont été dans les Balkans en 1999 : une section/platoon d’environ 30 militaires a ainsi participé à la KFOR au sein du bataillon turc et une compagnie ayant été intégrée dans la brigade allemande à Prizren en 2003. Les Géorgiens ont également participé dès 2003 à l’opération de la coalition anglo-américaine en Irak, le chiffre atteignant même 2000 hommes qui ont été rapatriés en urgence en août 2008 quand les chars russes ont franchi la frontière géorgienne. Dès 2004, ils étaient aussi en Afghanistan d’abord avec les Allemands, puis les Lituaniens (équipe médicale). Mais c’est surtout à partir de 2009 qu’ils sont arrivés en nombre. Une compagnie sert ainsi jusqu’en 2012 au camp de Warehouse à Kaboul avec les Français, ainsi qu’une unité de formateurs (en artillerie) dans la province de Kandahar. Mais c’est surtout dans le Helmand où ils ont été déployés à partir de 2010 au sein des troupes US qu’ils ont été engagés. Ils ont ainsi perdu 17 hommes dans cet engagement, essentiellement par des tirs ennemis ou des IED (engins explosifs improvisés).

Une réforme des forces armées géorgiennes en route

A noter que le ministre de la Défense doit présenter devant le Parlement géorgien à Tbilissi ce jeudi (21 mars) les grands axes des réformes qu’il entend impulser tant en matière d’organisation tactique et opérationnelle (force de réaction rapide, constitution d’une réserve…), que pour l’organisation des forces armées géorgiennes (infrastructures, contractualisation des professionnels, sort des blessés en Afghanistan et des vétérans, niveau d’éducation et de formation des militaires, etc.).

Commentaire : la volonté d’un ancrage européen

Alasania est convaincu de la nécessité de l’ancrage européen. Quand nous l’avions rencontré, il y a plusieurs années (il était alors une des jeunes pousses de l’opposition), il nous l’avait déjà confirmé. Mais ce sentiment n’est pas isolé. « Plus souvent la Géorgie prendra part à ce type d’opérations, mieux ce sera » a ainsi affirmé le président de la commission des Affaires étrangères Tedo Japaridze. Au moment où l’Europe doute d’elle-même, cette conviction et ce soutien sont bienvenus… même s’ils ne sont pas absents d’intérêts de politique interne. A défaut de pouvoir intégrer l’Alliance Atlantique, le nouveau gouvernement géorgien pourrait en effet voir dans la PeSDC (la politique européenne de sécurité et défense commune) une étape intermédiaire propre à rassurer sa propre population de l’ancrage dans l’Union européenne, sans risque de fâcher l’ombrageux voisin russe. L’opération au Mali a, en effet, reçu plus que l’assentiment de Moscou, non seulement au Conseil de sécurité mais aussi sur le terrain, puisque Rosoboronexport (l’agence russe d’exportation d’armements) pourrait livrer – ou plutôt vendre – des Kalachnikov à l’armée malienne : 3000 Kalachnikov pour un peu plus d’un million de $ (Ce qui revient à équiper les soldats que devraient former les Européens).