EUTM Mali: la question des hélicoptères résolue d’ici lundi ? (Maj)

(BRUXELLES2) C’est l’espoir des militaires européens. Et la pression se fait forte sur le gouvernement belge actuellement. Une lettre officielle a d’ailleurs été adressée par la Haute représentante de l’UE, C. Ashton, au ministre belge de la Défense, pour lui demander de préciser sa contribution.

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, en déplacement au Mali, n’a « pas exclu » que les hélicoptères belges A109 actuellement déployés au Mali dans le cadre de l’opération Serval puissent servir pour la mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali). « Tous les partis politiques se sont prononcés au Parlement pour un renforcement de l’Europe de la Défense. Il serait donc logique que nous participions à cette opération. (…) Je vais plaider au sein du gouvernement pour que nous restions présents sur le terrain malien, d’une façon ou d’une autre », a-t-il expliqué à quelques collègues belges qui avaient fait le déplacement, dont V. Kiesel du quotidien Le Soir. Mais D. Reynders a mis certaines conditions. Tout d’abord la fameuse « évaluation budgétaire, militaire mais aussi politique » de cette participation (qui était la condition de la participation à l’opération Serval dans la déclaration du Premier ministre Di Rupo du 15 janvier). Mais aussi de façon plus générale, une « review » des missions en cours « Il est hors de question de continuer à accumuler les participations à des missions un peu partout. Vu le contexte budgétaire, il nous est difficile d’être présents sur tous les fronts à la fois ».

Un altermoiement belge qui pèse sur la mission

Une déclaration belle sur le principe, qui traduit une prise de conscience du ministre, mais ne semble pas suffisante en l’état. La décision de lancement doit en effet être prise le 18 février (au Conseil des ministres des Affaires étrangères). Il semble difficile d’attendre la fin du mois. Sans décision de lancement, pas de possibilité de signer les contrats (pour les locaux, les véhicules…) et de procéder aux différentes nominations. L’élément précurseur de 70 personnes à Bamako va vite se retrouver dans un certain vide juridique, difficile à prolonger. Et tout l’ensemble risque d’être reporté de quelques jours. Côté européen, on reste attentif à la suite même si l’incrédulité devant ce mic-mac belge perce. « C’est totalement incompréhensible » confie un militaire européen qui découvre les « raffinements » de la politique belge.

Un kern rapidement convocable

Du côté du groupe PS à la Chambre, le ton est identique voire plus dur. Christophe Lacroix, l’expliquait lors d’un débat tenu fin janvier. « En ce qui concerne l’opération de formation de l’armée malienne, pilotée par l’Union européenne, sachez que notre groupe refuse de la financer simultanément avec l’intervention militaire Serval ». Dans tous les cas, un « kern » (réunion de conseils des ministres restreint) pourrait se tenir rapidement. « A tout moment, même le week-end » nous a-t-on confirmé au « 16 » (le siège du Premier ministre).

Une solution simple… pour résoudre le pataquès belge

La solution parait simple sur le papier. Il suffit que les hélicoptères soient rapatriés sur Bamako et de leur donner un double rôle à la fois pour Serval et EUTM. Ce qui permet à la fois de respecter le mandat donné par le gouvernement et le parlement belge et de démarrer la mission. Oui mais voilà. Au cabinet de De Crem, on ne comprend pas. « Ce sont les Français eux-mêmes qui nous ont demandé de nous établir à Sévaré. » Effectivement l’unité chirurgicale (Rôle 2) à laquelle était rattachée les hélicoptères aurait dû « normalement être établie à Bamako mais, à la demande de la France, elle l’a été à Sévaré ». Lors de la dernière réunion informelle des ministres de la Défense, en début de semaine à Dublin, le ministre belge a été très prudent, dans la salle, selon nos informations, refusant de s’engager et se contenant de citer son homologue français Jean Yves Le Drian.

La question du financement

Cette « difficulté » repose la question de la prise en charge par le budget commun des opérations militaires (Athena) de certaines dépenses. Ce ne serait que logique que les moyens d’évacuation médicale. B2 a posé la question aux spécialistes de la question. Le budget de 12 millions d’euros dévolus à la mission « ne permet pas cette prise en charge ». Et augmenter ce budget est une autre paire de manches. « Délicat » serait le mot. Certains pays – gros contributeurs (Allemagne, Pays-Bas…) – sont toujours réticents à toute augmentation de ce budget. Ce ne serait cependant que logique. L’évacuation médicale a été mise comme condition au lancement et à la participation de la mission par plusieurs Etats membres. Elle est nécessaire à la mission. Et le coût est raisonnable pour les pays. Selon les chiffres obtenus par B2, sur la base du coût chiffré par le ministère belge de la Défense (6,9 millions d’euros), l’augmentation du budget commun se traduirait par une augmentation de la contribution allemande de 1,4 millions d’euros, la contribution française de 1,1 millions d’euros, etc.

Pas d’hélicoptères, pas de mission

A l’heure du bouclage de ce papier, aucune réponse n’était parvenue coté belge. Et aucune autre solution alternative envisagée ou envisageable n’était possible. Avec une conséquence : « sans hélicoptères, pas de décision de lancement de la mission, lundi » comme l’a confié à B2 un militaire.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).