Au coeur de la clearing house. L’état-major de l’UE à l’échelle euro-africaine

Arrivée de véhicules à Bamako par un avion de la Luftwaffe (©Bundeswehr/PIZ Eins FüKdo)

(BRUXELLES2, reportage) Cela fait bientôt un mois qu’une petite cellule fonctionne au sein de l’Etat-Major de l’Union européenne, avenue Cortenbergh. B2 a pu s’y rendre pour observer le travail de ces militaires. A priori, rien d’exaltant. Ordinateurs, écrans, emails et téléphones… et des cartes. Les principaux instruments de ces spécialistes logistiques. Leur mission est, en effet, simple en apparence : centraliser toutes les demandes que peuvent rencontrer les troupes africaines qui servent ou vont servir dans la MISMA, la mission internationale sous conduite africaine de soutien au Mali. Et les répercuter sur les Etats membres de l’Union pour voir s’il y a une offre. Voire vice-versa, si un Etat offre un soutien particulier. « Nous nous coordonnons également avec les autres acteurs qui ne sont pas membres de l’Union (USA, Canada…) » signale-t-on à l’Etat-Major de l’UE.

Une structure de facilitation

« C’est une structure de facilitation » explique le chef d’Etat-Major de l’UE, le général (néerlandais) Ton Van Osch. « Elle sert à échanger des informations entre ce que veulent les Africains et ce que peuvent apporter les Européens. Il ne s’agit pas de contrôle opérationnel. » La structure a été mise en place plutôt rapidement. Alors que les Européens décident – lors d’un conseil des Affaires étrangères convoqué de manière exceptionnelle le 17 janvier – d’exprimer leur soutien à l’intervention française au Mali, le week-end est consacré aux derniers préparatifs. Et la structure est opérationnelle dès le lundi suivant, le 21 janvier. Elle devrait fonctionner « tant que l’AFISMA aura besoin de soutien » ajoute un officier. L’avantage de ce dispositif est de ne pas coûter vraiment. Puisqu’il repose pour l’essentiel sur l’effectif de l’Etat-Major de l’Union européenne. « Ce n’est pas une nouvelle structure, c’est un mécanisme » ajoute-t-il.

Les demandes sont très variées

La « définition du soutien logistique est très large » précise un officier. Cela peut aller du transport aérien aux tentes en passant par des véhicules (poids lourds), des armes, des moyens de transmission. « Toutes sortes d’équipement dont on peut avoir besoin en opération ou pour assurer un C2 (contrôle et commandement) ». Les demandes sont centralisées à Abuja, la capitale nigériane, où siège la CEDEAO, par un officier de liaison européen (de nationalité belge) et adressées à Bruxelles, au siège de l’Etat-Major. Là elles sont évaluées, au besoin par un expert de l’Etat-Major. Plusieurs spécialistes peuvent ainsi intervenir sur une demande : transport, logistique, douanes… « Nous nous coordonnons également avec les autres acteurs qui ne sont pas membres de l’Union (USA, Canada…). » Car il ne s’agit pas tant de trouver le matériel demandé mais aussi de l’acheminer. Inutile d’aller trop loin. Il suffit de pousser quelques bureaux plus loin. Ici se trouve la « planning cell », chargé des mouvements aériens. Ils pourront faire appel à leurs homologues d’Eindhoven du MCCE. 

Le Movement Coordination Centre Europe centralise les disponibilités et demandes de transport aérien. « C’est un très bon outil – précise le général Van Osch – un très bon exemple de pooling and sharing. Une initiative européenne qui peut être utilisée tant pour l’OTAN que pour l’Union européenne ou pour un intérêt national. » L’intérêt du dispositif est qu’un pays ne peut pas bloquer une demande. « Si un pays ne veut pas participer, il ne participe pas. Mais il ne bloque pas la machine. »

Un précédent : la Libye

La méthode n’est pas nouvelle. Elle a déjà été utilisée pour l’évacuation des Européens et autres étrangers lors de la guerre civile en Libye. A l’époque, 4400 personnes avaient ainsi été évacuées. c’était « d’une certaine façon plus simple à organiser en terme logistique », témoigne un officier. Puisqu’il n’y avait qu’un flux d’avion dans une direction. En revanche, c’était plus complexe à gérer, puisqu’il y avait plusieurs nationalités ; et il « fallait vérifier que les listes consulaires dont nous disposions concordaient avec les personnes sur place » a précisé à B2 une personne ayant participé à ces opérations. Car il fallait vérifier les noms Mais les détails sont arrangés directement entre l’Etat membre concerné et le demandeur.

(*) A Bamako, un autre officier de liaison (français) peut aussi centraliser certaines demandes de l’armée malienne ou des troupes africaines déjà présentes dans la capitale malienne.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).