L’opération européenne au Mali en quelques questions et réponses (maj)

(BRUXELLES2) Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne viennent de donner aujourd’hui (17 janvier), leur feu vert à la mission européenne de formation de l’armée malienne (appelée EUTM Mali). Quel est son objectif ? A quoi sert-elle ? Qui va la commander ? Combien coutera-t-elle ? … Quel est l’effort européen pour la stabilisation du pays ? Questions et réponses…

Quel est l’objectif de la mission ?

L’objectif est de former environ 4 bataillons de l’armée malienne (combat, appui logistique et soutien logistique) soit environ 2500 hommes. Et fournir également conseil et assistance au ministère malien de la Défense et à la structure de commandement. L’enjeu – explique un diplomate européen – est de « d’améliorer les capacités militaires et l’efficacité des forces armées maliennes » pas pour le plaisir d’avoir une armée mais de « permettre, sous autorité civile, le rétablissement de l’intégrité territoriale du pays ».

A quoi sert cette formation ?

L’armée malienne est en mauvais état. L’ancien président Traoré se méfiait de son armée et son équipement comme sa formation ont été laissés en jachère. « Il y a des bons éléments. Mais tout est à reconstruire. Surtout au niveau du commandement. » a confié à Ouest-France un officier européen. Outre la restructuration du commandement, il s’agit aussi de « donner certaines formations spécialisées, concrètes, comme l’utilisation des moyens sol-air » par exemple. Et il ne faut surtout pas oublier les règles du droit de la guerre. Apprendre « le respect du droit international, le traitement des prisonniers, le comportement avec les civils, » est tout aussi important insiste-t-on à Bruxelles.

Qu’est-ce que l’Europe ne fera pas  ?

La mission européenne n’a pas vocation à être « exécutive ». Il n’y a aura pas de patrouilles de soldats en armes dans les rues à Bamako, chargés de sécuriser tel ou tel secteur, comme l’OTAN l’a fait au Kosovo. Les formateurs européens n’ont pas vocation aussi à aller combattre ou encadrer, comme des mentors, les recrues qu’ils auront formés. Lire aussi : Mali. Tordre le coup à quelques confusions: les opérations (maj)

Qui dirigera la mission ?

C’est un Français originaire de Cherbourg qui devrait diriger la mission. Né en 1962, le général François Lecointre est un officier des troupes de marine dont l’Afrique est généralement le terreau de naissance (puisque elle est née la fusion de l’infanterie et de l’artillerie coloniales). Saint Cyrien, il a servi au 3e RIMA (régiment d’infanterie de marine) de Vannes, d’abord comme lieutenant puis comme commandant, et était jusqu’à peu commandant de la 9e brigade d’infanterie de marine (BIMA). Son principal fait d’armes connu est la reprise du pont de Vrbanja en 1995. Alors capitaine, Lecointre, avec les troupes de marine, reprend aux Serbes ce pont situé au centre de Sarajevo, alors que ceux-ci ont pris des casques bleus en otage. Lire aussi : De Vrbanja à Bamako

Combien de personnes ?

L’effectif européen sera de presque 500 personnes. Les formateurs forment le gros des troupes (250 personnes environ). Mais il y aura aussi besoin un bon noyau de commandement et de communication, un petit hôpital de campagne et une compagnie (100 à 200 hommes) chargée de la protection du personnel. Lire aussi : La mission EUTM Mali sera plus robuste

Qui protégera les Européens ?

La question de la force de protection a été un des sujets discutés pendant la phase préparatoire. Les Allemands, notamment, ont insisté sur ce point. A raison, peut-on dire. Parmi les options en jeu — une protection par les Africains eux-mêmes (de la CEDEAO) ou des contractants privés — il a finalement été décidé que les Européens assureraient eux-mêmes leur protection. D’où l’augmentation de l’effectif de la mission (et du budget).

Quels pays vont participer?

On devrait retrouver sur place une bonne partie de l’Europe. La France assure le rôle de « nation-cadre » et devrait fournir un effectif important, notamment pour les formateurs. Logique francophone oblige. L’Espagne a aussi promis une contribution importante (jusqu’à 50 personnes). Mais ils ne seront pas seuls…

Une douzaine d’autres pays devraient participer. L’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, la Suède, l’Italie ont déjà confirmé leur participation ou devraient le faire aujourd’hui. Mais on trouvera aussi des pays qui n’ont pas automatiquement un « passé africain » : la Slovénie, l’Estonie, la Pologne, la Hongrie ou Chypre. Un pays tiers – comme le Canada – pourrait également participer. Certains enverront des formateurs, d’autres des éléments de soutien ou de protection

Combien coûte EUTM Mali ? Qui paie ?

Le budget commun de l’opération est de 12 millions d’euros pour 15 mois répartis entre les 26 pays (le Danemark ne contribue pas) à hauteur de leur PIB. Soit environ 2 millions d’euros pour la France. Ce budget sert à payer le staff de commandement, certains personnels spécialisés, certains transports, les communications téléphone et radios. Chaque pays supporte ensuite les frais des militaires envoyés. Au total, le budget devrait donc plutôt couter entre 50 et 100 millions d’euros sur un an.

Quand la mission va démarrer ?

Les premiers effectifs devraient être déployés sur le terrain à la mi-février. Et les premières formations démarrer dans la foulée, début mars. Mais dès dimanche, le général Lecointre sera au Mali, avec une petite équipe d’officiers, pour effectuer une première reconnaissance.

Combien durera-t-elle ?

La mission est prévue pour durer 15 mois. Mais il n’est pas exclu de la prolonger ensuite.

L’Europe va-t-elle engager d’autres opérations dans la région?

Certaines sont déjà en cours. L’Union européenne est ainsi en passe de déployer une cinquantaine de policiers, douaniers et magistrats au Niger pour l’aider à structurer ses forces de surveillance aux frontières et anti-terroristes. Cette mission dite « EUCAP Sahel » devrait être étendue, « dès que possible », souligne-t-on côté européen, au Mali et à la Mauritanie. Une troisième mission est à l’étude pour renforcer le dispositif de contrôle aux frontières en Libye.

L’Europe va-t-elle aussi aider l’opération française et africaine ?

Pour l’opération française, plusieurs pays ont déjà annoncé un soutien, mais à titre bilatéral. Le Danemark, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, par exemple. Il n’y aura pas d’aide directe de l’Union européenne.

Pour l’opération africaine, l’Union européenne va s’engager plus directement. Le budget européen (Facilité de paix pour l’Afrique) devrait payer tout ou partie des salaires des casques bleus africains déployés dans le cadre de l’ONU, ainsi que certains des frais logistiques et de matériels.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).