(Gén. Lecointre – EUTM Mali) objectif : restaurer le logiciel de l’armée malienne

(Gén. Lecointre – EUTM Mali) objectif : restaurer le logiciel de l’armée malienne

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(BRUXELLES2, exclusif) De retour de Bamako, le général Lecointre — qui va commander la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali) — est venu devant les 27 ambassadeurs du COPS – le Comité politique et de sécurité – pour présenter un état de la situation et, surtout, répondre aux questions des ambassadeurs. Entamé à partir de 16h15, le point Mali a suscité plusieurs questions des ambassadeurs notamment sur les objectifs de la mission mais aussi sur les (possibles) exactions ou le respect des droits de l’Homme, ainsi que l’ont confié des participants à la réunion. A l’improviste, le général Lecointre a accepté de répondre à quelques questions de B2…

On a parfois dit que cette mission arrivait trop tard. Est-ce votre avis ?

Au contraire. Elle est encore plus nécessaire qu’hier. C’est ce que j’ai expliqué aux ambassadeurs. Ca ne change rien à la pertinence du besoin. La guerre n’est pas finie. Il y a un réel besoin sur le long terme. La mission européenne a un objectif, en réalité, au moins autant politique que militaire. Il est de reconstruire l’armée malienne pour restaurer l’intégrité territoriale de l’Etat malien, et de construire une armée respectueuse de la démocratie et de l’Etat de droit… Il faut donc considérer les choses sur le temps long, au moins le temps moyen, et non sur le court terme.

Cela veut dire qu’on a le temps ?

Non. Il y a une réelle volonté d’accélérer la mise en place de la mission coté européen comme coté malien. La demande d’accélération de Me Ashton (la Haute représentante) a été bien comprise. Les Etats membres sont convaincus qu’il faut soutenir la France et qu’il faut s’engager dans cette mission. (Au Mali), la chaine de commandement et les autorités politiques ont bien mesuré qu’ils étaient passés à deux pas de la catastrophe. Ils sont plus disposés que jamais pour accepter des missions de conseil. On pouvait deviner que le « roi était nu ». Maintenant les autorités maliennes elles-mêmes sont prêtes à admettre qu’il faut du conseil et beaucoup d’aide.

Les fondamentaux de la mission restent semblables à ceux définis à l’origine ?

Le format défini à l’origine est le bon. La mission va donc se dérouler autour de deux piliers. D’une part, le conseil et l’expertise pour la chaîne de commandement l’armée malienne ; d’autre part, assurer la formation et l’entrainement de 4 bataillons interarmes sur les huit que compte l’armée malienne.

Qu’est-ce que recouvre la partie expertise ?

L’objectif est de restructurer et restaurer complètement leur chaine de commandement opérationnelle. D’avoir un mode de recrutement, de formation, de suivi des ressources humaines qui soit bien fait, d’avoir une chaine logistique qui tienne la route. Ce sont des basiques. Mais c’est essentiel. On ne s’attaquera pas à tous les problèmes d’une armée ou d’un Etat-Major, aux infrastructures, par exemple. C’est, en fait, le logiciel de l’armée malienne que nous voulons reconstruire. Une partie importante de cette « structuration » est la soumission du militaire au politique. Cette stricte soumission du militaire au politique fait l’objet d’un point particulier d’attention dans le concept d’opération et dans l’action qu’on va mener.

Quand cette mission va démarrer ?

J’ai décidé de modifier le tempo de l’opération. Au lieu de déclencher en même temps la partie « conseil et expertise » et la partie « entrainement », j’entends avancer la partie expertise afin qu’elle puisse démarrer très vite sur le terrain, dès le lendemain de la décision de lancement, que j’espère, le 12 février.

Ce sera possible ?

On pousse les feux pour être pleinement opérationnel, dès mi-février. Nous aurons ainsi une équipe d’une vingtaine d’officiers très vite sur place. C’est assez simple d’une certaine façon : il n’y a pas de contrainte de mise en place, peu d’infrastructure. Et cela a un gros avantage en mettant cet élément précurseur d’avoir un état des lieux, un audit de l’armée malienne, avant le lancement des formations.

Plusieurs ambassadeurs étaient interrogatifs face aux possibles violations des droits de l’Homme commises par les forces maliennes ou d’autres ? Que leur avez-vous répondu, comment peut-on trouver une solution autrement que par des mots ?

C’est une question cruciale effectivement. J’ai été confronté à des scènes douloureuses et traumatisantes que ce soit au Rwanda ou en Bosnie. Et je suis particulièrement sensible à ce sujet. Par expérience personnelle de combat, je sais aussi combien le combat conduit à déchainer la propre violence qui est en chacun de nous, même si on se croit civilisé. La seule manière d’empêcher que les gens ne se livrent pas aux exactions est bien sûr de leur faire une formation théorique et formelle sur le sujet — On le fera et on rappellera ce qu’est la loi et le droit international — mais c’est aussi et surtout d’avoir un chef en qui les soldats aient confiance et qui commande ses hommes. C’est la meilleure réponse aux inquiétudes des uns et des autres sur les exactions.

Quelle garantie peut-on donner qu’il n’y aura pas d’exactions ?

Je ne peux rien garantir. Ce dont je suis certain c’est qu’en restaurant ce lien d’autorité et de commandement, on se battra le mieux contre les exactions. Sans cela c’est très difficile… Le jour où vous êtes soldat en reconquête et que vous tombez sur un type dont vous savez qu’il a violé votre femme et tué vos enfants, il est naturel que vous ayez envie de vous venger. Il va être difficile de réprimer en vous votre instinct de violence et de sauvagerie. Si vous n’êtes pas seuls et avec un chef qui vous regarde, qui vous juge, en qui vous avez confiance, il y a des chances que cela ne se passe pas. Quand vous êtes un soldat faisant partie d’une collectivité et d’un collectif, vous engagez autre chose que votre seule responsabilité, ca vous rend plus responsable.

Dernière question, quel est le sort réservé aux officiers putschistes de Sanogo dans cette nouvelle armée malienne en gestation ?

Je n’en ne sais rien. Je traite avec les autorités maliennes : avec le ministre de la Défense, le général Camara, le chef d’Etat-Major, le général Dembele, le sous-chef d’opérations, etc. Je ne connais personne d’autre. C’est à eux de décider.

Le détail des formations, comment vont-elles se dérouler, la « force protection », la suite de l’entretien sur le club de B2