Une menace terroriste en Europe. C’est bien vague tout çà !

(BRUXELLES2) Edifiant. La question posée ce midi – lors du briefing quotidien à la Commission européenne – par un collègue italien était cependant tout à fait appropriée. Se demander si vu la situation au Mali et en Algérie, il y avait une coordination anti-terroriste au niveau européen, est une question que tout le monde se pose. Et je m’attendais à une réponse détaillée… Et bien non ! Aucune réponse sinon de dire que la menace est éventuelle, vague…

Premier temps, éluder

Tout d’abord, le porte-parole de la commissaire Cecilia Malmström (chargé des Affaires intérieures) s’en sort par une pirouette : « Peux-tu être un peu plus clair sur les menaces terroristes » ? Habile sur un podium. C’est la tactique d’évitement classique des portes-paroles (j’ajouterai aussi « je ne comprends pas bien ta question », « nous verrons cela en bilatérale, etc.). Mais assez dramatique sur le fond car elle traduit une singulière méconnaissance de ce qui se passe actuellement dans le Sahara.

Deuxième temps, ne pas répondre

Le meilleur est à venir pourtant… Comme mon collègue insiste, il répond : « On est vraiment trop sur les éventuels. C’est tellement vague la situation et ta question, que je n’ai pas de réponse ». Et d’ajouter : « On ne parle pas ici d’une situation spécifique, ni d’une menace très concrète ». Pour conclure : « Pour l’instant, je ne suis pas au courant d’activité ou d’exercice préparé » au niveau européen.

Sidérant !

C’est sidérant ! Nous sommes dans un conflit engagé par un de ses Etats membres, répondant à l’appel d’un Etat africain (de plusieurs africains), soutenus par l’ensemble des 27 Etats membres. Une prise d’otages se déroule en Algérie – qui a rarement atteint cette intensité ni cette importance par le nombre d’Européens concernés et par le bilan (même non connu exactement encore, il semble bien dramatique). Plusieurs Premiers ministres (Hollande, Cameron…) disent que la situation est grave, voire très grave. La France, principal pays pour les échanges de personnes au niveau de Shengen, élève son niveau d’alerte terroriste. Et on répond que la menace est éventuelle, vague. Et que rien ne se prépare au niveau européen.

Il y a comme un problème…

Même plus qu’un problème ! Régulièrement la Commission européenne répond avec un certain… comment dire, « dilettantisme », aux questions les plus pertinentes des journalistes. Quand elle ne marque pas ouvertement son mépris, le porte-parole se charge de vous apostropher pour vous expliquer combien votre question est « bête », « populiste », « bourrée d’erreur », « n’a pas sa place ici », etc… (j’en ai été le témoin à plusieurs reprises).

Un véritable danger ambulant

Mais ceci est un « petit » problème. Ici, nous sommes sur une question plus profonde, qui touche à un sujet grave : le terrorisme et la résilience de la société européenne face à ce phénomène. Ce genre de propos, tenu à une tribune publique, au nom d’une institution politique, est dangereux. C’est quasiment de l’incitation à une action plus forte des terroristes…

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