Les privés : pas suffisant contre la piraterie. La présence chinoise : à surveiller

(BRUXELLES2) Quand la remarque émane d’un officier américain, elle vaut le détour. Le rear admiral Terry McKnight a averti récemment lors d’une interview – au sortir d’une visite à la société privée AdvanFort (lire ici), qu’il fallait faire attention à ne pas retirer trop rapidement les navires de guerre des différents pays qui patrouillent dans l’Océan indien, sous prétexte de baisse de la piraterie. Une interview réalisée par Martin Edwin Andersen, et détectée par nos collègues du blog maritime GCaptain.

Le vacuum de sécurité ne pourra pas être couvert de façon correcte par les seules solutions de sociétés privées de sécurité. « Si les marines se retirent je pense que vous verrez que les équipes de sécurité privée ne sont pas aussi protectrices et vous verrez la piraterie repartir de plus belle » a-t-il précisé. « C’est quand nous agissons tous ensemble, les sociétés de sécurité privée, les marines et la communauté maritime, que nous pouvons réduire le nombre d’actes de piraterie ».

Des pirates plus loin que l’Inde ?

« Les pirates affinent sans cesse leurs tactiques, cherchant à contourner les efforts internationaux pour les contrôler » a-t-il ajouté « mais ils améliorent aussi le niveau de leurs opérations. Ils ont un business qui fait de l’argent. Comme chacun d’entre eux, ils vont prendre des consultants et leur dire : ‘Comment peut-on venir à about des gardes armés ? Comment faire mieux ?’ ». La zone pourrait s’étendre selon lui. « Nous les avons vu à 1500, presque 2000 miles au large, près des côtes de l’Inde, on peut imaginer que s’ils prennent des navires et étendent leur rayon de chasse, ils pourront aller en dehors » de cette zone.

Attention aux dérapages

S’il existe des privés, il faut qu’ils respectent les mêmes standards d’engagement que ceux utilisés par les militaires, souligne l’amiral américain. Il faut veiller à ce que les équipes de sécurité soient « agrées par leurs gouvernements et obtiennent une certification sur la façon dont elles sont entraînées et ce à quoi elles sont entraînées. » C’est le cas pour la majorité d’entre elles a-t-il précisé. Mais la pire chose que nous pouvons vouloir c’est d’avoir « une firme qui envoie des personnes, non entraînées et d’avoir un incident qui mette un blâme sur la communauté maritime ».

Dernier point intéressant : la Chine

Sur la Chine, l’amiral a un avis plus balancé que ceux jusqu’ici exprimés ouvertement. En privé, nombre d’officiers supérieurs partagent son avis. La Chine montre un « intérêt soutenu à la liberté du commerce maritime », liée aussi au fait qu’elle a une flotte commerciale importante (elle possède 5 des 7 lignes commerciales les plus importantes). Mais « nous devons être attentifs aux objectifs de la Chine. Sont-ils là juste pour juste combattre les pirates ? Ou sont-ils pour voir comment devenir une marine outre-mer comme nous l’étions au début des années 1900. Nous devons faire attention à la façon dont nous tissons des accords avec la Chine » a-t-il conclu.

 

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).