EADS BAE c’est fini… :-( La faute aux gouvernements, pointent les industriels

(BRUXELLES2) Tristesse dans le monde aéronautique. BAE Systems et EADS viennent officiellement d’annoncer qu’ils ont « décidé de mettre fin à leurs discussions ». La faute aux gouvernements – selon eux … « Malgré beaucoup d’engagements constructifs (…) des gouvernements respectifs ces dernières semaines, il est devenu clair que les intérêts des intervenants gouvernementaux des parties ne peuvent pas suffisamment se rapprocher les uns avec les autres (comme) avec les objectifs définis par BAE Systems et EADS pour (leur) fusion. »

Le bug : l’alignement des intérêts des actionnaires (des Etats)

Pour les industriels, la fusion avait cependant une logique qu’ils rappellent dans une déclaration commune qui vient d’être publiée. « La fusion était basée sur une logique industrielle et représentait une opportunité de créer une combinaison de deux entreprises solides et prospères supérieure à la somme des parties. » Tout paraissait bien parti, du moins entre industriels. « BAE Systems et EADS avaient accepté les principales modalités de la fusion » : conditions commerciales, structure juridique, modalités de gouvernance, structure unifiée de gestion et de conseil, stratégie de la nouvelle entreprise, politique de dividendes à court terme, réduction des coûts et répartition des bénéfices. « Dès le début des discussions entre les parties, BAE Systems et EADS avaient clairement indiqué qu’ils procéderaient à une fusion de leurs activités que si une structure de transaction pourrait être créée alignant les intérêts des actionnaires et avec un fort soutien de leur part. »

Pas de numéro 1 mondial, snif ! Mais ce n’est pas que partie remise

Chacun des partenaires va désormais « se concentrer sur la prestation de leurs stratégies respectives ». Malgré les termes d’usage – visant à rassurer les actionnaires et clients – les dirigeants n’ont pu s’empêcher d’exprimer leur déception. « Nous sommes évidemment déçus de n’avoir pas pu parvenir à un accord acceptable avec nos différents intervenants gouvernementaux » a déclaré Ian King, directeur général de BAE Systems. « Nous croyons que la fusion était une occasion unique pour BAE Systems et EADS de combiner deux entreprises de classe mondiale avec des métiers complémentaires pour créer un leader mondial de l’aérospatial, de la défense et de groupe de sécurité. » Et son accolyte Tom Enders, PDG de EADS, de confirmer : C’est « dommage que nous n’ayons pas réussi mais je suis content d’avoir essayé. Je suis sûr qu’il y aura d’autres défis que nous allons aborder ensemble dans le futur. »

Cette nouvelle en réjouira certains dans les capitales. L’enthousiasme n’était en effet pas forcené à Berlin qui ne voulait pas laisser Français et Britanniques trop en position de force. Et, à Londres, on commençait à entendre de nombreuses voix, par exemple du coté des parlementaires de la commission Défense de la Chambre des Communes, qui craignaient un effacement de la spécificité britannique et de son lien avec les Etats-Unis. A Paris, également, on restait très prudents, en veillant à sauvegarder un droit de regard sur le futur géant, qui aurait sans doute été largement moins contrôlable qu’EADS (lire : BAE – EADS : les positions se rapprochent selon le MinDéf français). Bref, craignant de voir les industriels acquérir entièrement leur autonomie, les gouvernements ont sauvegardé leur souveraineté.

Reste les projets de coopération entre les 2 entreprises, comme le Typhoon Eurofighter (crédit : Ministère britanique de la Défense)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).