Un Nobel pour l’Union européenne, riche idée… (Maj)

(BRUXELLES2) Attribuer le prix Nobel à l’Union européenne est une riche idée. Et c’est un beau cadeau fait actuellement aux Européens qui sont tellement préoccupés aujourd’hui par leurs problèmes internes qu’ils en ont oublié qu’ils avaient un rôle dans le monde. Vu de l’extérieur, l’UE reste une réussite. Cela paraître surprenant. Mais c’est une réalité…

Effectivement depuis plus de 60 ans, ses Etats membres ont renoncé à la guerre comme un moyen de conflit. Ils guerroient désormais à coups de papier, de portes claquées au Conseil, voire de chaises vides ou de recours à la Cour de justice. Les oppositions sont toujours aussi féroces. Mais elles font moins de morts… Sur ce sujet on peut parler de réussite, la paix a succédé sur le continent à plusieurs siècles de guerres et conflits.

Pour le Comité Nobel, une belle idée de réconciliation

Le comité a tout d’abord voulu saluer la réconciliation franco-allemande. « Aujourd’hui, la guerre entre l’Allemagne et la France est impensable. Cela montre comment, grâce à des efforts visant le bien-et en renforçant la confiance mutuelle, les ennemis historiques peuvent devenir des partenaires proches. » Elle a aussi salué la consolidation de la démocratie dans nombre de pays : « en Grèce, en Espagne, au Portugal ». On a tendance peut-être à l’oublier parfois du moins dans certains pays. Quant à la chute du mur de Berlin et l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale, elle a ouvert « une nouvelle ère dans l’histoire européenne. La division entre l’Est et l’Ouest a, dans une large mesure, été terminée, la démocratie a été renforcée, de nombreux conflits à base ethnique nationale ont été réglés. » Et la dernière étape de réconciliation du continent est en cours. « L’admission de la Croatie en tant que membre de l’année prochaine, l’ouverture des négociations d’adhésion avec le Monténégro, ainsi que l’octroi du statut de candidat à la Serbie vont renforcer le processus de réconciliation dans les Balkans. »

Certes l’UE est « actuellement l’objet de graves difficultés économiques et des troubles sociaux considérables ». Mais le comité Nobel a souhaité dépassé ces contingences et « se concentrer sur ce qu’il considère comme la conséquence la plus importante de l’UE : le succès de la lutte pour la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme ». Le travail de l’Union européenne « représente « la fraternité entre les nations », et équivaut à une forme de «congrès de la paix» à laquelle se réfèrait Alfred Nobel comme critères pour le Prix de la Paix dans ses dernières volontés de 1895 ».

Nuance

Malgré tous ces louanges, mérités, il est un fait à ne jamais oublier, à mon sens, dans notre mémoire continentale : l’Europe n’a pas réussi à éviter la guerre à ses frontières et un nouveau génocide. Sa plus grosse absence concerne les Balkans au début des années 1990. L’Europe a signé, là, une absence coupable. Elle a, à l’époque, préféré régler ses « petits » problèmes internes, la construction de l’Union économique et monétaire, plutôt que de mettre tout son poids dans la balance pour éviter ou limiter le conflit. Ce qui était tout à fait à sa portée à l’époque (contrairement à ce qu’en pensent certains commentaires). Le risque aujourd’hui ou demain est avéré, l’Europe pourrait se retrouver dans une même position d’aveuglement égoïste et d’abstention coupable.

On peut aussi se poser la question de l’attitude européenne face aux conflits dans le monde. Présente en Somalie, et peut-être bientôt au Sahel, elle reste absente des principaux conflits en cours – en Afghanistan, au Moyen-Orient – se contentant de la politique du chèque, habituelle et ancestrale. La « politique de sécurité » est aussi une des dernières roues du carrosse européen actuellement. Et il importe de remettre au goût du jour cette politique. D’une certaine façon, le Nobel va ainsi obliger les Européens à se remettre en selle…

  • Reste une, petit, question, une question de détail qui va sans doute encore susciter une guerre de couloirs. Qui se déplacera à Oslo pour recevoir ce prix Nobel ? Sans doute Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen. Mais il parait aussi nécessaire que José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne soit là. Voire Catherine Ashton qui est tout de même la responsable de la politique étrangère et de sécurité de l’UE. Cela va se bousculer au portillon… 🙂 Et ce serait bon et sain pour l’Union européenne que ce genre de guérilla interne cesse.

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