Ne pas baisser la garde maintenant !

détachement VPD de la marine néerlandaise (Crédit : Ministère néerlandais de la Défense)

(BRUXELLES2) « Malgré les récentes nouvelles encourageantes, le temps n’est pas à la diminution des efforts » ! Le message adressé aux membres de l’industrie du transport maritime a d’autant plus de force qu’il a été adressé conjointement par les trois principales forces anti-piraterie en coalition – de l’UE (Eunavfor Atalanta), de l’OTAN (Ocean Shield) et de la coalition emmenée par les Américains (CTF 151). Si la chute des faits de piraterie est bien réelle (le Bureau maritime international vient d’annoncer une chute de 54% de la piraterie au niveau mondial) et se perpétue, mois après mois, les chasseurs de pirates, eux, craignent de voir les propriétaires de navires commerciaux relâcher leurs efforts et à délaisser une partie des mesures de sécurité prises. Mesures qui peuvent effectivement paraître lourdes aux armateurs, couteuses en termes financiers comme de logistique ou de personnel sur le navire.

Le succès tactique est réversible

Pour le commandant adjoint de l’opération Atalanta, le contre-amiral italien Gualtiero Mattesi : «Nous avons devant nous un succès tactique mais réversible. Il est essentiel que la pression sur les pirates et sur leur business model soit maintenue, voire amplifiée. Le contexte stratégique comme la situation en Somalie permettant aux pirates d’agir n’a pas encore fondamentalement changé ». « En joignant leurs forces, les efforts contre la piraterie sont aujourd’hui plus efficaces et peuvent faire plus qu’aucun navire, marine, pays ou organisation seule » poursuit-il. Mais « même avec toute cette présence militaire, les efforts de nos forces navales ne peuvent garantir la sécurité de la région ». L’application des meilleurs pratiques – Best Management Practices » qui en est aujourd’hui à sa version 4 (BMP4 à télécharger ici) est donc plus que jamais de rigueur.

Un message adressé tout autant à l’industrie qu’aux gouvernements

Une crainte déjà exprimée à plusieurs reprises par plusieurs interlocuteurs qui s’adresse non seulement au monde de l’industrie mais aussi aux gouvernements. Le même contre-amiral Mattesi avait déjà averti, lors d’un récent séminaire tenu durant l’été à Paris : « Les récents progrès sont réversibles si on ne s’attaque pas aux sources de la piraterie. Il faut maintenir les BMP et les capacités des forces sur zone tout en renforçant la capacité des États régionaux sur le terrain. Cela prendra du temps ». Et l’amiral Jacques Launay, chef d’Eucap Nestor, nous l’avait confirmé également. Eucap Nestor, ce n’est pas une exit strategy pour l’opération anti-piraterie en mer, du moins pas seulement. « Une fois qu’on aura vu la combinaison de ces effets à terre, on pourra alors songer à réduire la voilure en haute mer.»

Marines de tous les pays, unissez-vous ?

La crainte exprimée aussi, mezzo vocce, par de nombreux officiers (de marine), de responsables de la défense ou de la lutte anti-piraterie, est que les Etats, profitant de ses bons résultats, songent peu à peu à réduire les effectifs sur place des différentes marines. Et, dans la foulée, certains programmes d’équipement ou de renouvellement de flotte. Une option qui n’est pas théorique à l’heure où le poids de la dette et des restrictions budgétaires pèsent sur tous les budgets de l’Etat européens ou occidentaux. Pour les marines des différents pays engagées, ces opérations sont, en effet, non seulement la démonstration de leur savoir-faire et de leur efficacité mais aussi de leur utilité, concrète, au service de l’économie et de la population de leur pays. Témoin le bon indice de réponse des Néerlandais dans un récent sondage qui estimaient qu’on pouvait couper le nouvel avion JSF et nombre de dépenses des armées mais pas la lutte contre la piraterie (lire : Aux Pays-Bas, le repli sur soi devient la norme). Un parapluie non négligeable, dans la bataille qui s’amorce dans chaque pays entre les « Financiers » d’un coté, et les différents Etats-Majors de l’autre, voire entre les Etats majors, en ces temps où s’exerce avec férocité, le « coupe-coupe » budgétaire…

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).