EUCAP Niger s’installe…

(BRUXELLES2) Pour la mission de EUCAP Niger à Niamey, c’est le début, la découverte d’un nouveau terrain, à commencer par la ville, de nouvelles autorités. Pour la PeSDC (la politique de sécurité et de défense commune), c’est un peu une première ; l’Union européenne n’a jamais évolué, en effet, dans les pays du Sahel hormis les programmes de développement ou d’aide humanitaire. Pour être discrète, cette mission n’en est donc pas moins importante, d’autant que les risques « terrorisme » ou « criminalité » sont bien présents.

J’ai pu rencontré, en compagnie de 3 autres confrères, le colonel Francisco Espinosa Navas lors d’un de ses passages à Bruxelles et nous avons donc pu faire un premier point … d’ambiance.

Objectif : montée en puissance

La première équipe d’une vingtaine de personnes est désormais à pied d’oeuvre à Niamey. EUCAP Niger est aujourd’hui « dans la phase de montée en puissance » plus exactement entre le moment où le « top départ » a été donné par l’autorité politique (en juillet) et la pleine capacité opérationnelle (FOC) qui devrait être atteinte d’ici la fin de l’année. Plus exactement, un délai de 4 mois a été prévu pour cette phase de démarrage. « Si on peut le faire en 3 mois, c’est bien ».

La mission a, en effet, démarré un peu par avance. Les ministres ayant décidé d’avancer le démarrage de la mission, de septembre à juillet. Du coup, toute une série de préparatifs n’a pu être accompli. D’autant plus que les vacances et le ramadan aidant, les contacts avec les autorités nigeriennes ont été plus limités.

La première tâche est donc logistique. « Il faut s’installer, trouver le quartier général (c’est quasiment fait), acheter les voitures, les ordinateurs, les portables, installer les moyens de communication… ». En attendant, le noyau dur d’une vingtaine de personnes est logé dans un grand hôtel de la capitale nigérienne.

Le noyau dur des « seniors » déjà en place

Une vingtaine de personnes ont déjà été recrutées pour former le noyau dur, venant de 5-6 pays. On trouve ainsi dans celui-ci un adjoint au chef de mission belge, un chef d’opération italien (venant des Carabinieri), un chef de sécurité suédois (ancien commissaire de police), un conseiller politique français (issu de la Gendarmerie), un autre Français chargé de l’interopérabilité. Un magistrat belge fait la liaison avec le Ministère de la Justice nigérien. D’autres recrutements sont en cours pour arriver au niveau de 50 personnes requis.  Pour l’instant, aucun ressortissant de pays tiers ne participe à la mission ni n’a fait candidature. Mais, comme d’ordinaire pour les missions civiles, tous les pays proches ou liés par accord avec l’Union européenne ont reçu l’offre. Selon nos informations, les Suisses seraient les plus intéressés et ont déjà demandé plus ample information.

La moyenne d’âge du « noyau dur » est plutôt âgée. Ce qui signifie entre autre l’expérience. « Nous sommes des personnes de plus de 50 ans, calmes, pondérés. Mais on a aussi quelques « gamins »… de 40 ans » explique avec un zeste d’humour le chef de la mission. Pourquoi cela ? « On fera des conneries sans doute. Mais on part du principe qu’après 50 ans, on est plus calme. On est plus en phase pour respecter les règles de sécurité. » Malgré tout, ce ne sera pas une mission pépère. La mission est « célibataires géographiques » comme on le dit dans les forces de police. Et la vie sur place n’est pas aussi agréable que dans d’autres missions. Effectivement « nous avons quelque difficulté de recrutement du personnel. Aller en Afrique n’est pas facile. Les conditions de vie ne sont pas faciles. »

Le contact avec les autorités, primordial

C’est la tâche principale pour le Col Espinosa aujourd’hui : prendre contact avec les différentes autorités du Niger, politiques comme opérationnelles : le ministère de la Défense, de l’Intérieur, la police, la gendarmerie, etc… Car ce sont, eux, qui vont en quelque sorte dresser la feuille de route concrète de la mission, en définissant les besoins. « La première chose à faire est effectivement de faire l’inventaire des besoins en matière d’entraînement et de formation. Une fois les besoins connus, on va commencer à planifier les cours » explique-t-il. Dans cette première approche, le colonel a un avantage, la délégation de l’Union européenne au Niger lui apporte un concours actif au niveau politique, comme logistique. Une aide parfois très concrète, et appréciée. « Je suis arrivé à 3h30 (du matin) à Niamey. Et ils étaient là à m’accueillir ». Nb : c’est un des résultats concrets de la nouvelle organisation du service diplomatique européen (SEAE).

Un panneau solaire permettant d’alimenter le poste de contrôle de la police (Crédit : Interpol)

Renseignement et police judiciaire, vecteurs d’une plus grande efficacité

Parmi les pistes étudiées pour la formation, figure, sans nul doute, la formation spécialisée pour les unités de police judiciaire et le renseignement. Cette dernière fonction est primordiale vu l’étendue du pays, et les menaces possibles. Les risques sont celui du terrorisme, bien sûr, mais pas seulement. Le banditisme, les trafics de tous genres, à commencer par le trafic d’armes mais aussi de drogues figurent au rang des menaces. Autre champ possible : la mise en place d’instruments de coordination entre les différentes forces de police (Police, Gendarmerie, Garde nationale) comme l’interconnexion des fichiers.

Les Nigériens semblent volontaires. Mais ils manquent de moyens : des voitures, des moyens de communication, des armes…
 La mission ne pourra pas leur fournir directement ces moyens. Mais elle a un allié essentiel, la Commission européenne et ses ligne budgétaires… « Un des objectifs de la mission est d’ailleurs de fournir des appuis à la Commission européenne, pour détecter et définir des projets » en matière de sécurité.

Les fondamentaux de la mission

Cependant la mission n’a pas vocation à pouvoir tout faire. EUCAP Niger « est et reste une mission civile », non armée et sans mandat exécutif. C’est « dans le mandat » défini par les 27. « Ainsi les Européens n’auront pas d’armes, et pas de pouvoir exécutif ». C’est-à-dire qu’il n’est pas question que les Européens puissent agir dans la rue ou aux frontières, pour arrêter un suspect. « Nous sommes toujours à l’arrière des forces de sécurité nigeriennes, ce sont eux qui agissent en première ligne » précise Espinosa. Et, afin qu’il n’y ait aucun risque de confusion, chacun est sans uniforme, même pour les corps semi-militarisés comme la Guardia Civil, la Gendarmerie ou les Carabinieri.

La mission est localisée dans la capitale Niamey. Et les formations se dérouleront a priori là. Choix logique « car les trois écoles de police y sont basées ». Mais il n’est pas exclu de faire des déplacements, au moins temporaires, dans d’autres points du pays, comme à Agades, si les autorités locales le demandent.

Mali, Mauritanie ? Plus tard… peut-être

La mission est, pour l’instant, limitée au Niger. Certes elle a vocation à s’étendre aux autres pays de la région (Mali, Mauritanie). C’est le sens de la décision prise en juillet, ainsi que nous l’avons commenté à plusieurs reprises. Mais, pour l’instant, « il n’est pas prévu de faire des actions dans ces deux pays. » Il faudrait que le gouvernement de ce pays le demande, soit prêt à accueillir une mission européenne… et qu’il y ait des moyens financiers et humains disponibles. Cependant, pour assurer la bonne coordination avec les autorités locales, il y aura aussi deux officiers de liaison : un à Nouakchott (Mauritanie), l’autre à Bamako (Mali). De la même façon, si aucune liaison permanente n’est faite avec l’Algérie, très présente dans la région ; des déplacements ponctuels ne sont pas à exclure notamment avec le comité d’Etat-Major opérationnel conjoint (CEMOC) établi à Tamanrasset et qui regroupe huit Etats de la région ainsi qu’à l’Unité de Fusion – Liaison (UFL) à Alger, chargée de l’échange de renseignements.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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