Satellites : la centrale d’achat européenne est née

(BRUXELLES2) C’est dans la joie et la bonne humeur que l’Agence Européenne de Défense (EDA) vient de signer un contrat avec Astrium afin de lancer la cellule européenne d’acquisition de services de communication par satellite – ou European Satellite Communications Procurement Cell (ESCPC) en anglais. Plusieurs ministères de la Défense vont ainsi mettre en commun, à partir d’aujourd’hui, leurs acquisitions de services de communications par satellite commercial. L’objectif est de combattre la fragmentation de la demande «afin de réduire les coûts (de plus ou moins 10%), de permettre un accès plus facile et d’améliorer l’efficacité des opérations» a précisé Claude-France Arnould, Directrice générale de l’Agence. Cinq pays ont déjà indiqué qu’ils participeraient à l’initiative (La France, l’Italie, la Pologne, la Roumanie et le Royaume-Uni). Mais l’Agence s’attend à ce que l’expérience prouve aux plus septiques que la manoeuvre ne compliquera pas tant les choses et permettra surtout des réductions budgétaires significatives. D’autant plus que malgré des situations financières publiques difficiles, la demande est en hausse. L’utilisation d’applications dévoreuses d’informations satellitaires devient de plus en plus courante lors d’opération militaires. Et on pense tout d’abord à un marché des drones grandissant. Le projet se veut également flexible. La cellule est à la disposition des Etats-membres et non à la disposition de l’Union. Ceux-ci peuvent ainsi décider d’utiliser la structure européenne aux fins qui leur conviennent, que ce soit au niveau national, en coopération bilatérale ou dans le cadre d’une opération de l’OTAN, et cela sur la base d’une facturation à l’usage. Principe de souveraineté oblige ! A noter que seuls les pays européens ou pays associés à l’Agence (tel que la Norvège ou la Suisse) pourront se joindre à la manoeuvre, laissant derrière eux le Danemark ou la Turquie par exemple.

Pour Astrium, c’est aussi une belle opportunité. La société européenne va devenir pour les trois prochaines années le guichet unique des Etats-Membres en matière de délivrance de satellites de communication. Et pour l’Europe, c’est un fournisseur de premier choix. «Nous connaissons le marché, ce qui est disponible, et à quel prix» a fait valoir Eric Béranger, PDG d’Astrium Services. Numéro un des compagnies spatiales européennes, elle pourra mettre son carnet d’adresse et toute son expertise technique et financière à la disposition des Etats, puisqu’elle compte entre autre aujourd’hui, parmi ses clients non-européens, les Etats-Unis, le Canada ou encore l’OTAN. L’initiative a également été bien accueillie par l’industrie des satellites de manière générale. «Les compagnies réalisent de plus en plus qu’un seul programme vaut mieux qu’aucun programme du tout», explique Claude-France Arnould.

Parallèlement, l’Agence Européenne de Défense propose le concept d’une Télécommunication Sécurisée par Satellite (SECTELSAT), une approche coopérative également inspirée de la méthode de Pooling & Sharing. Le principe consiste à mettre en commun les satellites de communication militaires nationaux. L’Allemagne (Satcom-BW), l’Espagne (SecomSat), la France (Cyracuse III), l’Italie (Sicral) et le Royaume-Uni (Skynet 5) vont ainsi partager leurs ressources militaires et mettront ces mêmes ressources à dispositions des Etats-membres ne disposant pas de ces capacités. Les mettant également à la disposition, par exemple, des missions européennes. Les leçons tirées des opérations anti-piraterie (Atalanta) ou EUFOR Tchad-République Centrafricaine ont montré le besoin d’une meilleure connectivité. Un milliard d’euros devrait ainsi pouvoir être économisé dans des investissements communs pour les années à venir. D’autant que les réseaux de satellites actuelles arriveront pour la plupart, à la fin de leurs vies entre 2020 et 2025, laissant un trou capacitaire qu’il faudra combler au gré des restrictions financières.