Une mission EULOG Mali aurait du sens (maj)

Une mission EULOG Mali aurait du sens (maj)

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(BRUXELLES2) Après discussions, le Mali a finalement accepté le principe d’une intervention des forces de la CEDEAO, la Communauté économique de l ‘Afrique de l’Ouest, pour reconquérir le nord du pays, passé aux mains des islamistes en mars. Les forces africaines ne seront pas basées directement dans la capitale malienne, Bamako, mais à proximité. Et la question devrait faire l’objet d’une résolution du Conseil de sécurité permettant cette intervention. Les Nations-Unies se pencheront également sur la question plus générale du Sahel, en examinant, lors d’une réunion de haut niveau présidée par le Secrétaire général le 26 septembre à New York, la « stratégie intégrée pour le Sahel » qui vise à envisager tous les pans de la question (humanitaire, politique sécuritaire comme de développement).

Une intervention militaire au Mali se heurte à plusieurs difficultés.

Le recours à la CEDEAO ne parait pas évident. En termes militaires, les armées de la CEDEAO ne sont « pas les plus adaptées au terrain » comme l’expliquent pudiquement certains experts. Ce n’est pas une question de taille de force ou d’efficacité mais plutôt celle de la connaissance du terrain. A ce titre, comme le mentionne justement le professeur Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS, en charge de l’Afrique, ce sont les forces d’Algérie, de la Mauritanie ou du Tchad qui sont le plus à même d’opérer. Trois pays qui … ne font pas partie de la CEDEAO. Rien ne pourra se faire sans le soutien de l’Algérie qui a pris la tête de la coordination militaire dans la région.

Ensuite il faut un soutien logistique, notamment aérien. Même si le quai d’Orsay reste très prudent sur la question – il est « prématuré » de l’évoquer a précisé son porte-parole —, la France a promis son aide comme l’a confirmé le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, la semaine dernière. « La France apportera son concours et son soutien et j’espère que d’autres pays européens agiront de même mais en soutien logistique pas en intervention directe ». Un soutien « limité » a précisé le ministre des Affaires européennes, B. Cazeneuve. « Il n’y aura pas de troupes au sol » ont précisé à plusieurs reprises les responsables français. On sait combien cette limite est abstraite et signifie autre chose. Le fait de ne pas avoir de troupes au sol signifie plutôt qu’il n’y aura pas de troupes combattantes au front. Pour faire poser des avions, avoir un soutien logistique (c’est-à-dire du renseignement, des communications…), il faut bien la présence de « conseillers » sur le sol malien… Et d’ores-et-déjà les Français ont commencé à rassembler une opération de ses services spéciaux, dite Sabre, basée au Burkina Faso (lire sur le blog de mon collègue Merchet).

La Belgique a aussi confirmé sa disponibilité pour assurer la formation ou l’entraînement des soldats de la CEDEAO. Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders l’a confirmé mardi à New York, à condition que les objectifs soit « clairs et nets ». « A-t-elle pour objectif de renforcer le gouvernement malien? Ou s’agit-il seulement de combattre le terrorisme? ».

Enfin, d’un point de vue politique, comme militaire, il importe de ne pas refaire les erreurs de l’Afghanistan. C’est-à-dire d’avoir une force « étrangère » qui mène les combats à la place de l’armée nationale. Il est donc sans doute tout aussi important de renforcer l’armée malienne (comme l’UE le fait avec les Somaliens), de l’aider à contrôler ses frontières, de renforcer aussi ses moyens de contre-terrorisme ou de renseignement (comme l’UE va commencer à le faire dans le pays voisin du Niger).

Pourquoi prévoir une opération de l’Union européenne ?

L’intervention de la France est très délicate dans cette région, à la fois en tant qu’ancienne puissance coloniale du pays, de par la proximité géographique et géopolitique de l’Algérie, avec qui les relations ont toujours été difficiles… sans compter la présence d’otages français aux mains d’Aqmi (Al Quaida au Maghreb islamique). En revanche, une intervention européenne trouverait tout son sens, pour plusieurs raisons.

  • La question de l’anti-terrorisme concerne tous les pays européens, tout comme le trafic de drogue ou l’immigration illégale. Laisser perdurer au centre de l’Afrique à proximité de frontières qui peuvent être poreuses, une entité islamique dure et surtout incontrôlée ou incontrôlable est un danger à terme, autrement plus puissant que celui de l’Afghanistan. La multiplicité d’intérêts de l’Union européenne « étale » le risque.
  • La diversité européenne trouve ici toute sa valeur. Les bonnes relations qu’ont toujours entretenues certains pays de l’Union européenne avec l’Algérie – comme les anciens pays de l’Est (république Tchèque, Slovaquie, Hongrie…) qui avaient pris le relais des Français après l’indépendance, livraison d’armes et de coopérants à la clé – permettront d’amener la question des relations bilatérales françaises et algériennes à un autre niveau, multilatéral, plus propice à une réelle coopération.
  • Elle s’inscrit enfin dans une recherche d’une solution globale que promeut l’union européenne. Le Mali n’a pas seulement besoin de reconquérir son territoire, il doit structurer son armée, développer son territoire.
  • L’Union européenne sait faire. Elle a une expérience de ce type d’intervention que ce soit au niveau de la formation des militaires (EUTM Somalia), d’interposition ou de neutralisation du terrain (EUFOR Tchad) comme de logistique (idem). Et au niveau logistique comme de renseignement, elle a suffisamment de moyens pour permettre un soutien actif à l’opération de la CEDEAO.
  • L’UE elle suit d’ailleurs de près les activités de planification d’une opération enclenchée par la CEDEAO. Un officier de liaison de l’UE est ainsi présent auprès de l’organisation africaine à Abuja. Et d’une certaine façon le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adoubé le rôle spécifique de l’Union européenne dans la crise. Ainsi dans une déclaration faite vendredi dernier (21 septembre), les membres du Conseil de sécurité avaient demandé à la CEDEAO de « collaborer » non seulement avec le Gouvernement malien par intérim et les autres pays du Sahel mais aussi avec l’Union européenne « en vue de dégager des options détaillées définissant les objectifs, les moyens et les modalités du déploiement d’une force régionale au Mali » (Télécharger ici).

(mis à jour un complément sur la Belgique)