Opération Gazprom enclenchée

(crédit : Gazprom)

(BRUXELLES2) On le disait, Gazprom est un outil stratégique aussi efficace qu’une escadrille de Sukhoi (lire : Gazprom se fait allumer (Maj). Et le pouvoir russe ne laissera pas tomber son géant énergétique. Moscou s’apprête ainsi à utiliser, sans complexe, son poids économique. Et l’Europe – ou les pays proches – pourraient commencer à recevoir l’addition…

La Moldavie, première victime

Les premières pressions viennent de frapper la Moldavie, ce pays enclavé entre l’Ukraine et la Roumanie et par lequel transite, vers l’UE, environ 20 milliards de mètres cubes de gaz par an (et dont la moitié des gazoducs appartiennent à Gazprom). Le ministre russe de l’énergie, Alexandre Novak, a proposé au premier ministre moldave, Vlad Filat, une réduction du prix du gaz si son pays accepte de renoncer à la coopération énergétique avec l’Union européenne. «La proposition est que la partie moldave dénonce le protocole d’adhésion à l’accord de coopération énergétique avec l’UE. C’est la condition qui permet d’examiner les questions d’une baisse des prix du gaz et d’allègement de la dette, qui pour l’instant s’élève à 4.1 milliards de dollars (3.17 milliards d’euros)» a déclaré A. Novak, avant de préciser que «La Moldavie veut une réduction de 30%».

La coopération énergétique européenne, à laquelle la Moldavie a adhéré en 2009 consiste à ouvrir le marché européen de l’énergie à certains pays d’Europe de l’est (l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, La Macédoine, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo et l’Ukraine.)

De son côté, Poutine a ajouté mercredi, qu’il avait «jugé possible de favoriser l’afflux d’investissements russes en Moldavie». La veille, mardi 11 septembre, son Premier ministre Dmitri Medvedev discutait avec son homologue moldave en visite à Moscou, de la possibilité d’une coopération économique plus rapprochée entre les deux pays. Et qui pouvait-on apercevoir lors de ce petit-déjeuner de travail ? Ni plus ni moins que le vice-président de Gazprom, Valeri Goloubev. Le pays recevait donc une invitation officielle à rejoindre l’Union douanière entre la Russie, le Kazakstan et la Biélorussie, si et seulement si la Moldavie coupait le cordon énergétique avec l’UE.

La Commission européenne s’est pour l’instant refusée à commenter la situation.

Le cas complexe de la Bulgarie

L’entreprise d’Etat russe Atomstroyexport l’a annoncé mardi (11 septembre). La Bulgarie pourrait, elle, payer jusqu’à 1 milliards d’euros à la compagnie, suite à la décision bulgare d’annuler son projet de construction d’une centrale nucléaire à Bélène. Selon le quotidien Dnevnik, une procédure a d’ores et déjà été engagé auprès de la Cour internationale d’arbitrage de Paris. Le milliard demandé correspondrait, selon Atomstroyexport, aux «couts de tous les travaux effectués pour le projet, celui du matériel, les pertes et le reste». Il faut dire que les relations ne sont pas au beau fixe depuis déjà quelques temps. Alors que les travaux ont été interrompus en juillet dernier, Atomstroyexport avait déjà demandé 58 millions d’euros pour des retards de paiement sur les deux premiers réacteurs de la centrale de Bélène. Bien sûr cela n’a, officiellement rien à voir avec la procédure engagée contre Gazprom. Et ce litige suit sa vie propre. Mais Rosatom (la maison-mère de Atomstroyexport) sont issus du même bain, les anciens conglomérats d’Etat. Et ils ont signé fin 2008 un accord pour coordonner leurs investissements dans l’approvisionnement en énergie des réseaux gaziers pour livrer du gaz aux régions russes… et en Europe occidentale. Sans parler des filières communes des dirigeants…

La Bulgarie avait annulé son projet de centrale nucléaire dans un contexte post-Fukushima et faisant suite à des rapports qui décrivaient la zone comme trop sismique. Les critiques au niveau national allaient également bon train quant au coût économique du projet. Un referendum pourrait avoir lieu au printemps 2013 afin de décider de reprendre ou non la construction de la centrale. Le pays a des relations énergétiques très complexes avec la Russie. Sofia dépend à 100% du gaz russe et à 89% du pétrole russe. Un accord sur le prix du gaz pour les 7 prochaines années et lié à un second accord sur le développement du gazoduc South Stream à travers la Bulgarie, devaient jusqu’alors être signés le 15 novembre. Mais le président bulgare n’a pas hésité à jouer le même jeu que son homologue russe en laissant entendre que le projet South Stream pourrait souffrir de ces tensions. «Une société s’est permis – sans nous informer – de réclamer un milliard d’euros. J’espère que le président Poutine n’était pas informé de cette demande. Car s’il en était informé, sa rencontre le 9 novembre en Bulgarie ne sera pas agréable. C’est alors que nous devons signer sur South Stream» a t-il déclaré aux journalistes.

Chypre, dans le collimateur ?

Chypre pourrait également accuser le contrecoup de la procédure européenne et se retrouver coincé entre son allégeance à l’UE et ses intérêts économiques avec la Russie. Chypre a en effet découvert d’importantes réserves de gaz et cherche, en toute logique, un exploitant. En juillet dernier, Erato Kozakou-Marcoullis, ministre chypriote des affaires étrangères, affirmait que deux sociétés russes avaient exprimé leurs intérêts (avec 27 autres compagnies) vis à vis des 13 sites d’extraction offshores : Novatec et …. Gazprom.

Chypre entretient aujourd’hui de très bonnes relations avec l’ex empire soviétique. Le tourisme est d’ailleurs l’un des deux principaux revenus de l’île méditerranéenne avec l’industrie du transport maritime. Secteur touristique dans lequel les Russes contribuent largement puisque trois nouveaux consulats russes vont prochainement s’y ouvrir. Le problème pourrait venir du fait que Chypre attend depuis juin dernier l’acceptation d’un prêt russe de 5 milliards d’euros. Somme non négligeable pour ce pays particulièrement affecté par la crise qui frappe la Grèce. Lorsque l’on voit ce qui est reproché à Gazprom en Lituanie, en Bulgarie, en Roumanie, en Pologne, en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie, en Estonie et en Lettonie, on peut avoir des doutes quant aux motifs de l’attribution de ce prêt qui pour l’instant «n’imposait aucune condition» et offrait «un meilleur taux d’intérêt» que l’offre européenne, pour reprendre les mots de Demetris Christofias, président chypriote et «proche» du gouvernement Poutine. Un porte-parole du ministère russe des finances déclarait par ailleurs le 4 septembre dernier que «ces discussions, bien-sur, prendront du temps et que rien n’a encore été décidé» alors qu’à la même date des données officieuses laissaient déjà présager l’enquête de la Commission sur les activités du géant énergétique russe.

Au suivant. Pays baltes, Grèce, Pologne, Slovaquie ou république Tchèque pourraient aussi recevoir un “petit mot amical” des Russes, surtout aux premiers frimas de l’hiver. A suivre…

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C’est la rentrée…

(BRUXELLES2) Effectivement pour moi cette année, ce 13 septembre, c’est la rentrée. Une rentrée un peu spéciale. Comme les écoliers, je reprends le chemin de l’école, une pas tout à fait ordinaire puisqu’il s’agit de l’IHEDN. L’Institut des Hautes études de la défense nationale qui entame ces travaux jeudi à l’école militaire puis à Albertville. Une formation qui aura pour thème cette année l’Afrique et rassemble comme à les autres années une soixantaine d’auditeurs. Leur liste n’est pas du tout secrète. Elle a été publiée au Journal officiel après arrêté du Premier ministre (ici). Le thème choisi cette année est l’Afrique avec tous ces enjeux de paix et de sécurité comme de développement. Tant attendu en effet le continent semble, enfin, prendre son envol. Du moins dans certains pays. Même si certaines tensions restent vivaces, quelques conflits se sont sérieusement éteints dans les 20 dernières années. Et on peut même entrevoir que la situation pourrait s’améliorer dans d’autres (coté optimiste), s’envenimer ailleurs (coté pessismiste). Bref cela pourrait être passionnant d’autant qu’on devrait passer une bonne semaine sur place. Sans compter un déplacement à Djibouti.

On pourra y retrouver le mélange caractéristique d’une bonne session IHEDN, une bonne dose de militaires de carrière, des diplomates, magistrats ou fonctionnaires issus d’autres administrations centrales ou de collectivités territoriales, des personnes venues de l’industrie (Alcatel, Aon Hewit, CapGemini, Eads, Gdf Suez, BNP Paribas, Systran, Thalès…), des parlementaires (même européens, :-) puisqu’on trouve Agnès Le Brun, eurodéputé du Morbihan) et des auditeurs étrangers (américain, britannique, allemand, chypriote espagnol, lituanien, polonais, brésilien, canadien, arabe d’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes unis…), un aumonier, un écrivain… et des journalistes (F3, Le Figaro, France inter, Libération, FTv) . Bref un bon mélange…

A plusieurs reprises, quelques interlocuteurs hors de France, curieux, m’ont demandé : quel est le contenu de la formation, à quoi sert-elle, qu’est-ce te donne ? Effectivement c’est indéfinissable au sens classique d’un cursus universitaire. L’IHEDN s’inscrit dans un parcours qualificatif professionnel pour certains (les militaires) mais il s’adresse aussi à des professionnels extérieurs qui n’ont pas automatiquement à en attendre une avancée ou une progression dans leur carrière. Pour tous, il constitue l’opportunité de parfaire son tour d’horizon, d’acquérir de solides connaissances sur certaines notions qui ne sont pas automatiquement innées pour un “civil”, même qui s’intéresse aux questions stratégiques ou de défense. On est donc plutôt dans un fellowship à l’américaine. Mais celui-ci n’est pas adossé à une université comme outre-atlantique. Pour avoir examiné le programme, ce n’est pas non plus juste 2-3 conférences jetées là de temps à autre. C’est un véritable programme avec notes de position, jeu de questions-réponses avec les intervenants… Pas question de chômer donc dans les fins de semaine où se déroulent les sessions.

Par contrecoup, ce blog en subira donc quelques conséquences, en étant peut-être un peu moins fourni que d’ordinaire, du moins en quantité. En qualité, les lecteurs devraient y trouver leur compte… Car, sans nul doute, mes “posts”, analyses et autre commentaires s’en trouveront enrichis. N’espérez pas cependant trouver, ici, un compte-rendu en ligne des conférences et débats. Nous sommes tenus par la règle de “Chatham House“, une règle souvent invoquée et dévoyée par nombre d’organisateurs de conférences ou colloques qui n’ont de “Chatham house” que le nom… En l’espèce, cette règle me semble justifiée et nécessaire. Et je m’y tiendrai.

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Morsi à Bruxelles. Une visite pleine d’enjeux

(BRUXELLES2) « Historique » c’est comme cela qu’un haut diplomate européen qualifie la visite que fait le président égyptien Mohamed Morsi aujourd’hui (13 septembre) à Bruxelles. Il emploie ce mot « quatre raisons » nous explique-t-il. Morsi c’est le « premier président élu démocratiquement issu du Printemps Arabe à nous rendre visite ». C’est d’ailleurs son premier voyage à “l’ouest”, après deux visites bilatérales en Arabie Saoudite et en Chine, et une multilatérale en Iran. Pour l’Europe, dans son combat pour la démocratie dans le monde — « qui est et sera toujours un point très important » —, l’Egypte est une pièce maitresse. « C’est le plus grand et le plus influent des pays du monde arabe » qui peut donc tirer la démocratie dans la région, dans un sens… ou dans un autre. Troisièmement, cette visite a un aspect économique non négligeable. L’Afrique du Nord est aujourd’hui une des régions du monde « économiquement dynamiques » Et la démocratisation de l’Egypte pourrait « donner à l’Europe et à la région méditerranéenne une perspective particulièrement dynamique ». Enfin, cela participe à « construire l’identité et le rôle que l’Union Européenne compte jouer ». Cette visite ne concerne donc « pas seulement l’Egypte mais nous aussi » résume-t-il. « Le plus important dans cette visite est de pouvoir construire une relation égypto-européenne et une relation avec toute la région qui soit forte ».

Une Constitution suivie de près

Les discussions de l’UE avec l’Egypte vont tout d’abord concerner le futur texte fondamental du pays : la Constitution. Que l’Europe espère « forte, respectueuse des droits de l’homme pour une démocratie forte ». Un travail qui semble se poursuivre dans la bonne direction. « J’ai été en contact avec des gens proches de la rédaction de la Constitution. Et je peux vous dire que ça marche dans la bonne direction » confirme notre diplomate. Il faut être « prudent cependant. On peut se retrouver avec un texte contraire aux droits fondamentaux, ou avec des droits de l’Homme moins développés que souhaité. (…) Mais ce qu’on entend sur les relations entre religion et Etat, sur l’armée, sur les droits de l’Homme nous semble pour le moment positif ». L’Union européenne et la communauté internationale vont cependant continuer de suivre de près cette Constitution, en faisant une condition de la coopération.

Pour l’Europe, un premier pas important a déjà été franchi : le pouvoir ait été confié à un gouvernement civil. « Nous avons vu Morsi prendre d’importantes décisions afin de reconquérir les compétences judiciaires du pays, notamment pour le remplacement d’un certain nombre de dirigeants militaires. Ces décisions montrent très probablement que Morsi va utiliser ses pouvoirs avec restriction » précise le haut diplomate. « Ce que j’aperçois du travail qu’il fait c’est qu’il va continuer à s’engager dans des réformes démocratiques» en «construisant une démocratie solide avec des institutions solides » et ne concentrera pas le pouvoir autour de lui.

Pas d’hiver arabe

«Personne n’a dit que ça sera facile. » Mais - ajoute-t-il - « Je ne pense pas que le Printemps arabe va se transformer en Hiver arabe, comme certains l’annoncent. (…) Je n’ai rien vu qui laisse présager une modification dans la nature de la transition ». Une analyse qui peut paraître optimiste. «Je suis optimiste seulement par nature» répond notre homme. Certes pour l’Egypte, les défis sont énormes, économiquement et politiquement. Mais les gens se sentent « rassurés aujourd’hui ».

L’Europe impliquée économiquement

La mise en place de la Task Force « traduit la volonté européenne d’être au côté de l’Egypte économiquement ». L’Europe est ainsi impliquée dans le processus mené par le Fonds monétaire international. Elle sera l’un des plus grands prêteurs (du pays) et l’un des avocats les plus attentionnés. Ce prêt du FMI  – on parle d’un montant de 3,8 milliards maintenant au lieu de 3,2 milliards – sera accompagné par des actions supplémentaires de la part de l’UE. « L’Egypte aura besoin de deux fois plus, voire de plus de 10 milliards de dollars.» Coté européen on est bien conscient que l’économie égyptienne est plus importante que l’économie jordanienne ou tunisienne. Cela signifie que « le résultat final devra être plus important dans les chiffres ».

Sur les échanges commerciaux, des développements pourraient se produire. L’accord d’association, signé en 2004, avec l’Egypte, a permis au pays d’augmenter ses échanges vers l’Europe « de manière considérable ». « Nous pouvons faire plus. Ca ne fera qu’apporter à l’Egypte plus d’accès au marché européen et lui permettra de développer ses capacités. »

Un engagement dans la sécurité

L’Europe observe aussi avec attention l’engagement du président égyptien sur le conflit syrien, notamment à travers le quartet Iran/Arabie Saoudite/Turquie/Egypte. C’est « très important pour tous les acteurs régionaux » de voir le président Morsi et l’Egypte s’investir dans la résolution du conflit syrien. Cet engagement ne peut être que « positif et ne peut qu’aider à pacifier la situation, qui reste le premier objectif européen ». « Ses déclarations récentes, notamment en Iran, montrent son intérêt, et surtout, montrent des idées nouvelles». Et l’Union européenne est disposée « à contribuer à ce que la nouvelle Egypte joue un rôle important dans le région vis à vis de la Syrie».

Autre point important pour l’Europe, la sécurité des chrétiens dans le pays. « L’UE a réitéré l’importance de cette question au cours de différentes occasions» .Mais le Président Morsi a exprimé lui-même l’importance qu’avait pour lui cette question. « Lorsque la Haute représentante, C. Ashton lui a rendu visite en Juillet, c’est Morsi lui-même qui a abordé la question ». Et l’Europe est prête à soutenir quelque action qui va dans ce sens-ci.

Lire aussi (sur le Club, réservé aux abonnés) : Le recouvrement des avoirs, point sensible de la visite de Morsi

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