L’impossible exercice. La fin de la mission des observateurs en Syrie

(BRUXELLES2) La nouvelle était attendue. A mission impossible, fin en forme de queue de poisson, avec un sentiment d’inachevé. Le Conseil de sécurité a mis fin à la mission de supervision des Nations Unies en Syrie (MISNUS). Déployée depuis avril dernier afin de veiller à un cessez-le-feu qui ne s’est jamais concrétisé, la majeure partie des observateurs auront quitter Damas pour lundi matin, n’y laissant qu’un «bureau de liaison» qui sera dirigé par un diplomate algérien, Lakhdar Brahimi.

La suite logique de l’impossible mission

Cette décision attendue fait suite à la résolution du Conseil du 20 juillet dernier, qui prorogeait le mandat onusien de 30 jours et ne pouvait proroger cette mission de nouveau que si «la cessation de l’usage des armes lourdes, ainsi qu’une réduction du niveau de violence par toutes les parties ne se sont matérialisées» tel que l’avait indiqué Ban Ki-moon la semaine dernière dans une lettre au Président du Conseil. Les 300 observateurs non armés déployés à l’origine et placés sous le commandement du général Robert Mood avaient été réduits progressivement à 101 militaires et 72 civils. Le Conseil est ainsi parvenu à la conclusion que la MISNUS n’avait plus de raison d’être. Lors de ces consultations à huis clos, le sous-secrétaire a expliqué aux 15 membres du Conseil que les deux parties ont fait le choix de se «livrer une guerre».

Un bureau de liaison

Toutefois, suivant les recommandations de Ban Ki-moon, il était nécessaire de maintenir une présence sur le terrain. Ce bureau de liaison, s’il est accepté par Damas, devrait donc être administré par le Département des affaires politiques et formé de 20 à 30 personnes, dont des conseillers militaires, même si son mandat reste encore à définir. «Le maintien d’une présence de l’ONU en Syrie, qui irait au-delà de l’action humanitaire capitale que mène le système des Nations Unies, permettrait d’avoir des rapports systématiques et constructifs avec les parties syriennes, pour solliciter leurs vues et les associer à l’édification d’un avenir de paix» écrit le secrétaire général. L’ambassadeur de la France, Gérard Araud, qui préside le Conseil au mois d’août, a pour sa part simplement indiqué que ce bureau aurait pour objectif d’aider le successeur de Kofi Annan au poste d’Envoyé spécial conjoint des Nations Unies et de la Ligue arabe à s’acquitter de son rôle de médiation et de facilitation d’une solution pacifique.

Le vice-ministre russe des affaires étrangères, Gennady Gatilov, a de son côté demandé à ce que le Groupe d’Action sur la Syrie s’active et avance sur les bases de la réunion de Genève (30 juin). Moscou a également appelé les grandes puissances à lancer avec l’Arabie Saoudite et l’Iran un appel au gouvernement syrien et à l’opposition pour qu’ils mettent fin au conflit en Syrie. Pendant ce temps, Sergei Lavrov, ministre russe des affaires étrangères devrait recevoir mardi prochain (21 aout) la deuxième visite d’une délégation syrienne, conduite par le vice-président du Conseil des ministres pour les affaires économiques, Kadri Jamil. Pékin a parallèlement appelé les belligérants «à rapidement établir un cessez-le-feu pour mettre fin à la violence et à entamer un dialogue politique ».

Bilan du conflit : 23.000 victimes

Alors que les combats et les bombardements se concentrent sur Alep, Damas et Idlib, l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme dénombre à l’heure actuelle au moins 23.000 victimes depuis le début du conflit, il y a de cela 17 mois.

Damien Kerlouet

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