Un plaidoyer britannique pour la PeSDC (maj)

(crédit : UK foreign office)

(BRUXELLES2) C’est plutôt rare en ce moment. Quand un ministre britannique dit tout le bien qu’il pense de l’Union européenne et de sa politique de défense, autant le signaler. Il est vrai que c’était à Paris et que cela émanait du ministre britannique des Affaires européennes. Mais David Lidington a rendu un vibrant hommage à l’Union européenne et au rôle qu’elle peut jouer, à travers la PSDC, pour la prévention des conflits et la sécurité internationale.

L’avantage compétitif de l’UE

Certes « l’OTAN est et restera le meilleur outil de l’Europe pour répondre aux situations de conflit de haute intensité tels que l’Afghanistan ou la Libye. Et l’ONU et d’autres jouent un rôle vital dans le développement à long terme et la stabilité »  « Mais l’UE dispose d’un avantage compétitif (« its own unique selling points ») quand il s’agit de la sécurité internationale » a-t-il expliqué. « Son avantage est de pouvoir relier de façon  large et complémentaire un ensemble d’outils : diplomatique, civil, militaire, de développement et financier – qu’il peut employer, de façon collective, pour promouvoir la paix internationale, souvent dans des lieux où l’OTAN et d’autres ne peuvent pas agir. » Et de poursuivre : « Les missions de la PSDC faire une différence réelle pour la sécurité internationale. Elles aident à maintenir la paix dans les Balkans. Elles sont là pour assurer la protection de la navigation internationale et de l’aide alimentaire face au fléau de la piraterie. Et elles contribuent en Afghanistan à assurer un avenir stable et sûr… Ces missions apportent des résultats tangibles et positifs au Royaume-Uni, à l’Union européenne et à la communauté internationale. »

Une politique à améliorer, surtout sur l’aspect des capacités civiles

Cependant le ministre explique que la PSDC « doit s’améliorer pour permettre aux Européens d’assumer leurs responsabilités de sécurité internationales de manière plus efficace. » Et d’ajouter : « Trop souvent les Etats membres ont concentré leur attention sur les discussions sur la grandeur future de la PSDC ou même son existence, plutôt que de savoir ce qu’ils peuvent faire de mieux »

Naturellement pour le Britannique, la mission de la PSDC se tourne davantage vers « l’élaboration de ces capacités civiles telles que la réforme du secteur de sécurité et des experts juridiques ». Et elle doit se mener dans le cadre d’une politique globale, avec des partenaires, un mot qui revient à plusieurs reprises dans son discours. Le « futur de la défense européenne est d’avoir une capacité réelle à prévenir et à réagir aux crises dans le cadre d’une stratégie globale de l’UE et, de plus en plus, en tandem avec de nombreux autres partenaires. »

Les Européens doivent prendre leur défense en main

Pour Lidington, comme pour d’autres responsables avant lui (américains notamment), les Européens « doivent prendre beaucoup plus de responsabilités pour leurs propres intérêts de sécurité.  Mais nous sommes, hélas, pas encore prêts à le faire. Trop de pays ne parviennent pas à construire et à entretenir les capacités militaires appropriées» Tout pousse cependant les Européens à davantage d’autonomie. La volonté américaine de se tourner davantage vers l’Asie-Pacifique, l’austérité des économies nationales qui entraîne une sévère contrainte sur les budgets de défense « pour plusieurs années à venir » tandis que la sécurité internationale reste « imprévisible ».

La Libye l’a montré : « les Européens peuvent réagir rapidement et résolument quand ils en ont besoin, ont le leadership adéquat et des capacités adéquates ». Mais « nous manquons de la volonté politique collective et des capacités militaires pour mener les opérations sans un soutien important des États-Unis ». Pour Lidington, il est donc essentiel d’avoir un engagement des Etats membres. « Nous devons nous engager à maintenir, développer et rendre disponibles nos capacités de défense qui pourraient être utilisés soit par la PSDC ou de l’OTAN ».

L’engagement franco britannique est de long terme

Le ministre a aussi défendu l’axe franco-britannique de la défense. Un engagement de « long terme et stratégique pour le gouvernement » a-t-il affirmé. « Nous avons ensemble des capacités – qui représentent 50% des dépenses européens – et nous avons la volonté politique de les déployer. » Une manière de dire que ce partenariat l’emporte sur le autres partenaires (allemand, italien…) plus « passifs » du côté opérationnel. Nous partageons l’ambition française de « revigorer la PSDC ».

Commentaire : il faudra voir si les Britanniques donnent des actes à leurs paroles. Ce n’est pas la première fois que dans les discours, on décèle un certain enthousiasme, de bon éloi. Il faudra au gouvernement de sa Royale majesté, dépasser les bons plaidoyers, puis ensuite des blocages dans toutes les avancées possibles de l’Europe de la défense (nouvelles missions, budgets, Etat-Major…)…

Discours du ministre ici ou dans les docs de B2

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une pensée sur “Un plaidoyer britannique pour la PeSDC (maj)

  • 11 juillet 2012 à 10:07
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    J’ai assisté à cette présentation et mon sentiment est plus mesuré. Dans le déclaratoire britannique, qui dresse un juste constat d’impuissance des Européens et indique ce qui devrait être amélioré (notamment par les autres) nous avons souvent eu des raisons de nous réjouir, mais lorsqu’il s’est agi de faire avancer les choses concrétement nos amis d’outre Manche ont toujours freiné : OHQ permanent, AED sans budget, participation infime aux opérations de l’UE, rigidité du concept de BattleGroup, application militaire de Galiléo etc…Attendons donc une initiative britannique concrète en faveur du développement des capacités autonomes des Européens

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