Les approches dépassées des capacités européennes de défense. Un rapport du CESE

(BRUXELLES2) C’est plutôt rare que le Comité économique et social Européen (CESE) se penche sur les questions de défense. Cela a cependant été le cas cette semaine avec un rapport voté en plénière, jeudi (12 juillet), consacré à la nécessité de mettre en place une industrie de la défense européenne. Rapport qui fait en quelque sorte écho aux préoccupations exprimées également par le président du comité militaire de l’UE, Hakan Syren (lire : Il faut coopérer davantage, explique le général Syren qui dénonce les réticences des Etats). Rédigé par Joost van Iersel – un ancien député néerlandais (CDA – Chrétien-démocrate), président de la chambre de commerce de La Haye – ce rapport dénonce des approches « dépassées » des Etats membres et le risque certain d’un affaiblissement de la position européenne.

Une approche dépassée : la fragmentation et les surcapacités des Européens

LE CESE estime que plus que jamais la situation presse, «la position dominante du monde occidental est actuellement contestée aussi bien sur le plan économique que politique» au moment où les budgets de défense des pays émergents du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et des Etats-Unis continuent d’augmenter, le budget européen souffre des restrictions budgétaires. Ces pressions économiques nationales devraient trouver pour réponse une meilleure coordination au niveau européen, sans quoi une vive concurrence est à prévoir tant en matière de produits que de prix. «Des approches dépassées conduisent visiblement à l’augmentation de la fragmentation, à des disparités, à une surcapacité et à un manque d’interopérabilité dans les capacités de défense européenne».

Contradiction entre souveraineté nationale et partage

Certes reconnait l’institution, « il y a une contradiction entre la philosophie de la souveraineté nationale, d’une part, et les besoins financiers, technologiques, économiques et sociaux, de l’autre. » Et « les pressions extérieures ne sont apparemment pas encore suffisantes». Mais rester « attentiste » sur cette question ne ferait que « compliquer la remontée » dans le haut du peloton mondial. Des baisses d’investissements se «répercuteront sur une génération de chercheurs et d’employés qualifiés» et ce sera «un savoir faire qui s’évanouira.» L’aspect social du rapport met donc, en exergue, l’importance des 600.000 travailleurs qualifiés directs du secteur et ses 2 millions d’emplois indirects, dans des structures qui subissent des pressions de plus en plus fortes économiquement et pour lesquelles il faut éviter la fuite vers les pays tiers.

La recherche et développement, fer de lance d’une relance

Le Comité Economique et Social met aussi l’accent sur l’importance de la Recherche et du Développement, un secteur particulièrement sensible aux coupes budgétaires, alors que d’ores et déjà le budget de R&D dans l’UE arrive à peine à un cinquième du budget R&D américain. « La volonté persistante des Européens à demeurer dépendants des Américains en matière d’approvisionnement d’équipement de défense au lieu d’acheter en Europe » est critiqué. Si les bons résultats d’aujourd’hui ne font que répondre à des investissements d’il y a 25 ans, cette baisse d’engagements est d’autant plus importante qu’elle s’accompagne de coûts opérationnels identiques ou supérieurs (Libye, Afghanistan, piraterie).

Solutions pour sortir de l’impasse : le double usage.

Outre une meilleure organisation au niveau européen, l’un des remèdes proposés est de promouvoir autant que faire se peut la technologie «à double usage», car pour les membres du CESE «les armements de nouvelle génération ne doivent jamais être du seul ressort de l’industrie». Le bon exemple en la matière est à trouver dans le secteur de l’électronique. La Base Industrielle Technologique de Défense Européenne (BITDE) pourrait jouer son rôle dans la stimulation du double usage puisqu’ « elle permet des financements d’origine extérieure aux communautés de défense ». Un meilleur financement de R&D nécessitera aussi une meilleure « identification des capacités industrielles européennes (pour) promouvoir des productions européennes viables». Même s’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, le CESE voit là un bon potentiel instrumental dans la directive de 2009 sur les marchés publics de Défense. Sur le plan institutionnel, le rapport veut définir les intérêts stratégiques européens dans le cadre de la PESC, et donc partager les compétences nationales et européennes en mettant plus en avant le rôle de l’Agence européenne de défense ou de la Commission européenne, notamment dans le cadre de Stratégie de croissance Europe 2020.

Rapport dans les docs de B2