Russie et Finlande : la guerre des mots, sur fond arctique

Exercice de tir de missile sol air, entre Finlandais et Norvégiens (crédit : Nordefco)

(BRUXELLES2) Alors que le gouvernement finlandais n’a toujours pas opté sur une adhésion à l’OTAN, la Russie vient de dire, de façon claire et nette, « Niet » à cette possibilité, si d’avance elle se concrétisait. Pour le général Nikolai Makarov, le commandant des forces de défense russe, une telle adhésion représenterait une « menace pour la Russie ».

Un danger pour la Russie, la Finlande ?

« La participation de la Finlande aux exercices de l’OTAN prouve que la Finlande s’implique de plus en plus dans le cercle des activités de l’OTAN. Dans certaines conditions, cela pourrait même causer un danger militaire pour la sécurité de la Russie », a affirmé le général dans son allocation devant l’Association des stagiaires de défense nationale à l’Université… d’Helsinki début juin, rapporte la presse finlandaise. Il pointe notamment du doigt les exercices de la défense nationale finlandaise à proximité de la Russie.« On peut se demander contre qui on s’apprête à combattre », s’interroge-t-il. Makarov n’est pas avare de déclarations tonitruantes. Ainsi début mai, lors d’une conférence sur la défense anti-missile à Moscou, il n’avait pas hésité à estimer que « Compte tenu du caractère déstabilisant du bouclier antimissile européen (…) la décision de porter une frappe préventive (…) pourrait être prise (par l’État-major russe) si la situation devait s’aggraver ».

La crainte de voir la Finlande se rapprocher de l’OTAN

Selon Charly Salonius-Pasternak, le chercheur de l’Institut finlandais des relations internationales, spécialisé dans les questions de sécurité, ces propos du général Makarov ne sont pas totalement inopinés. « Sa proximité avec le coeur du Kremlin laisse à penser que ce qu’il dit n’est pas contre ce que le Kremlin pense, même s’il a utilisé ses propres mots » a-t-il confié dans un échange avec B2. Et le chercheur de lire ainsi le message russe. Au-delà des exercices, « c’est le niveau actuel de la coopération avec l’OTAN, sur l’Arctique notamment, (qui) est problématique pour la Russie. Bien que Makarov ne le mentionne pas explicitement, on peut considérer qu’il fait référence à des discussions sur la Finlande et la Suède pour participer à la surveillance de l’espace aérien islandais. »

Un avertissement qui vise la neutralité de l’Arctique et au-delà les Etats-Unis

Si pour les Finlandais (et les Suédois), cette participation ressort plutôt de la coopération nordique, « parfaitement en ligne avec des efforts plus larges des pays nordiques en matière de défense (NORDEFCO), et comme un forum de coopération bénéfique pour leur propre sécurité », pour les Russes il parait en aller autrement. « Makarov a également déclaré que la coopération nordique (surtout dans les régions arctiques) était problématique. » La Russie considère ainsi plutôt « l’espace aérien islandais de surveillance comme un projet de l’OTAN. Et la Russie s’inquiète ainsi de ce que « NORDEFCO amènera la Suède et la Finlande à coopérer encore plus intensément avec l’OTAN ». de fait ce n’est pas la Finlande en soi qui est « une menace pour la Russie », mais sa « coopération accrue avec l’OTAN » qui pourrait rendre la situation plus difficile pour la Russie. De façon générale, on assiste là à la réitération d’une position russe classique, visant plus largement l’OTAN et les États-Unis, et leur « désir de ne pas militariser l’Arctique, et que l’approche ‘phasée’ de l’OTAN dans la défense antimissile balistique n’est pas acceptable pour la Russie. »

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).