L’Europe inquiète de la transition politique en Egypte

(BRUXELLES2) Alors que les militaires ont dissout l’Assemblée, qu’ils se sont emparés du pouvoir législatif et qu’ils se sont octroyés un droit de veto sur la prochaine constitution, on peut se demander que peut faire l’UE pour l’Egypte dans ces conditions. La question était effectivement sur toutes les lèvres à la commission des Affaires Etrangères mardi (19 juin) où Hugues Mingarelli, le Directeur général du service diplomatique pour le Moyen Orient et les pays du voisinage méridional, était sur le « grill ». La situation est, en effet, délicate

Un certain nombre d’irrégularités et une contestation des élections en puissance

Il faut déjà attendre les résultats officiels de l’élection présidentielle qui seront annoncés jeudi (21 juin). Les élections ont vu un certain nombre « d’irrégularités » mais au total, cela « ne semble pas devoir remettre en cause les résultats ». Pourtant, si les estimations donnent le candidat des Frères Musulmans Mohamed Morsi en tête avec environ 52%, la marge est assez limitée. Et il y a un risque que l’autre candidat Ahmed Shafiq (ancien Premier Ministre sous Moubarrak) conteste ce résultat jeudi. Les deux candidats ont, de fait, déjà proclamé leurs victoires respectives. « On a de bonnes raisons d’avoir de grosses inquiétudes sur la transition politique en Egypte » explique, prudent, Hugues Mingarelli.

De grosses inquiétudes… Espérons que le perdant accepte(ra) le résultat

En effet, les militaires, qui se sont arrogés plusieurs pouvoirs à la fois. Ils détiennent le législatif jusqu’à la tenue des prochaines élections, dont la date est encore incertaine. Il faut d’abord former un gouvernement, rédiger une constitution et seulement après organiser des élections législatives. Ils s’accordent également un droit de regard sur les travaux de la prochaine constituante et s’ils considèrent que la Constitution va à l’encontre de ce qu’ils considèrent comme l’intérêt supérieur de la nation, ils s’autorisent à désigner une nouvelle assemblée constituante pour rédiger un nouveau texte. « Il faut espérer que le perdant accepte le résultat » jeudi. Puis que la suite se déroule comme prévu, avec la nomination d’un gouvernement, d’une assemblée constituante et enfin la tenue d’élections législatives.

Chaque dérapage sera sanctionné par l’UE … Enfin peut-être

« Chaque dérapage sera, d’une façon ou d’une autre, l’objet de sanctions de l’UE. Mais les leviers de l’UE sont limités [car] il y a d’autres acteurs plus importants pour l’Egypte. » En attendant, l’UE doit répéter qu’elle soutient la transition politique en Egypte et qu’elle est prête à s’engager « sans aucune réserve avec les autorités élues ». Il faut respecter le résultat de l’élection, quel qu’il soit. Il faut par ailleurs rappeler aux militaires leurs promesses de remettre le pouvoir au civil. Il s’agit aussi de veiller à ce que l’assemblée constituante soit la plus inclusive possible. Enfin, il faut « pousser les autorités égyptiennes à mettre un terme à la détérioration de la situation économique » en acceptant un accord avec le FMI qui autorisera l’UE à déclencher une aide macro-financière. Aide qui devrait pouvoir être un levier politique : « je ne peux pas imaginer que les décideurs politiques accordent une aide macro-financière à un pays qui tourne le dos à la transition démocratique. »