EULEX Kosovo sous le feu des critiques

EULEX a organisé un concours de photographie intitulé "Lens on the law - the right and the wrong". Ici, la police kosovare tentant d'arrêter des manifestants albanais du Kosovo. (Crédits: EULEX / Petrit Rrahmani) Pour voir les autres photos, ici.

(BRUXELLES2) La mission EULEX Kosovo est en phase de révision stratégique. Son mandat, sa taille et ses priorités vont changer (lire ici). Si elle a engrangé quelques succès  reconnus, son efficacité globale de la mission a été critiquée lors d’une audition qui s’est tenue mercredi (30 mai) au Parlement Européen.

Mauvaise réputation

La mission est mal perçue par la population kosovare. « Pour être tout à fait franche, EULEX n’a pas une très bonne réputation parmi les locaux » affirme ainsi Engjellushe Morina, ancienne directrice du think tank Kosovo Stability Initiative. Seule intervenante de nationalité kosovare, Mme Morina regrette d’ailleurs qu’aucun représentant des institutions de son pays n’ait été invité à cette réunion afin d’équilibrer l’état des lieux un peu trop positif décrit par les européens. Les représentants de l’UE ne l’ont pas contredite sur ce point, concédant qu’il s’agit là d’un des principaux défis pour EULEX. Il y a des critiques virulentes de la mission parmi la population. L’été dernier, des heurts avaient également éveillé une mise en question de l’efficacité d’EULEX par la presse internationale. Le Kosovar, en tout cas « le citoyen lambda », estime que certaines affaires judiciaires traitées par la mission européenne ont en fait une motivation politique. L’impression générale est que la culture de l’impunité prévaut encore. Selon les représentants de l’UE, cette mauvaise réputation s’explique par des espoirs trop haut placés dans la mission, qui a dû s’établir et se développer dans un contexte très difficile, où il fallait partir de zéro, après ce qui est considéré comme un échec de la mission de l’ONU. « Les gens attendaient des miracles » déplore Hansjörg Haber, qui se veut réaliste. Selon Xavier Bout de Marnhac, la mission n’est peut-être pas populaire sur le terrain « mais le travail doit être fait ».

Au Nord, aucun contrôle ?

C’est la situation au Nord du Kosovo qui pose le plus problème. Le « centre de gravité d’EULEX » doit (et va) se déplacer de Pristina vers cette région, explique le chef de la mission. La situation semble échapper à la fois aux autorités locales et aux européens à cet endroit. Dans ce qui ne représente que 12% d’un territoire déjà petit (le Kosovo s’étend sur 11000 km²), c’est la criminalité organisée et les trafics qui dominent. Et ce depuis les années 1990. « Il faudrait qu’on m’explique » a déclaré Engjellushe Morina. Il y a toutefois des améliorations selon Xavier Bout de Marnhac, notamment en termes d’accès au territoire.

Divisions entre les Etats Membres

Un problème inhérent à EULEX vient de la division entre les 27 Etats Membres. En effet, 5 d’entre eux (l’Espagne, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et Chypre) ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo. Il ne faut donc pas heurter la Serbie à travers les activités de la mission, et EULEX a donc un statut de neutralité, ce qui est « contre-productif » selon Engjellushe Morina. Là-dessus, les Etats Membres sont clairement pointés du doigt par Hansjörg Haber : « c’est aux Etats Membres de changer d’attitude ».

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