L’Irlande pardonne à ses « déserteurs ». Enfin…

Signe "EIRE" inscrit sur le sol Irlandais dans le Donegal afin d'informer les bombardiers de la neutralité de l'Irlande (source: wikipédia)

(BRUXELLES2) Il a fallu presque 70 ans après la fin de la seconde guerre mondiale pour que l’Irlande accorde officiellement son pardon aux « déserteurs ». Le gouvernement irlandais a en effet annoncé hier (mardi 12 juin), sa décision d’absoudre ses soldiersqui avaient quitté l’armée irlandaise pour rejoindre l’armée britannique et combattre, aux cotés des alliés, des déserts africains jusqu’à la jungle de Birmanie en passant par les plages de Normandie.

« Au nom de l’Etat, le gouvernement s’excuse de la manière dont ces membres des Forces de la Défense qui sont partis pour combattre aux côtés des Alliés durant la Seconde Guerre Mondiale, de 1939 à 1945, ont été traités après la Guerre par l’Etat » a ainsi affirmé le Ministre de la Défense, de la Justice et de l’Egalité irlandais, Alan Shetter, s’exprimant devant le parlement.

A l’époque, l’Irlande était neutre dans ce conflit mais quelques 5000 soldats avaient décidé de « déserter », non pas pour fuir le combat mais, au contraire, pour le continuer, aux côtés des britanniques et des autres alliés. A la fin de la guerre, en revenant chez eux, ils ont eu la mauvaise surprise d’avoir été déclarés « traîtres » et « déserteurs ». Pire, ils se sont vus inscrits sur une sorte de liste noire officielle, leur interdisant toute embauche dans les services publics, ainsi que tout accès, pour eux et leurs familles, aux services sociaux (chômage, retraite, pensions en cas de mort de leur compagne, etc) et ce, pendant sept ans. Mais outre les aspects matériels, c’est la stigmatisation comme traîtres à leur patrie qui a été une longue humiliation pour ces soldats, qui ailleurs, auraient sûrement été considérés comme des héros.

L’Irlande, en effet, avait décidé de rester neutre, affirmant que c’était là le seul moyen de garantir la pérennité de l’indépendance vis-à-vis du voisin britannique. Ayant encore en tête le souvenir de la Guerre Civile et la répression brutale et « vicieuse » menée par Londres, le gouvernement irlandais voyait d’un très mauvais œil une quelconque alliance avec l’ancien colon. Ce qui permet de « comprendre » la position du gouvernement irlandais pendant longtemps (mais bien sûr, est-il besoin de le rappeler, « comprendre n’est pas justifier »). Si ce pardon ne change pas l’Histoire, il permet aux vétérans et à leurs familles, qui ont mené campagne pour ce pardon, de rétablir une forme de justice en faisant reconnaître officiellement le rôle joué par ces soldats durant la guerre. Et de passer à autre chose. Aujourd’hui il ne reste plus qu’une centaine de ces vétérans.

Pour lire ou écouter un témoignage, ici. La déclaration du gouvernement, c’est la.