Leçons de Bosnie. Innover dans les missions de gestion de crises de l’UE ?

Une autre manière de faire des missions PeSDC est-il possible ? (fontaine à Sarajevo © NGV)

(BRUXELLES2, réflexion) La fin de la mission de police en Bosnie-Herzégovine (MPUE/EUPM) amène son lot de réflexions sur la mécanique de planification et de conduite des missions civiles de crise et plus généralement sur l’orientation de la politique européenne de défense. Avec une question question essentielle : le dispositif existant est-il adapté à la nouvelle donne à la fois au niveau stratégique et du contexte institutionnel (traité de Lisbonne) ?

Nous savons qu’une réflexion est en cours sur ce point au sein du service diplomatique, menée par le général Janvier (ancien chef-adjoint de l’opération d’observateurs en Géorgie), visant notamment à permettre une adoption et une adaptation plus souple des instruments de planification (Conops, OpPlan…). Je ne veux pas intervenir dans ce débat ici. D’autant que le dispositif actuel permet certaines adaptations « ad hoc » pour peu qu’il y ait une certaine volonté politique. Le processus de déclenchement mission en Géorgie l’a démontré hier (2008) – avec un délai raccourci à 6 semaines « tous compris » (:-). Le processus de planification de la mission Eucap Niger le montre aujourd’hui, avec la mise en place d’un ConopsPlus (lire : L’innovation planificatrice : le ConopsPlus)…

Ce qui m’intéresse ici est davantage l’orientation ou plutôt la palette d’instruments à disposition de l’Europe de la défense, avec une idée : ce qui sert aujourd’hui d’ « exit strategy » (de stratégie de sortie) pour la mission MPUE/EUPM en Bosnie – faire passer certaines fonctions de la mission européenne de défense à une équipe renforcée auprès du représentant spécial – ne pourrait-il pas servir de « entry strategy » (strategie d’entrée) ?

La nouvelle architecture de la politique étrangère européenne permet d’innover

Entre le déploiement d’une mission PeSDC pleine et entière et l’envoi de quelques experts par la Commission européenne ou le service diplomatique européen, détachés des services (cas du SEAE) ou contractualisés pour certains besoins (cas de la Commission européenne), il y a en effet aujourd’hui pour une voie intermédiaire. Les instruments à disposition de la Haute représentante aujourd’hui ne sont pas tout à fait les mêmes qu’il y a cinq ou dix ans. Puisque du terrain – des délégations – à la planification opérationnelle – CMPD et CPCC – et aux experts politiques, dépendent d’une même hiérarchie. La nouvelle architecture de la politique extérieure européenne permet donc beaucoup plus qu’hier. Et il est permis d’innover.

Une équipe en forme de « mini-mission » PeSDC

On pourrait avoir ainsi une équipe, organisée et structurée comme une mini-mission PeSDC, qui viendrait en renfort/complément d’une délégation de l’Union européenne. Ce « team » (soyons modernes :-)) pourrait être préconstitué en fonction de certains sujets – DDR, police, douanes… – ou composée ad hoc. Dans tous les cas, il devrait être déployable rapidement en renfort d’une ambassade de l’UE (délégation) ou d’un représentant spécial, sur laquelle elle se grefferait et serait rattachée hiérarchiquement. Le « team » serait localisé au sein de la délégation ou à proximité, ou au contraire dans une sorte de délégation provisoire. Sa durée de déploiement pourrait être courte (3 mois) ou plus longue (1, 2, 3 ans). Il pourrait évoluer rapidement par l’adjonction d’un autre team, plus spécialisé, permettant ainsi de compléter ou réorienter son action.

Allier la force d’une mission PESDC à l’expertise de la délégation

Cette structure pourrait servir d’équipe de préparation à une mission PeSDC plus large ou à un renfort plus structurel de la délégation. On me dira que ceci est déjà fait avec les Crisis Response Team. Je pense que ce n’est pas suffisant. On reste à mi-chemin. Ce n’est pas suffisant pour former une « équipe » capable d’agir de façon autonome. Il faut un concept, une structure, une préparation et surtout un effet d’entraînement, de démonstration sur le terrain.

Dans l’idée, il s’agit d’additionner la force d’une mission PeSDC – un chef légitime, reconnu qui a une autorité certaine sur ses « troupes », une capacité d’entraînement, et aussi une certaine légitimité vis-à-vis de l’extérieur, une autonomie d’action, une relation directe au commandement des opérations à Bruxelles, capable d’agir dans un contexte sécuritaire troublé… – à des compétences d’expertise en matière de sécurité (police, armée, sécurité civile…) qui ne sont pas nécessairement le propre du personnel d’une délégation, plus tournée vers les affaires politiques, économiques ou de développement.

Le tout accompagné d’un financement communautaire – comme les missions civiles. Mais de manière moins couteuse. Ce qui éviterait ainsi certains débats qui ralentissent l’envoi d’une mission européenne de défense. En fait, on n’est pas très éloigné du concept de « battlegroup » mais civilisé et en évitant les écueils et ralentisseurs qui grèvent ce concept… Et cela permettrait un moyen terme entre « ne rien faire » ou vouloir « tout faire ».