L’Iran privé de débouché européen pour son pétrole

(BRUXELLES2) Dans quelques heures, le 1er juillet à 0h00, plus une goutte de pétrole iranien ne devra entrer dans l’Union européenne. C’est la conséquence d’une mesure prise en janvier par l’Union européenne pour sanctionner le régime iranien pour la poursuite de son programme nucléaire pas tout à fait civil…

Une mesure unique

Une mesure pour le moins peu courante qui n’a pas été prise sans douleur. Les temps ne sont guère propices à se priver de ressources énergétiques à bon marché. « L’Europe n’a jamais pris de telles mesures dans de telles conditions. En décembre, on aurait pu dire que c’était mission impossible » souligne en effet un expert du dossier. D’autant qu’elle s’accompagne de mesures complémentaires, frappant le transport du pétrole, le crédit et l’assurance.

Il a donc fallu donner un délai aux différents pays européens qui ont l’Iran comme fournisseur : la Grèce essentiellement, l’Espagne ou l’Italie également. Des pays qui ont plutôt quelques soucis de trésorerie en ce moment ; la fin du pétrole iranien, acheté à crédit, tombait on ne peut plus mal. Mais les ministres des Affaires étrangères, le 25 juin dernier à Luxembourg, n’ont pas voulu revoir cette décision prise en janvier dernier. Pour prolonger la dérogation, il aurait d’ailleurs fallu l’unanimité (c’est d’ailleurs l’aspect “intéressant” de cette décision : avoir acté en janvier un embargo, avec une dérogation laissée jusqu’à fin juin, sans prévoir de prolongation automatique).

Frapper l’Iran au portefeuille

L’UE – comme les USA – sont, en effet, bien décidés à toucher l’Iran là où çà fait mal : au portefeuille ! Comme l’explique un officiel européen, le pétrole représente 80% des recettes extérieures de l’Iran et 50% de son budget. Et, environ 20% du pétrole exporté l’est à destination de l’Union européenne (*). « L’effet n’est pas négligeable. » Il ne se manifestera pas tout de suite à plein , selon lui. « On peut s’attendre à un plein effet de cette mesure plutôt à la fin du second semestre 2012 ». Mais « On le voit déjà dans les chiffres, bien sûr, pas officiels. Il y a une diminution (des exportations de pétrole), selon les chiffres officieux. »

Compensation difficile pour l’Iran dans un contexte de crise

Les risques pervers de cette mesure semblent limités, selon lui.  « L’Iran ne pourra pas compenser. Ce n’est pas toujours facile pour ces États de substituer l’UE aux autres. » Le danger était, en effet, de voir le régime trouver d’autres clients sur le marché ou profiter d’une hausse du pétrole et compenser par la hausse du prix la baisse de la quantité. Ce double risque est pour l’instant contourné. « Il n’y a pas d’augmentation du prix ».

D’une part, la crise économique rend plutôt les cours de pétrole bas, la demande ayant tari l’effet inflationniste. Un léger rebond vient d’avoir lieu aujourd’hui en fin de sommet européen. Mais on ne peut se hasarder à faire des conjonctures pour l’avenir. Et, plusieurs pays pétroliers, du Golfe, notamment ont promis de compenser la diminution du brut iranien, pour éviter un emballement des prix. Ce qui a permis aujourd’hui de limiter le cours du pétrole.

Un embargo suivi d’autres mesures

D’autre part, plusieurs pays ont déjà suivi ou s’apprêtent à suivre l’Union européenne. La voie généralement trouvée n’est pas l’embargo total – seule l’Europe l’a imposé. « L’interdiction totale est une exclusivité européenne ». Le Japon et la Corée du Sud notamment (10% chacun des importations du brut iranien), l’Inde également se sont engagés à baisser leurs importations. Une décision qui ne s’est pas toujours prise de façon tout à fait spontanée. Elle suit un engagement américain d’accorder des dérogations aux pays commerçant avec l’Iran qui acceptent de baisser leurs importations de pétrole.

Enfin, l’Europe a rajouté une louche dans son embargo européen en prenant deux mesures complémentaires : l’interdiction de l’assurance et le transport de produits pétroliers iraniens. Ce qui touche de façon indirecte les exportations iraniennes vers d’autres pays ; il rend ainsi plus risqué les achats de pétrole iranien (ailleurs que sur le spot market). Et, là, c’est encore moins facile pour trouver des “assureurs” ou “financeurs” prêts à prendre le relais. « Une lettre de crédit nécessite d’être émise par une banque ayant une excellente note » par les agences de notation. De plus en plus rare, en ce moment…

D’autres sanctions : pas tout de suite

Quant à prédire d’autres sanctions contre l’Iran, notre interlocuteur se montrer prudent « Beaucoup de ce qui pouvait être fait a été fait. Car le pétrole est la principale source (d’argent) du régime. » « Des mesures additionnelles peuvent être prises, mais ce ne sera pas facile. (…) Une mesure (d’embargo, de sanction)s doit viser le régime et, dans le même temps limiter, l’effet pour la population. » « Il ne s’agit pas simplement de prendre les principaux secteurs de l’économie iranienne et de viser les principaux, il faut mesurer l’effet exact sur le régime et sur la population. »

(*) L’Union européenne est le second client du pétrole iranien (18%) après la Chine (22%), devant le Japon (14%), l’Inde (13%), la Corée du sud (10%) et la Turquie (7%)

Lire aussi :

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La Jordanie prend le lead de l’UPM

(B2) La Jordanie prend la co-présidence “Sud” de l’Union pour la Méditerranée (UPM) en remplacement de l’Egypte. C’est l’Union européenne qui assure la coprésidence “nord” de l’UPM. Une réunion de travail devrait avoir lieu au niveau des hauts fonctionnaires, fin septembre à Bruxelles avec les 43 pays d’Europe et de Méditerranée qui composent l’UPM.

Une usine à projets

Les réunions au niveau ministériel ne devraient pas démarrer avant l’année prochaine. Il y a un « important travail technique » à assumer pour mettre au point les différents projets. L’UPM est, en effet, à la fois une instance de dialogue politique mais aussi une machine à approuver les projets (usine de dessalinisation d’eau à Gaza, université euro-méditerranéenne à Fès,…). Les différents projets en matière d’énergie ne devraient pas ainsi être prêts avant septembre 2013, selon nos informations.

Où les questions politiques se téléscopent

Ce délai tombe bien également … au plan politique. La Turquie – qui fait partie de l’UPM – refusera toute réunion présidée par un ministre chypriote. Le principe de présidence de l’Union européenne est, en effet, à géométrie variable selon les dossiers. Si la question ressort d’une compétence “exclusive” de l’UE, c’est son représentant qui préside : le commissaire De Gucht pour le Commerce par exemple, ou un membre de la DG Trade ; la Haute représentante de l’UE ou un membre du service diplomatique européen (SEAE), s’il s’agit d’une question de politique étrangère européenne, Etc. Mais s’il s’agit d’une compétence partagée, entre l’UE et les Etats membres, c’est un membre de la présidence tournante et un membre de la Commission qui préside. Par exemple en matière de transports.

Palestine présente en titre, Syrie aux abonnés absents

Il est intéressant de mentionner que l’UPM est une des seules organisations (avec l’Unesco), où la Palestine est représentée en tant que telle, avec voix au chapitre, sur tous les projets comme tous les autres Etats présents autour de la table (Israël notamment). On peut noter également que la Syrie fait partie intégrante de l’UPM. Mais le gouvernement de Bachar a choisi récemment de ne plus siéger et de jouer la politique de la “chaise vide”. Ce qui, accessoirement, a évité un débat sur l’exclusion de sa présence dans cette enceinte.

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Transferts d’armes : 8 Etats en retard de transposition de la directive de 2009

(BRUXELLES2) 30 juin 2012, c’est la date d’entrée en vigueur fixée pour la plupart des dispositions de la directive sur les transferts de produits liés à la défense à l’intérieur de l’Union datant du du 6 mai 2009 (2009/43/CE). Alors que chaque Etat était censé avoir transposé ce texte dans sa législation il y a un an (le 30 juin 2011), huit pays sont toujours en retard et ont fait l’objet d’un avis motivé de l’exécutif européen : Belgique, Danemark, Finlande, Italie, Luxembourg, Pologne, Roumanie et Royaume-Uni.

Ouverture trop lente du marché

« Les marchés s’ouvrent trop lentement » estime la Commission européenne aujourd’hui. Les chaînes de productions sont encore trop souvent entièrement nationales, « empêchant des produits d’autres Etats Membres de faire partie de l’assemblage final ». Cela provoque des duplications dans les programmes de défense européens et pose des risques sur l’approvisionnement. Or, « des budgets défense réduits et une augmentation des coûts de développement rendent simplement trop coûteux pour n’importe quel Etat européen à lui tout seul de maintenir une base industrielle de défense nationale qui soit complète » explique le commissaire à l’Industrie, Antonio Tajani.

Un registre commun des entreprises européennes de la défense

La directive établit notamment un système européen de licence pour le transfert des produits liés à la défense. Avant, chaque Etat disposait de sa propre certification et une entreprise souhaitant exporter ses produits devait payer le prix d’au moins deux licences (plus si le transfert concernait plusieurs pays). Le surcoût est estimé à 400 millions d’euros en 2010 selon la Commission (pour un total de 21000 licences délivrées par les Etats Membres). En complément de ce dispositif de licences, la Commission a ouvert aujourd’hui un registre des entreprises de la défense européennes (Register of Certified Defence Recipients, CERTIDER, disponible ici mais pas rempli), centralisant les listes des Etats-Membres.

NB : Quelques chiffres. Le secteur européen de la défense emploie en Europe environ 400.000 personnes avec un chiffre d’affaires de 90 milliards € en 2010. Les transferts intra-européens de produits de défense s’élèvent à 9 milliards € pour lesquels les États membres ont délivré 21,533 licences.

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Face aux menaces de la cybersécurité, une stratégie européenne ?

(BRUXELLES2) Les attaques menées contre des structures étatiques (Estonie en 2007, Georgie en 2008, France fin 2010, etc.) ont fait prendre conscience aux responsables européens de ce qui était jusqu’ici l’apanage des spécialistes de la sécurité. Plusieurs Etats-Membres ont ainsi adopté ces dernières années des stratégies nationales spécifiques dans ce domaine (Royaume-Uni en juin 2009, France en février 2011, Luxembourg en juillet 2011, Allemagne en février 2012…). Le séminaire organisé par l’IHEDN, l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (français), jeudi (28 juin) à Bruxelles, a eu le mérite de faire le point sur ce sujet, insistant sur la nécessité d’adopter une « cyberstratégie européenne ».

« Internet ne connaît pas les frontières »…

C’est une phrase que presque chaque intervenant (et ils étaient nombreux!) a répété aujourd’hui. Qu’ils représentent le secteur privé, les Etats-Membres ou l’UE, tous sont d’accord pour dire qu’une approche européenne est indispensable. Si la cybersécurité reste une compétence des Etats-Membres « et le restera probablement », il n’y a « pas de contradiction » avec une coopération au niveau européen, comme l’explique Martin Fleischer, coordinateur des affaires « cyber » au ministère des Affaires étrangères allemand. Les cyberattaques peuvent être menées de n’importe où : « on doit pouvoir être en contact avec tous les pays à tout moment » dit Patrick Pailloux, directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi). Outre la coopération internationale, il faut aussi bien sûr agir de concert avec le secteur privé puisque c’est lui qui dispose des infrastructures. « Nous devons soutenir le secteur privé » affirme Heli Tirmaa-Klaar, experte au service diplomatique européen (SEAE).

Les Etats-Membres sont donc bien conscients qu’agir seulement au niveau national n’est pas efficace. Mais il y a un problème : tous les Etats n’ont pas les mêmes capacités pour lutter contre ces menaces, comme le rappelle un expert de la Commission Européenne. Certains Etats, comme les pays scandinaves ou le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, en ont fait une priorité stratégique et se sont équipées des capacités nécessaires. D’autres, plus à l’Est et au Sud, ne disposent pas de ces moyens.

Attention toutefois à la tentation purement répressive et législative

La réaction doit être « proportionnelle », selon Sarah Lampert, coordinatrice adjointe aux affaires « cyber » du ministère des affaires étrangères britannique. Il faut veiller à ce que les droits de l’homme, notamment en termes de respect de la vie privée, soient respectés. « Notre réponse doit être créative » dit-elle. En fait, elle préconise de mettre en place des « mesures de confiance » et de travailler dans le domaine de l’éducation (former le personnel des institutions mais aussi sensibiliser le public) plutôt que de légiférer. Ainsi, un système similaire au contrôle des armements ne serait pas efficace dans le domaine de la cybersécurité. « C’est facile de compter des tanks, mais qu’en est-il des programmes, des copies de programmes ? » C’est plus difficile, d’autant qu’il y a la question du double usage de ces programmes, explique Martin Fleischer.

Les militaires concernés…

« Nous faisons partie du jeu » dit le général Pascal Roux de l’Etat-major de l’UE (EMUE). Ce qu’on appelle alors la « cyberdéfense » a été inscrite dans la version révisée de 2008 de la Stratégie Européenne de Sécurité. L’EMUE est là pour « fournir de l’expertise ». En ce qui concerne la cybersécurité, cela implique deux choses plus particulièrement. Tout d’abord, il faut adapter les capacités requises de l’UE. Un « catalogue » est en train d’être réalisé suite à une décision de novembre dernier, en coopération avec l’Agence Européenne de la Défense (AED). Il devrait être finalisé « dans semaines à venir ». Puis, sur le plan « conceptuel » : il faut former et s’entraîner. S’il est encore trop tôt pour inclure la cyberdéfense au prochain exercice de gestion de crise (impliquant toute la chaîne de commandement, qui aura lieu en octobre), ce sera « clairement » le cas pour celui d’après.

L’Agence européenne européenne de défense

Un défi à relever consiste à améliorer la coordination entre les différents services concernés, que ce soit au niveau national ou européen. Là-dessus, « nous ne sommes pas très bien préparés » constate Denis Trioulaire, directeur « capacités » à l’Agence européenne de la Défense (EDA). Une autre difficulté spécifique pour ce type de menace est la nécessité d’être rapide dans la réaction : il faut avoir des moyens et des plans adaptés, disponibles en commun et prêt à tout moment. Il y a là un « paradoxe » explique Denis Trioulaire : il faut du temps pour déterminer l’origine de la menace, alors que justement il n’y en a pas dans ce type de situation. L’EDA se voit tout de même un rôle considérable à jouer, comme « hub » entre les 26 Etats Membres qui en font partie. C’est même sa « raison d’être » que de « garantir l’interopérabilité ».

Question un poil provocatrice dans l’audience, mais tout à fait pertinente : pourquoi un Etat qui serait face à une crise majeure de cybersécurité se tournerait-il vers l’UE alors que l’OTAN est déjà bien avancée dans ce domaine ? Parce que la réponse de l’UE fait partie d’une approche globale, « c’est ça qui fait la différence », répond le général Pascal Roux. Mais « probablement, les deux [structures] prendront des mesures ».

Et la Commission Européenne, également

On y concocte par exemple une nouvelle législation, qui reposera sur trois piliers principaux, comme l’explique Giuseppe Abbamonte de la DG Société de l’Information. Tout d’abord, « faire en sorte que tout le monde dispose des capacités adaptées » en établissant une sorte de niveau minimum européen. Les Etats Membres devraient alors par exemple développer des stratégies nationales de cybersécurité, avec des exercices réguliers. Un deuxième pan de cette législation devra rendre la coopération européenne plus systématique. En effet, elle est encore trop « spontanée [et] dépendante de la bonne volonté des Etats ». Or, « tout le monde ne fait pas partie de ce club ». Enfin, il s’agit d’élargir les règles s’appliquant à certains types d’acteurs du secteur privé : là où, aujourd’hui, seules les télécommunications doivent notifier aux autorités toute atteinte à la sécurité, la nouvelle législation impliquera que les autres fournisseurs de services (comme Skype, Amazon ou encore les boîtes mails) devront ces mêmes règles.

Outre cette nouvelle législation, il y a les différents programmes de recherche financés par la Commission. Et, comme annoncé sur ce site, la création d’un centre européen de lutte contre la cybercriminalité, l’EC3, qui viendra compléter l’action européenne déjà en place (par exemple au sein de l’Agence Européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information, ENISA).

Lire aussi : Vers un centre européen de lutte contre la cybercriminalité

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“Revitalisons la politique de défense commune” disent Dix ministres

(BRUXELLES2) Oubliés dans l’architecture du Traité de Lisbonne, les ministres des Affaires étrangères se sont trouvés un nouveau rôle au niveau européen : servir de boites à idée. Ainsi sous la houlette de Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, ils phosphorent sur le « futur de l’Europe ». Feuille de route de la dizaine de ministres : « tirer les leçons de la crise actuelle de la dette et voir comment l’Union européenne peut être plus efficace et  plus démocratique ».

Le compte-rendu de ces discussions est prévu pour septembre. Mais un rapport “intermédiaire” de 8 pages donne déjà, en guise de première réflexion, des premières pistes sur la gouvernance économique, l’efficacité démocratique et… la politique extérieure. Et quelles pistes ! Au menu, regroupement une seule tête pour le président du Conseil et le président de la Commission, mise en place d’une chambre des Etats (avec le Parlement européen et les parlements nationaux), … et au niveau de la politique étrangère et de défense (ce qui nous intéresse particulièrement), majorité qualifiée, revitalisation, regroupement, mise en commun voire… armée européenne !

Une réflexion “germanique”

Cette réflexion n’est pas entièrement nouvelle. De nombreuses personnalités ont réfléchi sur l’avenir de l’Europe à plusieurs reprises. Si le travail reste encore très théorique, avec de grandes idées. Mais cette fois, plutôt que d’envisager un nouveau cadre législatif, les ministres ont souhaité « concentrer leurs propositions dans le cadre des traités existants ». La troisième réunion du genre, à Berlin le 19 juin, a réuni environ une dizaine de ministres du centre (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne) et du sud de l’Europe (Italie, Portugal et Espagne).

La France a participé à ces travaux par le truchement de son ambassadeur. Le ministre était “retenu par d’autres obligations” m’a assuré un diplomate tricolore. Aux premières réunions, aussi, la France n’était pas représentée au rang ministériel. Il faut avouer que cette réflexion sur l’Union politique n’est pas vraiment encore ressentie comme une priorité par Paris : par l’équipe Sarkozy car ce n’était pas son logiciel de pensée, par l’équipe Hollande car elle arrive et est aussi prise en un débat délicat issu du référendum sur la Constitution entre ‘nonistes’ et ‘ouiistes’ que le Président ne souhaite pas vraiment rouvrir. Les plaies ne sont pas encore refermées. Et l’ancien secrétaire général du parti sait combien ce débat a coûté en divisions et en temps perdu. Sur les questions de politique étrangère, la France ne devrait cependant pas ressentir de difficultés à acquiescer (presque) à la plupart des points évoqués, puisqu’ils rencontrent nombre des préoccupations des “Weimar” (les cinq pays signataires de la “lettre de Weimar”).

Etre plus ambitieux sur la politique de défense

Les “Dix” veulent ainsi une « Europe plus engagée dans le monde » (le terme allemand “Globaler Spieler Europa” frappe plus fort). Certaines questions comme l’aide au développement, le contrôle des migrations, les négociations sur le climat, la sécurité énergétique et la politique commerciale doivent être reliées à la PESC et la PSDC. Le service diplomatique européen doit « continuer d’être renforcé », la prochaine étape étant la révision de la décision fondant ce service en 2013. « Pour faire des progrès, nous devons dès maintenant faire les bons choix » précisent-ils cependant. Nous devons également chercher à avoir des « sièges communs » dans les organisations internationales. Nous devons poursuivre le chemin pour pouvoir « parler toujours plus fort à l’extérieur avec une voix ». Les 10 envisagent de prendre davantage de décisions dans le domaine de la PESC à la « majorité qualifiée ». Une petite révolution…

Vers une armée européenne

Les “Dix” affirment surtout la nécessité d’une « revitalisation de la sécurité et de défense commune ». La « plupart » des ministres affichent ainsi des « objectifs ambitieux » en matière de politique de défense. Cela passe par « renforcer la planification civile et militaire et les capacités de conduite de l’Agence européenne de défense, avec davantage de partage et d’exploitation en commun des capacités ». Nous devons passer en revue – ajoutent-ils – ces « possibilités de mutualisation et partage des capacités ». Dans le long terme, nous devrions viser une « politique de défense européenne avec une articulation des efforts de l’industrie de l’armement »,  ce qui pourrait également inclure  pour « certains » États membres « une armée européenne ».

télécharger le rapport dans les Docs de B2

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Europe prend garde ! Le “crunch” de la crise est là. La Chine veille, les “autres” aussi…

Europe prend garde ! Le “crunch” de la crise est là. La Chine veille, les “autres” aussi…

le terminal container du Pirée racheté par le Chinois Cosco (crédit : Tractebel)(BRUXELLES2, opinion) La crise était jusqu’ici essentiellement financière ou de la dette, elle devient aujourd’hui politique et risque demain d’être stratégique. L’Europe est aujourd’hui au milieu du gué, à un point de cristallisation. Nous sommes au “crunch” de la crise. L’Europe a donc un choix assez simple mais crucial : soit continuer à gérer au jour le jour, s’enfoncer dans une crise qui va devenir à la fois plus dure économiquement, socialement et plus bloquée politiquement ; soit essayer de trouver des solutions qui changent la donne, renversent la table, sortent du contexte où chacun bloque chacun. Soit s’appauvrir, soit réagir. Et pour réagir, il y a quelques questions à résoudre auparavant qui ne sont pas techniques mais bel et bien politiques.

Stabilité politique et démocratique

La politique suivie jusqu’alors avec baisse des salaires à la clé paraît non seulement une erreur économique mais présente un danger politique et social bien réel. Développer de grands plans, prospectifs, qui pourront avoir, au mieux, un effet dans quelques années, c’est sans doute “sympathique” mais à peu près aussi inutile que de demander au polytraumatisé en insuffisance respiratoire s’il préfère une chambre à un ou deux lits ou des béquilles bleues ou roses pour sa rééducation. Il faut pouvoir donner un souffle d’air immédiatement, pour éviter que le trimestre en cours et les deux suivants ne conduisent à une économie anémiée, éviter la contamination de l’austérité et de la récession. Faute de quoi, la soupape va sauter. Et l’énergie du désespoir gagner d’autres pays. La situation “à la grecque” peut se répéter dans les urnes dans plusieurs pays, pas automatiquement “désespérés” économiquement (les Pays-Bas par exemple… Certains autres pays peuvent être tentés par une virée nationaliste (Slovaquie, Hongrie, Roumanie…). Avoir un pays en instabilité politique, c’est gérable… en avoir une demi-douzaine devient beaucoup plus dangereux. Pour imposer certaines réformes, dures à avaler, il faut proclamer un quasi “état d’urgence”. L’Europe est-elle prêt à l’accepter ?

En renforçant ce qu’on appelle la gouvernance, en établissant et vérifiant des règles communes en matière de budget national, il faut établir alors une contrepartie démocratique. Le transfert de compétences doit s’accompagner d’un transfert démocratique. Est-ce par la voie de l’élection au suffrage universel du président de la Commission européenne comme le souhaite la CDU allemande ? Est-ce par l’établissement d’une commission ou d’une Chambre “zone euro” au sein du Parlement européen ? … Quelle que soit la solution, il faut un réel contrôle démocratique. La proposition du papier Van Rompuy – Barroso déposée sur la table du Conseil européen demain (jeudi 28 juin) ne suffit pas ! On ne peut pas juste “consulter” ou “informer”, il faut donner aux représentants du peuple, le pouvoir d’être éclairé, d’évaluer, de débattre et finalement de décider. Ce ne sera pas facile ni évident d’assurer cette transition démocratique… nécessaire qui suppose, plus ou moins, la révision des Traités existants.

Contrôle et responsabilité

L’Europe ne peut non plus continuer s’abstraire de toute responsabilité que ce soit dans le “circus politique” en Grèce ou dans la crise actuelle. Elle ne peut pas imposer des réformes, douloureuses sans doute, nécessaires peut-être, sans en assumer de façon corollaire une légitime part de responsabilité. C’est la Commission européenne qui cogère en effet une partie des réformes, dans toute sa séquence, en mettant en place un plan de réformes d’une part, en ayant en place une équipe de hauts fonctionnaires chargés dans tous les ministères de suivre les réformes d’autre part. Comme hier, c’est la Commission européenne qui avait aussi pour fonction la surveillance des déficits. Jusqu’à aujourd’hui, aucune sanction (d’ordre politique) n’est intervenue après cette faillite de la surveillance. A la différence des autres Etats membres, où le lien de responsabilité européenne est relativement tenu, à Athènes, il existe un lien direct.

Dans un régime “normal”, de gouvernement issu des urnes, le gouvernement démissionnerait ou remettrait au moins une question de confiance à ses électeurs. Le système européen n’a pas prévu cette hypothèse (mais ne l’a pas interdite non plus). Et la Commission ne semble pas vouloir prendre le chemin de cette prise de responsabilité. Faute de cette “soupape” de sécurité, il faut trouver d’autres solutions, proposer une porte de sortie. Il est aussi nécessaire sans doute d’opérer un changement politique, pour donner, très vite quelques sursauts nécessaires à l’économie, être gagner quelques demi-points de croissance.

Vision stratégique

Prenons garde aussi à ce que de “politique”, la crise ne devienne stratégique. L’Europe risque son avenir, sa place dans le monde. Si elle ne se relève pas rapidement, de façon dynamique… et seule, elle va se retrouver dans la situation économique de l’après 1945 à devoir quémander une aide internationale aux uns et aux autres pour se redresser. Du coup, elle devra aliéner une partie de son autonomie économique non seulement sur le court mais aussi sur le moyen ou long terme. On peut se dire que c’est la logique de la mondialisation… On peut aussi estimer que l’Europe a les moyens, intellectuels comme financiers, de s’en sortir toute seule.

Est-ce que l’avenir de la Grèce doit passer par une aide de la Chine, du Qatar ou du Brésil ? Une Chine présente qui observe et rachète quand elle peut, au gré d’une privatisation ou d’un retrait d’un actionnaire clé, là un chantier naval, là une industrie…  Est-ce le destin de Chypre de faire la tournée des pays environnants et plus lointains (Russie, Chine…) pour quémander une aide qui ne sera pas liée, à laquelle elle ne sera pas tenue de s’aliéner économiquement et politiquement ? Et l’Espagne, demain, ne sera-t-elle pas tentée de suivre une voie similaire, auprès de pays d’Amérique latine, par exemple ? Plusieurs pays d’Europe se retrouvent ainsi dans la même mécanique que des pays du tiers monde, préférant l’aide de pays moins exigeants, moins regardants sur les conditions. Dans l’absolu, ce n’est pas gênant. Nous sommes dans un cadre mondial. Mais l’Europe aliène ainsi les moyens de son indépendance quand il s’agit d’actifs stratégiques.Nous sommes en situation aujourd’hui d’urgence. Il importe de trouver des solutions d’urgence, et non des rustines à “deux balles” ressorties des tiroirs d’avant un temps qui semble si lointain, où l’Europe n’avait, globalement, que peu de problèmes…

Lire aussi : Le monde change vite, l’Europe risque de perdre de l’influence, avertit le Mae danois

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