Le retrait français d’Afghanistan en quelques questions et explications

(crédit : ministère français de la Défense / DICOD)

(BRUXELLES2) Alors que le nouveau président français, François Hollande (*), effectue une visite surprise en Afghanistan, avec ses ministres des Affaires étrangères et de la défense, on peut reprendre et résumer le retrait français en quelques questions et explications.

Qui part et quand ?

Devraient surtout partir avant fin 2012 les unités combattantes de Kapisa (province entrant en transition sous responsabilité afghane) et celles qui restent encore en Surobi (très peu, la transition étant déjà effective). Resteront ainsi sur place : les formateurs pour les forces de police et les cadres de l’armée afghane (dans le cadre de l’ISAF) ; les unités logistiques chargés du démontage et transport du matériel (qui se déroulera en 2013) ; les unités de protection ;  et sans doute également l’hôpital à Kaboul et quelques hélicoptères. Soit plus d’un millier d’hommes selon les premières estimations. Côté officiel français, on estime les « forces combattantes à un peu près 2000 hommes environ ». NB : Selon le dernier décompte de l’OTAN, publié le 15 mai, il y a un peu moins de 3300 Français au sein de l’ISAF (3279 exactement). A cela il faut ajouter, les militaires travaillant hors ISAF. Sur la complexité d’évaluer les effectifs en Afghanistan, on peut se référer à un article récent de mon collègue JM Tanguy (LeMamouth).

Qui prendra le relais ?

Les Français seront normalement relayés par des Afghans mais pas automatiquement. Si ce n’est pas possible, d’autres nations pourraient prendre le relais. En l’état des forces, ce ne pourront être que des Américains a priori (sauf si d’autres volontaires se présentent, ce qui serait étonnant).

Comment va se passer le retour du matériel ?

C’est encore en négociation. Et c’est un des points qui va sûrement occuper les Etats-majors dans les semaines à venir. Rail, route, air, route+rail, air+rail, air+mer… tous les moyens et toutes les combinaisons sont étudiés. Ce qui semble possible, c’est qu’une partie du matériel reste sur place, à l’instar de ce que pratiquent les autres nations (cf. Le calendrier du retrait polonais d’Afghanistan. Après 2014, l’inconnue ?). Il faudra aussi examiner de près comment ce matériel sera évalué et décompté dans l’aide financière versée par la France.

Quelle sera la contribution financière au renforcement de l’Afghanistan après 2014 ?

C’est encore une inconnue. Selon les informations qui circulent, les Etats-Unis ont demandé 200-250 millions $ aux Français. Une somme identique a été demandé au Royaume-Uni qui a répondu par une offre de moitié : 110 millions $ par an. Ce pourrait être un des facteurs de compensation du départ. Et un gage donné aux Américains que les Français veulent s’engager pour l’après 2014 en Afghanistan. Simplement, les Français pourraient aussi être tentés de donner cet argent en « bilatéral », ce qui aurait un poids supplémentaire vis-à-vis du pays.

De quand date la notion de retrait des forces combattantes ?

La notion de retrait des forces combattantes est apparue clairement au discours de mars de François Hollande à Paris sur la défense (Hollande : une position gaullienne sur la défense… et quelques fléchettes à Sarkozy). Pendant longtemps, le PS est resté plutôt silencieux sur le retrait des troupes d’Afghanistan, mis à part certaines voix qui s’exprimaient, souvent à titre personnel. Ce n’est qu’à l’été 2011 que les candidats aux primaires socialistes se prononcent officiellement : d’abord F. Hollande, en juillet, parlant « d’un retrait en 2012 et de plus un seul soldat français en mai 2013 » puis Martine Aubry en août. Les 60 propositions du PS pour la campagne reprennent une seule de ces dates : « il n’y aura plus de troupes françaises dans ce pays à la fin de l’année 2012« . Certains au PS – notamment le coordonnateur des questions de défense, J.Y. Le Drian – plaident alors pour une approche plus réaliste ; le retrait total avant 2012 « pas possible ». Apparaît ainsi, dans le discours prononcé en mars dans le XVe à Paris par le candidat Hollande la notion de « retrait avant 2012 des forces combattantes ».

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(*) que j’ai osé qualifié de Premier ministre dans une première version sans doute trop vite mise sur la toile. Egarement, qui j’espère, ne me vaudra pas le bagne 😉

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).