Le dispositif belge en Afghanistan. Retrait en bon ordre. Chèque de 12 millions d’euros, sous conditions

Visite des ministres Reynders et De Crem en Afghanistan début mai (crédit : armée belge)

(BRUXELLES2) Une partie des Belges déployés en Afghanistan rentrent bientôt. Un retrait tout à fait prévu et « coordonné » ainsi que l’a affirmé Pieter de Crem, le ministre de la Défense lors d’un point presse (où était présent B2) en marge du sommet de l’OTAN à Chicago. « Il n’y a pas de course vers la sortie ». 270 à 280 personnes (environ 240 militaires + 30 soutien et administratif) déployés sur l’aéroport de Kaboul (Kaia) rentreront ainsi cet automne – et non cet été comme envisagé un moment. Ils seront remplacés par des Portugais (Lire aussi : Les Belges retirent d’Afghanistan la moitié de leur effectif à l’été 2012). Quant au matériel « il en reste sur place, mais pas vraiment en nombre » a ajouté le ministre. Coût de ce retrait : 4 millions d’euros. Le reste des militaires déployés à Kandahar et Kunduz reste sur place, normalement jusqu’à fin 2014. Les avions F-16 qui assurent des missions pour l’OTAN seront ainsi opérationnels jusqu’à cette date. « L’accord de gouvernement est clair » a précisé P. de Crem ; « on maintient les avions jusqu’à 2014 ».

Après 2014 : formation mais pas de forces de protection …

En revanche, pour l’après 2014, rien n’est encore détaillé. « On aura une présence après 2014, sous forme de financement, de coopération, de police, mais cela reste à définir » a précisé Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères, à Chicago. « On va devoir axer notre activité surtout sur le développement et la consolidation de l’Etat. Nous pouvons aussi favoriser une intégration régionale. L’Europe a aussi une fonction d’exemple dans le domaine ».  Ce qui semble sûr, du moins aujourd’hui, c’est qu’il n’y aura plus de « missions de combat » après 2014. La Belgique pourrait ainsi « fournir des instructeurs pour la police, et pourquoi pour les militaires », a confié un officiel. Les forces de protection seront assurées « sans doute par les Américains qui garderont un support aérien important, avec les Britanniques. Mais la Belgique n’y participera pas. »

12 millions sur la table par an pour l’Afghanistan : sous conditions

Coté financier, il y a une certitude : la Belgique contribuera pour 12 millions d’euros par an à la consolidation de l’Afghanistan. Mais le gouvernement n’entend pas que cet argent aille à un puits sans fond. Il doit être destiné à certaines fonctions. Elio di Rupo, le Premier ministre belge l’a rappelé. « Nous avons la volonté que cet argent ait une destination précise ». La destination doit encore être détaillée. « C’est vrai je comprends que certains préféreraient un chèque en blanc et faire ce qu’ils veulent avec. (Mais) c’est encore nous qui décidons. Nous ne sommes pas d’ailleurs le seul pays à prendre ce genre d’attitude. Beaucoup de pays (souhaitent) que les montants affectés seront dédiés à des actions particulières. » Ce soutien financier est aussi conditionné à un certain processus gouvernemental. « La Belgique et plusieurs chefs d’État ont rappelé leur exigence à l’égard de l’Afghanistan. L’Afghanistan doit se prendre en main, rétablir l’État de droit et combattre les talibans (mais aussi) assurer la lutte contre opium et contre la corruption ». « Les autorités afghanes doivent également améliorer, avec l’aide des alliés, concrètement la vie des Afghans, avec des routes, des ponts, et du travail. Le gouvernement doit respecter la démocratie, les droits de l’Homme, l’égalité des femmes, l’éducation des enfants ».

Des forces de l’ISAF en autarcie

Cette certitude n’empêche pas les ministres d’exprimer un certain malaise. Didier Reynders qui était il y a peu en Afghanistan l’a exprimé publiquement, frappé par l’importance des mesures de sécurité autour des sites. « A voir le niveau de sécurité qui reste très élevé autour des troupes internationales, on ressent comme un malaise. Les murs et règles de sécurité n’ont jamais cessé de s’élever au fur et à mesure des années » explique-t-il. Ce n’est pas vraiment un signe d’amélioration de la situation, d’autant que ces sites militaires vivent en « autarcie (…) avec très peu de contacts avec le reste du pays ». « On sent aussi le manque de coopération et le peu de contacts avec la population afghane », les contingents étrangers restant ainsi calfeutrés dans leur caserne. « Tout le matériel est importé : le catering vient du Royaume-Uni, même le mobilier est importé » témoigne un responsable belge.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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