Daily Archives: 24 mai 2012

Le dispositif belge en Afghanistan. Retrait en bon ordre. Chèque de 12 millions d’euros, sous conditions

Visite des ministres Reynders et De Crem en Afghanistan début mai (crédit : armée belge)

(BRUXELLES2) Une partie des Belges déployés en Afghanistan rentrent bientôt. Un retrait tout à fait prévu et « coordonné » ainsi que l’a affirmé Pieter de Crem, le ministre de la Défense lors d’un point presse (où était présent B2) en marge du sommet de l’OTAN à Chicago. « Il n’y a pas de course vers la sortie ». 270 à 280 personnes (environ 240 militaires + 30 soutien et administratif) déployés sur l’aéroport de Kaboul (Kaia) rentreront ainsi cet automne – et non cet été comme envisagé un moment. Ils seront remplacés par des Portugais (Lire aussi : Les Belges retirent d’Afghanistan la moitié de leur effectif à l’été 2012). Quant au matériel « il en reste sur place, mais pas vraiment en nombre » a ajouté le ministre. Coût de ce retrait : 4 millions d’euros. Le reste des militaires déployés à Kandahar et Kunduz reste sur place, normalement jusqu’à fin 2014. Les avions F-16 qui assurent des missions pour l’OTAN seront ainsi opérationnels jusqu’à cette date. « L’accord de gouvernement est clair » a précisé P. de Crem ; « on maintient les avions jusqu’à 2014 ».

Après 2014 : formation mais pas de forces de protection …

En revanche, pour l’après 2014, rien n’est encore détaillé. « On aura une présence après 2014, sous forme de financement, de coopération, de police, mais cela reste à définir » a précisé Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères, à Chicago. « On va devoir axer notre activité surtout sur le développement et la consolidation de l’Etat. Nous pouvons aussi favoriser une intégration régionale. L’Europe a aussi une fonction d’exemple dans le domaine ».  Ce qui semble sûr, du moins aujourd’hui, c’est qu’il n’y aura plus de « missions de combat » après 2014. La Belgique pourrait ainsi « fournir des instructeurs pour la police, et pourquoi pour les militaires », a confié un officiel. Les forces de protection seront assurées « sans doute par les Américains qui garderont un support aérien important, avec les Britanniques. Mais la Belgique n’y participera pas. »

12 millions sur la table par an pour l’Afghanistan : sous conditions

Coté financier, il y a une certitude : la Belgique contribuera pour 12 millions d’euros par an à la consolidation de l’Afghanistan. Mais le gouvernement n’entend pas que cet argent aille à un puits sans fond. Il doit être destiné à certaines fonctions. Elio di Rupo, le Premier ministre belge l’a rappelé. « Nous avons la volonté que cet argent ait une destination précise ». La destination doit encore être détaillée. « C’est vrai je comprends que certains préféreraient un chèque en blanc et faire ce qu’ils veulent avec. (Mais) c’est encore nous qui décidons. Nous ne sommes pas d’ailleurs le seul pays à prendre ce genre d’attitude. Beaucoup de pays (souhaitent) que les montants affectés seront dédiés à des actions particulières. » Ce soutien financier est aussi conditionné à un certain processus gouvernemental. « La Belgique et plusieurs chefs d’État ont rappelé leur exigence à l’égard de l’Afghanistan. L’Afghanistan doit se prendre en main, rétablir l’État de droit et combattre les talibans (mais aussi) assurer la lutte contre opium et contre la corruption ». « Les autorités afghanes doivent également améliorer, avec l’aide des alliés, concrètement la vie des Afghans, avec des routes, des ponts, et du travail. Le gouvernement doit respecter la démocratie, les droits de l’Homme, l’égalité des femmes, l’éducation des enfants ».

Des forces de l’ISAF en autarcie

Cette certitude n’empêche pas les ministres d’exprimer un certain malaise. Didier Reynders qui était il y a peu en Afghanistan l’a exprimé publiquement, frappé par l’importance des mesures de sécurité autour des sites. « A voir le niveau de sécurité qui reste très élevé autour des troupes internationales, on ressent comme un malaise. Les murs et règles de sécurité n’ont jamais cessé de s’élever au fur et à mesure des années » explique-t-il. Ce n’est pas vraiment un signe d’amélioration de la situation, d’autant que ces sites militaires vivent en « autarcie (…) avec très peu de contacts avec le reste du pays ». « On sent aussi le manque de coopération et le peu de contacts avec la population afghane », les contingents étrangers restant ainsi calfeutrés dans leur caserne. « Tout le matériel est importé : le catering vient du Royaume-Uni, même le mobilier est importé » témoigne un responsable belge.

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François Hollande, un changement de style, plus européen

(BRUXELLES2) La première sortie de François Hollande au niveau européen, c’était aujourd’hui, lors de ce diner informel qui s’est tenu à Bruxelles. Commencé un peu avant 20h, il s’est prolongé fort tard dans la nuit. C’était assez attendu. Et ce n’est qu’à 1h30 que les vibreurs ont retenti sur nos portables pour annoncer la tenue d’une conférence de presse. Une conférence, totalement ouverte à la presse internationale ; « Vous êtes les bienvenus » a d’ailleurs précisé à l’adresse de mes collègues européens, un ambassadeur français avant la réunion. A l’heure dite, la foule des grands jours était là. Impossible d’avoir une chaise si on n’était pas venu un peu à l’avance. Et du monde debout, partout. Avec un exercice de questions – réponses qui s’est prolongé assez tard dans la nuit.

Je ne m’intéresserai pas, ici, au fond — eurobonds, croissance, taxe sur la transaction financière (TFF), Banque européenne d’investissement (BEI)… — il sera sans doute largement commenté ailleurs. Mais à la forme, ou plutôt à la méthode, développée par le président français tout au long de son dialogue avec la presse. Le changement avec son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, est, là, plutôt radical. Davantage que sur le fond d’ailleurs. Pas question de se mettre en avant, de pousser du col la position française, ou de renverser la table en disant que la France a pu changer le cours du monde, et que tout le monde est d’accord avec elle, l’heure semble à ne pas cacher les désaccords, au dialogue, à la recherche de solutions en commun, à la mise en avant des institutions communautaires… cela change ! Un style plus européen, plus esprit d’équipe que de compétition, qui semble apparemment bien passer, notamment en Italie ou Espagne ou Pologne qui avaient l’impression d’être parfois mis de côté, comme dans les plus « petits » pays.

Chaque pays compte et doit être entendu

« Quand on se réunit à 27, il est nécessaire d’écouter tout le monde. On ne peut se contenter d’en écouter 22 et de ne pas en écouter les 5 autres. » entame ainsi François Hollande. Certes cela ne semble pas toujours très rigolo, ni très ordonné à l’entendre. « Chacun parle avec des durées extrêmement variables. Certains sont brefs. D’autres prennent une partie de la nuit. Mais c’est, çà, aussi le respect des souverainetés. Chaque pays compte et doit être entendu. » Finies les moqueries contre tel ou tel pays qui faisaient, à vrai dire, le ravissement des commentateurs… mais vexait un peu les sujets. Quant à changer la méthode de fonctionnement de ces conseils, il est trop tôt. « C’est mon premier sommet. (…) Peut-être quand j’aurai fait d’autres sommets européens, je pourrais faire des propositions. Je ne veux pas faire la leçon aujourd’hui. »

Laisser la place au débat

Toute la difficulté de ce débat est car les positions sont très diverses à entendre le président français. Sur les Eurobonds, « des pays ont dit leur opposition de manière délibérée, plus marquée que Me Merkel . D’autres sont pour Eurobonds mais contre la TFF (le Royaume-Uni). Il y a des pays qui sont contre tout : contre les Eurobonds, contre la TFF, contre l’augmentation du capital de la BEI. » Le président n’a pas voulu nommer les « contre » mais il s’agit sans nul doute des Pays-Bas, comme de la Suède ou de la République tchèque. « Et il y a des pays qui sont pour : la TFF, les eurobonds, la BEI. (…) Le débat va se poursuivre. »

Chercher le compromis, et aux institutions communautaires

« Il faut chercher les compromis. Il n’y a pas eu de décision et personne n’en espérait. Ce n’était pas le lieu. Il était nécessaire de mettre les idées sur la table pour savoir qui était pour, qui était contre,  pour ensuite permettre au président de la Commission européenne et au président du Conseil européen de rechercher des compromis. »

Le premier journal de l’agence européenne de défense

(B2) L’agence européenne de défense vient de publier son premier journal. D’une cinquantaine de pages, il est centré sur le partage et la mission en commun : « Taking pooling and sharing to the next level » pour être plus exact. Rédigé tout en anglais, passe ainsi en revue les sujets du moment : du système Sesar à l’anti-IED (engins explosifs artisanaux), en passant par la formation des pilotes d’hélicoptères, les drones ou le ciel unique. Quelques entretiens parachèvent le tout. « EDA’s key mission is delivering capabilities » explique Claude-France Arnould, la directrice de l’agence. « There is a price to pay for ensuring security” renchérit Michel Barnier, le commissaire européen au Marché intérieur (dont dépend, notamment, l’exécution de la directive Marchés publics de défense). Un exercice intéressant. A consulter en ligne ici, ou télécharger version pdf