L’Europe en bilatérale ? J.Y. Le Drian cherche sa voie

(BRUXELLES2 à Chicago) Certes à Chicago, le nouveau président français François Hollande a « rappelé que pour la France, ce qui était important c’était l’Europe de la défense ». Mais, concrètement, les pistes pour renforcer l’Europe de la Défense paraissent encore plutôt balbutiantes. Il est trop tôt pour en parler, affirme-t-on côté français. « L’important pour nous est cette séquence de l’OTAN » confirme-t-on ainsi dans l’entourage du nouveau ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Pragmatisme et voies bilatérales

« Il faut avancer avec pragmatisme » précise notre interlocuteur. Ainsi la mise en place d’un quartier-général européen – vieille revendication française, (re)mise sur la table à l’occasion de la présidence française en 2008 -, paraît, pour l’instant, devoir être reportée à plus tard. Concept de réalité oblige. « On voit bien qu’il y a une opposition majeure, celle du Royaume-Uni, qui ne va pas céder ». Et pour renforcer l’Europe de la défense, on préférerait passer par une démarche multiple. Une idée serait ainsi « d’ouvrir l’accord de Lancaster House (franco-britannique), ou du moins certaines options à d’autres pays, aux Polonais, aux Italiens ». Un fonctionnement à la carte en quelque sorte. A Paris, on semble aussi observer avec une certaine méfiance le fonctionnement du service européen d’action extérieure et de l’Union européenne. « On ne passera pas nécessairement par l’Union européenne à 27 mais par des voies bilatérales, l’approfondissement de certaines options multilatérales » confirme notre interlocuteur proche de J.Y. Le Drian.

L’identité européenne de défense, concept dépassé ou d’avenir ?

D’un point de vue sémantique, plutôt que de pilier européen dans l’OTAN, coté français, on préfère d’ailleurs parler « d’identité européenne de défense ». Un concept plutôt flou et à vrai dire… daté. Le concept « d’identité européenne de défense » était très utilisé dans les années 1980-90 dans les balbutiements d’une volonté européenne de présence sur la scène internationale et de sécurité. Il a été conforté, en dernier lieu, 1999 au sommet de Washington de l’OTAN (pour les 50 ans de l’Alliance). Ce terme a alors surtout été utilisé pour définir les relations entre l’Union européenne et l’OTAN, notamment l’accès des ressources de l’OTAN par l’Union européenne. L’accord Berlin Plus en est la traduction concrète, un accord aujourd’hui « moribond » puisqu’il n’est plus utilisé que dans une opération promise à la fermeture (Eufor Althea en Bosnie-Herzégovine). Entretemps est née la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) remplacée, dans le Traité de Lisbonne, par la politique européenne de sécurité et défense commune (PSDC), et plusieurs structures qui ont permis à l’Union européenne d’affirmer, au moins en partie, son autonomie.

On ne peut donc qu’être interpellé devant la réutilisation de cette terminologie… Il faudra encore quelques semaines donc avant que le nouveau ministre français de la Défense et son homologue des Affaires étrangères vienne préciser ce qu’il(s) entend(ent) derrière ce terme. On est impatient !

NB : pour se replonger dans l’histoire, on peut lire le précieux document rédigé par Fabien Terpan, « Politique étrangère, sécurité, défense: la lente progression de l’Europe politique » (ici).

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).